JL à l’écoute de… Aujourd’hui Laure Barachin

Laure Barachin est l’autrice de plusieurs romans qui mêlent Histoire récente et vie contemporaine. Capésienne de Lettres modernes, elle aime la littérature, les voyages imaginaires et les sources de réflexion qu’elle offre. Ses romans sont des portraits de femmes courageuses qui tentent de déjouer le destin. Le dernier L’été où Mylena a disparu vient de paraître.

Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?
Au début des années deux mille, je me suis formée au métier de professeur de français-lettres modernes dans l’enseignement secondaire. Je suis capésienne de Lettres modernes (Capes) mais les aléas de l’existence m’ont éloignée de cette profession, avant que je renoue avec ma vocation première : la littérature et l’écriture, tout aussi passionnante. J’ai publié en auto-édition plusieurs romans et je rédige des contenus pour le web (LinkedIn, avis littéraires sur Babelio…).

Qu’aimez-vous ou pratiquez-vous comme autre art ? Quelle est votre passion ?
La photographie stimule mon imagination et me permet d’illustrer certains de mes romans, la couverture en particulier. Le cinéma, le théâtre et la peinture sont souvent liés à la littérature qui me passionne. Cette passion prend sa source dans l’enfance, dans l’amour des livres qui m’a été transmis à la fois par mes parents et mes grands-parents.

Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ? Comment vous faites-vous connaître ?
Je n’ai pas d’attente particulière. J’aime aller à la rencontre des lecteurs, découvrir ceux qui s’intéressent à mes romans. Je suis membre de Babelio où je partage mes lectures. J’ai ainsi pu faire la connaissance de passionnés comme moi et élargir mon cercle de lecteurs à d’autres pays, comme la Belgique, ou d’autres régions et départements, la Bretagne et la Guadeloupe notamment. Je suis présente sur LinkedIn, réseau professionnel dont je découvre les codes et qui me permet de croiser la route de nouvelles personnes susceptibles de m’aider à mettre en lumière mes activités. J’ai pu parler de mon travail d’autrice dans la presse locale, La Dépêche du Midi, pour me faire connaître davantage.

Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?
Je ne fais pas de conférences. Elles me semblent plus convenir pour des essais sur un thème précis que pour des romans. Le référencement en librairie de mon dernier roman, qui vient de paraître, me permettra de participer à des séances de lecture lors de rencontres organisées par des libraires ou des médiathécaires. Mes précédents ouvrages ne sont disponibles que sur Amazon (numérique et papier) et la Fnac (numérique).

Depuis quand écrivez-vous ? Qu’avez-vous déjà écrit ?
Écrire des histoires et réaliser des couvertures de livres étaient déjà le loisir créatif de mon enfance. Les études, le travail et les diverses obligations de la vie quotidienne m’en avaient éloignée jusqu’à ce que je me rende compte que mon esprit fourmillait toujours d’idées et que je renoue avec mon ancienne passion. J’aime créer des personnages, fruits de mes observations du monde contemporain. Je suis l’autrice de plusieurs romans qui mêlent Histoire récente et vie contemporaine. Mes romans sont des portraits de femmes courageuses qui tentent de déjouer le destin, comme Soraya dans Un été en terre catalane qui a dû tout quitter pour devenir une journaliste d’investigation indépendante, ou Nadia dans Le Rêve d’une vie meilleure, qui a réussi à changer de vie, à devenir une brillante universitaire, à s’éloigner d’une mère maltraitante et d’un père associé à des criminels avant d’être rattrapée par son passé. Il revient perturber son fragile équilibre et l’oblige à faire des choix difficiles. Un été en terre catalane et Les Enfants du mal évoquent des crimes liés à la Seconde Guerre mondiale, Le Chemin des Étoiles la ségrégation dans le Sud des États-Unis, Le Rêve d’une vie meilleure l’Angleterre et l’Érythrée des années 1980. La jeune fille qui lisait dans les pensées est le seul à avoir une trame fantastique grâce au personnage de Célia, la jeune fille qui a ce don étrange. Sans-abri à cause de sa différence, elle entame un voyage initiatique des États-Unis à l’Argentine. Mes romans traitent des thèmes tels que la corruption, les failles de l’institution judiciaire, comme dans Le Mirage de la justice, ou la quête des origines, l’adoption.

Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?
Mon dernier roman L’été où Mylena a disparu est la quête de quatre amies : Stéphanie, Marianne, Olena et Katia, pour retrouver deux jeunes filles : Mylena, qui a grandi dans un foyer pour enfants placés en Ariège dans les années 1990, et Maryna, une étudiante ukrainienne, disparue de nos jours. Leur enquête les mènera de l’Occitanie à la Bretagne, de la France à l’Espagne, de Kiev à Montauban et Toulouse. Le lecteur découvrira Mylena, une jeune fille désireuse de s’émanciper, et Stéphanie, son amie d’enfance, devenue une magistrate déterminée. Mais c’est aussi l’histoire d’Olena, une prof d’Histoire qui recherche Maryna, sa fille, de Marianne, sa collègue, et de Katia, une scénariste franco-russe devenue hôtesse de caisse. Ensemble, Stéphanie, Marianne, Olena et Katia vont former un groupe de lecture Les Amoureux de la littérature. Ce roman a pour cadre principal Montauban, ville d’art et d’histoire où est enterré Manuel Azaña, l’ancien président de la République espagnol déchu par la guerre civile de 1936-1939. La résolution de l’énigme : « Qu’est-il arrivé à Mylena ? À Maryna ? » révèlera des secrets liés à cette guerre et posera d’autres questions : l’amitié peut-elle résister au temps qui passe, au sentiment de culpabilité, à la guerre ? Comment retrouver la sérénité, la paix de l’âme, après de dures épreuves ? Est-ce seulement possible ? Quelle place accorder à l’amitié, l’amour, l’art, la littérature, la philosophie, la spiritualité ?

Où peut-on se procurer vos ouvrages ?
L’été où Mylena a disparu est disponible sur commande en librairie ainsi que sur les principaux sites de vente en ligne (la Fnac, Amazon…), en livre papier et numérique.
Les autres romans sont disponibles sur Amazon (numérique et papier) et la Fnac (numérique).

Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur ou à compte participatif ? Aux e-book ?
Je ne suis ni juriste, ni spécialiste du droit des contrats d’édition. Je me contente de lire avec attention et d’essayer de bien comprendre ces subtilités entre contrat à compte d’éditeur, d’auteur et participatif. Toute signature engage et signifie que vous êtes d’accord avec les propositions qui vous sont faites, qu’elles correspondent à ce que vous souhaitez faire. Quant au livre numérique, depuis que j’ai fait l’acquisition d’une liseuse, j’en lis et leur trouve de nombreux avantages : facile à transporter, le poids n’est plus un problème, la taille de la police peut être adaptée à une vue moins performante et, grâce à des offres de classiques gratuits, j’ai lu ou relu certains écrivains avec grand plaisir. Pour les auteurs qui ne sont pas des célébrités, je pense que la création d’un ebook permet d’élargir son lectorat car il est moins cher qu’un livre papier. Celui-ci reste cependant important pour développer le goût de lire. Le livre est avant tout un bel ouvrage avec une belle couverture et une histoire qui permet de s’évader du quotidien.

Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ?
D’agir pour faire en sorte que les rêves deviennent réalité et non se contenter d’espérer qu’ils se réalisent un jour, parce que la vie humaine est courte, fragile, imprévisible.

Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?
D’oser se lancer dans l’aventure de l’auto-édition pour faire connaître leur roman, leur travail, leur ouvrage. Le manque de confiance en soi peut parfois être un frein, la peur du regard, du jugement d’autrui. Il ne faut pas laisser la peur gouverner sa vie ou brider la créativité.

Que préférez-vous écrire ou lire : des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?
Je lis et écris surtout des romans. Mais ma bibliothèque est assez variée : des romans (littérature classique, contemporaine, romans policiers), de la poésie : Hugo, Lamartine, Vigny, Baudelaire, Verlaine, Éluard, Aragon, du théâtre : tragédies classiques, drames romantiques, comédies ; et quelques essais : Les Disparus de Daniel Mendelsohn qui a eu le prix Médicis étranger en 2007, des ouvrages de pédagogie comme Psychologie et Pédagogie de Jean Piaget.

Comment écrivez-vous ?
J’écris sur des carnets, des cahiers mais aussi beaucoup à l’ordinateur. Les fonctions « copier/couper-coller » sont très utiles pour être efficace, gagner du temps.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Il est difficile de dire comment vient l’inspiration. C’est, pour moi, une énigme. Elle peut surgir d’une émotion : la colère, la joie, l’espoir, le désespoir…Elle peut surgir d’un paysage, d’une promenade, d’une phrase entendue, d’un questionnement : comment se construire quand on ne sait pas d’où l’on vient ? Connaître la vérité sur ses origines rend-il forcément plus heureux ? Comment vit-on quand on se sait enfant de criminels ? Pour Le Rêve d’une vie meilleure, la question était : « Que feriez-vous si des membres de votre famille vous confiaient avoir commis des crimes ou en avoir été les complices ? Que feriez-vous si vous pensiez que certains d’entre eux pourraient en commettre à nouveau ?… », pour La jeune fille qui lisait dans les pensées : « N’avez-vous jamais rêvé de rencontrer une personne qui serait capable de se mettre à votre place, de vous comprendre? Serait-ce un bonheur ou une malédiction, cette intrusion permanente dans vos pensées ? » Pour Le Chemin des Étoiles, un reportage que j’avais vu un jour sur un membre du KKK qui avait tué un homme noir en l’attachant à sa voiture et en le traînant sur plusieurs mètres est, entre autres, à l’origine de ce roman. Comment faire face à toutes ces horreurs, ne pas sombrer dans la haine, le désir de vengeance, face à l’impunité des coupables ?

Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?
Mes personnages sont imaginaires mais je m’inspire de la réalité, de thèmes qui me touchent comme avec Les Enfants du mal, le thème des enfants abandonnés et de l’hostilité dont ils se sentent parfois victimes, qui les fait se percevoir comme des enfants du mal, d’où le titre. Capucine raconte son histoire dans un cahier qu’elle dédie à sa fille Aurore.

Cette dernière sera, avec son mari Mattia, un magistrat idéaliste, un des personnages principaux de Le Mirage de la justice, suite qui peut se lire indépendamment du premier. À partir d’une intrigue de roman policier, il développe une réflexion sur la corruption et la notion complexe de justice : justice sociale, humaine, divine, failles de l’institution judiciaire… Comment combattre les injustices, protéger ceux qui en sont victimes, mineurs ou adultes ? Est-ce seulement possible ?

Dans L’été où Mylena a disparu, Stéphanie est aussi une magistrate soucieuse d’incarner la justice mais elle fera la douloureuse expérience que la frontière entre justice et vengeance est parfois ténue. Je me suis intéressée au travail de certaines associations comme L’Amicale du nid qui vient en aide aux jeunes filles désireuses de changer de vie, de ne plus se prostituer, ainsi qu’à l’action de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (l’OCRTEH). Il y a quelques années, j’ai eu la possibilité d’être jurée à la Cour d’assises et d’observer le fonctionnement de l’institution judiciaire.

Ce roman contemporain a pour personnages des femmes de quarante ans qui font preuve de courage face à l’adversité et qui trouveront dans l’art, la littérature et la musique un refuge contre les horreurs de ce monde. C’est aussi ma démarche face aux difficultés, aux douleurs qu’il faut affronter dans la vie.
« Il fallait avoir le courage d’affronter la vie, la cruelle réalité et la transformer… La transformer en quoi ?… Seul l’art a le pouvoir de transfigurer la réalité, de la magnifier, de la rendre poétique, sublime, dans le bien comme dans le mal. »
Stéphanie a une ménopause précoce qui l’empêche d’être mère au moment où son épanouissement professionnel et amoureux lui rendrait cette maternité désirable. C’est le personnage qui est le plus proche de moi. Elle a mes goûts littéraires, ma passion pour l’écriture, la poésie. Elle aime les citations, comme ces vers de Verlaine qu’elle envoie à son amour de jeunesse, retrouvé après une longue séparation :
« – Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ? »

J’ai puisé dans mes souvenirs d’adolescence pour la partie du roman qui se déroule dans les années 1990.
La partie contemporaine s’inspire de l’actualité internationale avec les personnages d’Olena et de Katia qui deviennent amies, avant que la guerre et leur désir de paix, de bonheur ne fassent naître des sentiments contradictoires, difficiles à gérer :
« Olena était accablée. Une ombre planait déjà au-dessus de leur fragile amitié. L’ex-fiancé de Katia, qu’elle aimait toujours, aurait pu tuer le mari d’Olena et réciproquement. »

Quels sont vos auteurs préférés ?
Dostoïevski Crime et Châtiment, Les Frères Karamazov, Tolstoï Résurrection, Anna Karénine, Guerre et Paix, Balzac Illusions perdues sur le monde du journalisme, de l’édition, l’ambition, l’amitié, et Zola : en particulier Germinal, Au bonheur des dames et La Fortune des Rougon. N’oublions pas les plumes féminines : j’apprécie tous les ouvrages des sœurs Brontë, même les moins connus, comme La Dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë, qui a fait scandale à l’époque car elle osait évoquer la question de la séparation voire du divorce. J’aime beaucoup Elizabeth Gaskell (Nord et Sud, Mary Barton) qui mêle avec brio le souffle romanesque à la réflexion politique et sociale sur la révolution industrielle en Angleterre au XIXe siècle.

En littérature contemporaine, Daniel Mendelsohn Les Disparus et L’Odyssée, ainsi que plusieurs écrivains israéliens : Amos Oz Une histoire d’amour et de ténèbres, qui raconte l’enfance de l’auteur en territoire Palestinien, ainsi que la création d’Israël et la réception de cette création par les habitants alentour. Dorit Rabinyan qui, dans Sous la même étoile, pose une question cruciale et plus que jamais d’actualité : l’amour entre une jeune femme israélienne et un jeune homme palestinien est-il possible, malgré les désaccords politiques qui séparent ces deux peuples ? N’est-il pas voué à l’échec car perçu comme une trahison ? J’ai découvert aussi la belle plume intimiste de Zeruya Shalev dans Douleur : l’histoire très touchante et bien écrite d’une femme, en apparence forte, qui dissimule ses failles et va entreprendre un long cheminement pour oublier enfin le passé, le laisser derrière elle, le remplacer par les joies et les bonheurs du présent et se rendre compte qu’elle n’est pas seule, malgré les non-dits qui l’ont éloignée de ses proches, de son mari comme de sa fille.

Que lisez-vous en ce moment ?
La trilogie écossaise de Peter May : L’Ile des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu. C’est un roman policier. J’apprécie la profondeur psychologique des personnages, l’intrigue captivante et l’atmosphère de ces îles écossaises.

Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?
Cela fait plusieurs années que je travaille sur un roman : l’histoire d’une jeune enseignante qui va organiser, avec un collègue professeur d’Histoire, un projet pédagogique sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Ce texte n’est pas prêt, je ne suis pas encore satisfaite du résultat. Peut-être parce que c’est aussi le plus personnel, une fiction qui s’inspire de certains de mes souvenirs, liés à ma formation initiale et à la vie de mes grands-parents. Il s’intitule La Mémoire de nos vies.

Avez-vous des dates d’événements à venir ?
Probablement des séances de lecture organisées par des libraires et des médiathécaires, maintenant que mon dernier roman est aussi disponible sur commande en librairie.

Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions ?
J’ai un site internet où sont présentés mes romans et un blog où il est possible de suivre mon actualité littéraire en s’abonnant à la newsletter. J’y partage aussi mes lectures, ainsi que sur Babelio, et j’y lancerai bientôt une nouvelle rubrique : « Quels classiques lire ou relire ? Qu’est-ce qu’un classique ? Quelle place accorder à la littérature de jeunesse ? » destinée à ceux qui souhaitent renouer avec la lecture mais ne savent que choisir ou que conseiller à leurs proches. Je suis présente sur LinkedIn.

Le 12 novembre 2024
Laure Barachin

Extrait de L’été où Mylena a disparu :
« En attendant de nous réunir à nouveau, nous communiquerons à distance, grâce à notre groupe Les Amoureux de la littérature. Il est capital de parvenir à trouver les mots comme nous venons de le faire parce que, quand on ne les a plus, ne demeure que la violence. Peut-être est-ce pour cela que nous lisons, cela nous permet d’avoir l’esprit plus clair. Et si nous trouvions des solutions aux problèmes contemporains dans Vie et Destin ou Guerre et Paix, les guerres napoléoniennes ont été sanglantes aussi ? »

Un grand merci à Laure Barachin pour avoir accepté de répondre à ce jeu de questions-réponses.
Propos recueillis par Jean-Louis RIGUET pour librebonimenteur.net.
© 15 novembre 2024 – Jean-Louis RIGUET, Sociétaire de la Société des Gens de Lettres.


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