Amies autrices, amis auteurs, artistes de l’écrit, de l’image et du pictural, votre travail m’intéresse et j’aimerais vous aider à le promouvoir.
Qui peut dire cela aujourd’hui avec sincérité, sans arrière-pensée commerciale, sans œillères idéologiques ? La réalité du monde de l’édition est multiple, complexe, souvent cruelle. Parlons-en avec franchise.
Je ne vous propose rien. Je ne suis qu’un simple auteur comme vous. Avec ses états d’âme et ses soucis. Je veux partager une réflexion quand le projet terminé on cherche à publier.
Les voies classiques : éditeur traditionnel vs auto-édition
– Édition à compte d’éditeur : sélection, parution, diffusion sans frais. Mais les portes sont rares et les places très chères.
– Auto-édition : liberté totale mais isolement. L’auteur devient correcteur, maquettiste, diffuseur, promoteur. Une usine à gaz pour qui ne maîtrise pas tous les rouages du métier.
Le vide comblé : agents d’artistes et maisons à compte d’auteur
Lorsque l’auteur ne parvient pas à se faire publier, deux modèles se proposent à lui :
– L’agent d’artistes ou littéraire, encore peu répandu en France.
– La maison d’édition à compte d’auteur, florissante, mais polémique.
L’origine de deux métiers
Le métier d’agent littéraire est né aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Dès les années 1880-1890, face à la complexité croissante du monde éditorial, certains écrivains commencent à confier la gestion de leurs droits à des intermédiaires professionnels.
C’est en 1908 que James Brand Pinker, en Angleterre, et Paul Reynolds, aux États-Unis, fondent des agences structurées. Ces agents deviennent rapidement incontournables, notamment à Hollywood, où ils gèrent aussi les droits d’adaptation cinématographique. Ils permettent à l’auteur de se concentrer sur la création, tout en assurant la défense contractuelle et commerciale de l’œuvre.
Aujourd’hui, aux États-Unis, aucun manuscrit n’est envoyé directement à un éditeur sans passer par un agent. En France, la pratique s’implante lentement, mais sûrement.
La maison à compte d’auteur apparaît en France dès le XVIIIe siècle, mais son développement moderne date du XXe siècle, avec des figures comme la Société des Écrivains, fondée en 1911, qui publie contre rémunération. Désormais, il y aurait certains livres en compte d’éditeur mais je n’ai pas vérifié.
Dans un pays où l’édition reste élitiste, les auteurs non retenus par les maisons traditionnelles se tournent vers ce système, moyennant finances. Ces structures se sont multipliées après 1950, surfant sur le rêve d’être publié, souvent sans réel suivi ni exigence de qualité. L’essor du numérique a renforcé cette prolifération.
L’agent artistique : un véritable métier de fidélité
Le métier d’agent artistique ou littéraire repose sur la confiance. Il ne s’agit pas d’imprimer un livre, mais d’accompagner un créateur dans la durée, avec pour objectif la reconnaissance et la diffusion de son œuvre.
Ce que cela implique concrètement :
1. Lire et évaluer les manuscrits ou projets avec bienveillance et lucidité.
2. Prendre contact avec des maisons d’édition ciblées, correspondant au projet.
3. Négocier les droits, les contrats, les tirages, les conditions de distribution.
4. Assurer un suivi de la publication, des réimpressions, des ventes.
5. Organiser la visibilité : participation à des salons, relations presse, mise en lien avec des libraires.
6. Gérer parfois les droits à l’étranger, les adaptations, les lectures publiques.
L’agent est rémunéré au pourcentage sur les droits perçus par l’auteur (généralement 10 %). Il a donc intérêt à ce que le livre se vende. Ce pourcentage peut monter à 15 % en cas de prestations spécifiques.
Un contrat est bien entendu signé.
Si l’ouvrage ne se vend pas, l’auteur n’a rien investi. L’agent non plus ne gagne rien. C’est une relation de confiance partagée et de travail réciproque.
Des exemples concrets existent, comme :
– Le Cabinet Astier-Pécher, cofondé par Pierre Astier et Laure Pécher
– Emeline Cusin, agente littéraire à Genève
Plusieurs autres cabinets existent en France.


Le piège des maisons à compte d’auteur
L’auteur, lorsqu’il choisit une maison à compte d’auteur, paye généralement entre 2 500 et 3 000 € pour que son livre soit édité. Cette somme couvre souvent l’ensemble du processus : correction, mise en page, impression d’un certain nombre d’exemplaires, création de la couverture, référencement dans les bases de données, voire une diffusion théorique.
Mais une fois que la maison a encaissé cette somme, elle n’a plus aucune obligation de résultat. L’auteur, lui, a pris un risque financier sans garantie de retour.
Or, faisons un rapide calcul :
– Si un livre est vendu à 20 €, et que l’auteur touche 10 % de droits d’auteur, cela représente 2 € par exemplaire vendu.
– Pour amortir une mise de 2 500 €, il faut vendre 1 250 livres.
– Pour amortir une mise de 3 000 €, il faut vendre 1 500 livres.
Ces chiffres ne tiennent pas compte :
– des retours en librairie,
– des exemplaires invendus,
– des éventuelles remises aux libraires ou distributeurs. Or, les remises aux libraires sont de l’ordre de 30 %.
Dans les faits, très peu d’auteurs publiés à compte d’auteur atteignent ce volume de ventes, sauf à prendre en charge eux-mêmes la promotion, la vente directe lors de salons ou par démarchage.
Autrement dit : l’auteur a investi, la maison a encaissé, mais l’ouvrage reste souvent confidentiel.
La vraie question : obligation de moyens ou obligation de résultat ?
Les maisons à compte d’auteur promettent beaucoup, mais n’ont qu’une obligation de moyens, jamais vérifiée ni sanctionnée. Une fois payées, elles n’ont plus à répondre.
L’agent, lui, n’est rémunéré que s’il y a des résultats. Il s’agit d’une obligation de résultat implicite, car sans vente, il n’y a pas de commission.
Autrement dit :
– Avec un agent, vous ne payez pas sans savoir.
– Avec une maison à compte d’auteur, vous payez dès le départ, sans garantie.


Pour conclure
Ce texte n’est pas une attaque, mais une invitation à réfléchir :
– Et si l’avenir était à une relation plus humaine, plus équilibrée, plus loyale entre auteur et accompagnateur ?
Le monde de l’édition change. L’œuvre a toujours besoin d’un passeur. Peut-être est-ce le moment d’inventer un métier de fidélité.
Et non de facturation.
© Le 20 juin 2025 – Jean-Louis Riguet, Sociétaire de la Société des Gens de Lettres pour librebonimenteur.net
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