5 Nouvelles au Masque d’Or

jl.jpg   Jean-Louis RIGUET

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L’ONDINE ET LA SYLPHIDE  

Je suis âgé et mène une vie tranquille qui me permet de profiter du temps qui passe. Mon esprit erre et mes pensées se promènent vers des contrées inaccessibles, qui m’emmènent loin et j’en reviens toujours. Je somnole avec des fées, le génie de l’eau et le génie de l’air. Eveillé, tout s’anime comme dans mes rêves m’invitant au partage.

L’Ondine et la Sylphide
Jean-Louis RIGUET
(extrait)

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Aujourd’hui, je suis un vieux monsieur, retraité depuis plusieurs années,
menant une vie tranquille, sans histoire sauf dans ma tête. J’aime à rester assis dans
un fauteuil hors d’âge, usé par le temps et par mes fesses, devant la grande baie
vitrée de mon salon, à contempler mon petit bassin rempli d’eau dans laquelle
s’ébrouent quelques carpes Koï. Les choses de la vie, comme l’on dit, ne sont qu’un
lointain souvenir.
De temps à autre, en été, quand il fait beau et chaud, la fenêtre ouverte sous
le store multicolore permet de voir voleter des papillons dont les larves ont séjourné
là tout l’hiver. Au printemps, les têtards, à foison en raison des milliers d’œufs
pondus, laissent la place à des crapauds qui s’en vont se promener autre part l’été et
reviennent chaque automne pour recommencer le cycle de la vie. L’on m’a dit que
les crapauds vivaient trente-cinq ans et qu’ils revenaient pondre toujours au moindre
endroit. Chez moi, c’est dans le bassin transformé en mare agrémenté d’un superbe
nénuphar rose.
Quand je ne lis pas, je laisse aller mon esprit et mes pensées vers je ne sais dans
quelle contrée inaccessible. Je vais souvent loin et le plus extraordinaire c’est que
j’en reviens toujours.
J’ai fait un bon repas. Je n’ai pas été très sage. J’ai un peu usé de boisson.
Enfin, usé … plutôt abusé. Il est bientôt quinze heures et je somnole encore, bien
calé dans mon fauteuil, la tête pendant légèrement sur le côté. Je suis entre-deux,
pas encore éveillé mais déjà plus ensommeillé. Comme souvent dans ces cas-là,
mes pensées remontent le temps.
Fin des années cinquante, chaque fin de semaine de La Pentecôte, le plus
souvent le dimanche, ma famille organisait une journée de pêche à la ligne dans la
rivière La Vienne, tout près du pont la traversant à L’Île Bouchard en Indre et Loire. Il
s’agissait d’une véritable expédition, vous vous rendez compte, puisque le point de
départ était à soixante-dix kilomètres de là, à Mirebeau-en-Poitou, dans le
département de la Vienne.
Cette année-là, j’avais treize ans, enfin douze ou quatorze. Je faisais partie de
la fête. L’organisation de la journée, déterminée plusieurs semaines à l’avance, était
un peu difficile car il y avait beaucoup de personnes à transporter et peu de voitures.
En règle générale, en dehors de nous quatre, ma mère, mon père, mon jeune frère
et moi, la famille d’un oncle du côté de ma mère se joignait à nous. Celle-ci était
encore plus nombreuse à emmagasiner dans une seule voiture. Des coupes
sombres étaient donc nécessaires. Dès lors, il y avait les « Jean qui rient » et les « Jean qui pleurent ». Comme toujours, une voiture chargée des pêcheurs partait dès
potron-minet et l’autre suivait avec les femmes plusieurs heures après.
Ce dimanche-là…

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LE GRAND CANYON  

Deux amis découvrent le Grande Canyon du Colorado pendant deux jours. L’un d’eux, sous le charme de ce paysage grandiose, se met à intérioriser, à rêver et à transposer …

Lisez un extrait du Grand Canyon

Le Grand Canyon
(Jean-Louis RIGUET)

Nous avions l’habitude de prendre certaines de nos vacances ensemble et à la
montagne. Cela faisait plusieurs années qu’il en était ainsi. Nous avions exploré plusieurs
vallées et fait plusieurs ascensions tant dans les Alpes que dans les Pyrénées. Nous partions
toujours du bas et nous montions le plus haut que nous pouvions aller sur une durée maximum
de deux jours. Mon ami Pierre et moi avions pris beaucoup de plaisirs à parcourir les sentiers
montagneux. Nous y avions versé beaucoup de sueur et laissé quelques kilos.
Un soir, au milieu d’une course, alors que nous faisions un bivouac à 1800 mètres
d’altitude, Pierre me dit :
– Ce que nous faisons depuis des années, c’est de monter puis de redescendre. Ce qui
serait fascinant ce serait de descendre puis de remonter.
Je ne répondis rien sur le moment, interloqué par cette remarque. Je me demandais
comment cela se pouvait faire : descendre pour remonter ensuite.
Quelques temps plus tard, Pierre me dit :
– J’ai trouvé la réponse à ma question.
– Laquelle, lui répondis-je ?
– Faire une course en montagne en descendant d’abord pour remonter ensuite.
– Et alors ? Qu’en est-il ?
– Il suffit de visiter un canyon. En règle générale, les visites se font dans le sens
inverse de celui d’une montagne.
Nous nous documentâmes. Effectivement, Pierre avait raison. Je faisais un peu ma
sourde oreille car, des canyons, il n’y en avait pas en France. Il fallait voyager loin pour en
trouver un. Bien sûr, il y avait bien le canyon situé dans le Lubéron, mais la promenade était
très courte. Finalement, une idée fixe avait envahi Pierre. Il ne jurait plus que par le Grande
Canyon du Colorado.
Depuis cette période, mon ami Pierre me bassinait avec son Grand Canyon. Il en
faisait toute une histoire. Pour mettre fin à ce harcèlement, je décidai d’organiser une
expédition en grandeur nature dans le nord-ouest de l’Arizona. Il n’en crut pas ses oreilles
quand je l’informai non seulement du projet mais aussi que tout était arrêté, bouclé, organisé,
payé. Il n’en crut pas ses yeux quand je lui mis sous ses mirettes les billets d’avion. Deux mois
plus tard, après plusieurs heures de vol en Airbus, quelques kilomètres en 4×4, nous étions à
pied d’œuvre.
J’avais organisé une randonnée sur deux jours : le premier consacré à la descente et le
deuxième à la remontée. Comme prévu, le Canyon se visite à l’envers des montagnes, il faut
d’abord descendre pour ensuite remonter. Cette manière de faire, dictée par des soucis de
sécurité, est d’ailleurs rappelée constamment aux visiteurs par d’innombrables panneaux
« Danger de mort » parsemant les abords. Comme c’était le mois de mai, nous n’avions pas
vraiment à craindre de pluies mais plutôt une température élevée.
En descendant de la voiture, je m’étais étiré des bras et des jambes, ankylosés par
plusieurs heures d’inaction.
– Nous allons descendre toute la journée, tranquillement, ai-je dit à Pierre.
– J’en suis d’accord.
– Je te recommande de ne pas t’écarter du chemin de randonnée.
Avant de nous élancer sur le chemin, un tour d’horizon s’imposait pour prendre
possession des lieux. Le spectacle était grandiose. Les bras m’en tombaient. Pierre se ficha de
moi en me voyant ébahi, ouvrant grand les yeux, la bouche bée. Devant nous, à perte de vue, le sol paraissait plat d’un côté mais, de l’autre, la dépression était immense et profonde.
Difficile d’apercevoir, en dessous de nous, le lit du fleuve Colorado situé à plus d’un kilomètre
en contrebas. On le devinait là-bas, au loin, roulant ses eaux vers le lac.
– Je n’ai pas de mots pour expliquer ce que mes yeux voient, dis-je avec un trémolo
dans la voix.
Intérieurement, je me disais : « C’est beau, c’est superbe, c’est splendide, mais cette
beauté me fait peur. Trop de quelque chose stresse, angoisse et tue les sentiments de plaisir
qui vous assaillent. » Devant cet incroyable spectacle immobile, je me sentais redevenir
comme un petit garçon. C’était la même sensation que celle ressentie lors de la découverte du
Mont-Blanc, la première fois, j’avais 9 ans…

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LES DEUX PLUMES  

Deux plumes voguent sur La Loire en la descendant. En perdition, un poisson les secourt et les accompagne jusqu’à l’apparition d’une lumière dans une tour …

Lisez un extrait des deux Plumes

Les deux plumes
(Jean-Louis RIGUET)

Deux plumes, l’une blanche, l’autre noire, voguent sur l’eau de La Loire. Elles
proviennent l’une et l’autre de cygnes, l’un âgé, l’autre jeune, ce qui explique la différence de
couleur. Les deux plumes sont là depuis quelques heures, dans une eau calme à un endroit
formant une petite anse, du côté du Morvan. Vient à passer un bateau qui provoque des
vaguelettes bousculant nos deux plumes et les poussant vers l’aval, bien au-delà de leur calme
anse. Elles ont un peu peur et elles se demandent où elles vont atterrir. Commence pour elles
un long parcours avec des aventures qu’elles n’imaginent même pas.
Ici, elles découvrent un gros bourg devinant la pointe du clocher de l’église bien au
milieu des toits des maisons. La plupart sont en tuiles un peu foncées. Il doit y avoir une
grosse cloche car les plumes entendent ses battements sourds. Là elles rencontrent un jardin
avec une végétation étonnante, de grands arbres dont les feuilles bruissent élégamment et des
parterres de fleurs embaument l’atmosphère et égayent de leurs couleurs diverses et variées
l’environnement. Les plumes ont à peine le temps d’appréhender tout cela que les voilà
parties de nouveau à l’aventure.
Un dériveur les pousse soudain vers la rive, les bousculant au passage méchamment.
Elles sont toutes mouillées désormais, décoiffées, alourdies et ont plus de mal à flotter, surtout
que l’engin a laissé derrière lui des vagues inquiétantes et assez hautes, d’au moins dix
centimètres. D’accord, dix centimètres ce n’est rien, mais rapporté à l’épaisseur d’une plume,
c’est quand même plusieurs fois sa hauteur. Tout est relatif, aurait dit… Vlouf ! Les plumes
percutent soudain un rocher, enfin… une grosse pierre posée rien que pour les recevoir. Une
niche naturelle les recueille, elles vont pouvoir prendre un peu de repos après tout ce trajet
mouvementé, certes intéressant, mais surtout plein d’angoisses pour qui n’a jamais voyagé.
Les plumes restent là à récupérer, sans rien dire, bien à l’abri de l’eau tumultueuse qui
provient du passage incessant des bateaux. Au bout d’un temps certain, l’une ouvre l’œil et dit
à l’autre :
– Quelle aventure ! Nous avons bien fait 200 kilomètres, nous voilà presque arrivées à
Gien. Cela fait deux à trois jours, deux à trois nuits, que nous voguons sans savoir où nous
allons.
– Tu as raison, il sera bien souhaitable que nous puissions nous établir un peu dans un
endroit stable. Nous allons réfléchir à la situation désormais que nous sommes un peu
stabilisées.
Chacune des plumes reste en silence quand elles entendent un plouf dans l’eau. Elles
regardent autour un peu effrayées. Quoi ? Qu’est-ce encore ? Un poisson vient les sentir,
sûrement pour les manger. Mais il est rassasié et n’a pas faim. Alors, n’ayant rien d’autre à
faire, il fait un tour, puis une deuxième tour, comme s’il attendait quelque chose. Au troisième
tour, il fonce droit sur les deux plumes, qui prennent vraiment peur cette fois-ci. Elles se
recroquevillent l’une contre l’autre et se mettent à réciter des Ave qu’elles n’ont jamais appris.
Le poisson freine soudain, ses nageoires servant d’aérofreins, s’arrête à deux centimètres et
leur lance :
– Mais que faites-vous là dans cet endroit hostile pour des plumes ?
Ne sachant soudain quoi répondre, dans un premier temps, les plumes se taisent. Mais
la blanche, qui est plus âgée, prend son courage à deux mains et prononce timidement
quelques mots :
– Poisson, bonjour, je vois que tu ne nous veux aucun mal car, dans le cas contraire, tu
nous aurais déjà croquées. Que faisons-nous là ? Nous ne le savons pas non plus ? Nous avons
été détachées par nos porteurs lors d’un déplumage de santé, nous sommes tombées à l’eau,
puis une vague nous a jetées dans le courant de La Loire qui nous a conduites ici. – Votre voyage a été long ? interroge le poisson curieux.
– Nous ne savons pas bien. À notre avis, nous flottons depuis deux ou trois jours et
nuits, nous sommes parties dans le Morvan et nous voilà ici près de Gien.
– Cela fait une trotte quand même. Avez-vous pu voir le paysage ? Les contrées ne
doivent pas être les mêmes que par ici.
– Nous venons d’un pays de petite montagne avec de belles grosses bâtisses bien
solides couvertes de tuiles foncées. C’est du costaud. Le fleuve royal n’est pas très large mais
le courant y est très violent. Lorsque nous étions accrochées au dos de nos porteurs, des
cygnes majestueux, nous pouvions apercevoir un peu plus de paysages. À la hauteur de l’eau,
nous ne voyons pas grand-chose, sauf ce qui est vraiment haut. C’est pourquoi nous ne
découvrons que les toits des maisons, les clochers des églises, les châteaux. Une fois sur deux
nous ne pouvons voir les jardins, seuls les grands arbres nous renseignent, de même que les
odeurs et les senteurs de la flore.
– Une chose m’intrigue, dit le poisson. Pourquoi l’une de vous est blanche et l’autre
noire ?

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LE TAMBOUR HEORIQUE  

La révolution, les royalistes contre les républicains. Un jeune tambour rythme les combats avec ses baguettes jusqu’au moment où les Chouans attaquent …

Lisez un extrait du Tambour héroïque

Le Tambour Héroïque
(Jean-Louis RIGUET)

Dernière décade du 18
ème
siècle. La France venait de vivre une révolution, sa
Révolution. Le pays était dans un état de délabrement certain, secoué par des intérêts
contradictoires que, souvent, seule la force hélas résolvait. Les Royalistes, qui se faisaient
évincer du pouvoir, n’étaient pas contents d’abandonner le pouvoir. Les Républicains, qui
voulaient gouverner sans partage, n’y arrivaient pas selon leur guise. Dès lors, au-delà des
escarmouches verbales traditionnelles, la guerre civile faisait rage, notamment dans l’ouest et
une partie du centre du pays. Les Chouans de Vendée, royalistes, défendaient mordicus leur
territoire et même voulaient avancer sur la capitale pour rétablir l’ordre qu’ils estimaient
indispensable, leur Ordre. De l’autre côté, les Républicains tentaient de colmater les brèches
et de conserver l’ordre qu’ils avaient établi récemment, leur Ordre.
Evidemment, tout ce petit monde s’affrontait. Les conflits étaient quotidiens,
entraînant une misère encore plus grande pour le peuple. La permanence résidait non pas dans
la paix mais dans la guerre, et surtout la guerre civile. Des hommes d’un même pays qui se
combattent, non pas pour le bien des hommes mais uniquement pour en avoir le pouvoir !
C’est l’une, abominable, des motivations, avec le sexe et l’argent, du cheminement des
hommes, que l’intelligence constructive n’arrive pas à éradiquer. Elle générait, et génère
encore d’ailleurs, des situations dramatiques et des combats tragiques. Il y avait des jours où
les sauvageries étaient pires que d’autres. Tous les coups étaient permis et personne ne s’en
privait.
Les combattants étaient surtout des volontaires sans culture militaire. Seuls les chefs
avaient une petite expérience de la guerre. Pour entraîner les troupes et les engager à
combattre courageusement, des tambours battaient la mesure en tête des colonnes. À la
différence des tambours de paix qui enchantent les auditeurs et les badauds des villages, les
tambours de guerre sont synonymes de batailles féroces, de mort et sement plutôt la terreur.
Depuis 2 ou 3 ans, je m’ennuyais au fin fond d’une dépendance du château de
Palaiseau où mon ancien maître m’avait entreposé après une blessure malencontreuse lors des
événements qui constituèrent la Révolution. J’avais vu une fois le dernier seigneur de ces
lieux, le prince Louis-Joseph de Condé, lors d’une cérémonie où la fanfare avait été conviée
pour l’animer. À l’époque, j’avais la peau bien tendue. Mes cuivres étaient astiqués et mes
cordes bien alignées. Je résonnais clairement et mon maître enchaînait les roulements avec un
plaisir immense, jusqu’au moment il m’avait laissé seul, dans un coin sans confort, presque en
butte aux intempéries, comme un malpropre. Je lui en voulais quelque part mais je ne pouvais
pas me venger. J’avais pris mon mal en patience.
Non loin de moi, dans une autre partie des dépendances, vivait une famille au service
du prince. Le père, François Bara, garde-chasse du seigneur, était marié avec Marie-Anne Le
Roy. Le couple était fécond. Il avait déjà 8 enfants. Nous étions en été, fin juillet 1779, quand
j’entendis des babillements venant de leur modeste logis. À l’époque, j’étais encore sous la
coupe de mon ancien maître. Cependant, je m’étais dit : « Ils ont encore enfanté, le huitième
marmot. Qu’avait-il besoin de cela ? » Le petiot avait été prénommé « François Joseph »,
mais ils utilisaient seulement « Joseph ». Cela ne me gênait pas. Finalement, c’était leur
affaire. J’avais appris, par un voisin de chambrée plus fortuné que moi, puisqu’il sortait de
temps en temps à la faveur de promenades champêtres qu’un garçon de ferme avait pour
habitude d’effectuer quand il ne travaillait pas, que cet enfant avait été baptisé en l’église
Saint-Martin de Palaiseau et mis sous la protection de son parrain François Joseph Meyry de
la Grange, receveur général et procureur fiscal du prince de Condé, et de sa marraine qui
n’était pas moins que son épouse, Jeanne Griffe. Je ne me souviens pas d’une difficulté particulière dans l’enfance de Joseph. Ce n’était
point un enfant turbulent même s’il avait besoin de se dépenser beaucoup, avec une énergie
qui en étonnait beaucoup. Il ne se laissait pas dominer souvent et trouvait toujours une sortie à
une difficulté quelconque. Sa famille étant très pauvre et son père étant mort alors qu’il
n’avait que 5 ans, il passait autant de temps, sinon plus, à travailler pour aider sa mère dans
certaines tâches qu’à jouer. Un soir, 2 ou 3 ans plus tard, alors qu’il était fatigué, qu’il voulait
être seul pour récupérer un peu de forces, le jeune Joseph entra par curiosité dans la grande
pièce de la grange qui me servait, dans un coin, de réduit à reposer. Jusqu’à maintenant, il ne
s’était jamais autorisé à y pénétrer, mais ce jour-là il n’avait pas hésité. Il avait poussé la
grande porte, qui avait grincé comme à chaque fois, avec un peu de difficulté car elle était
lourde la bougresse. Timidement, le garçon avait d’abord tourné la tête de droite et de gauche
sans faire un pas. Puis, il avait avancé lentement découvrant un décor de théâtre comme il
n’en avait jamais imaginé. Il est certain que tout était de bric et de broc. Séjournaient là depuis
plusieurs années des tables, des bancs, des chaises, des bahuts, des maies, des outils, tout un
bric-à-brac innommable. Tout était recouvert d’une fine poussière puisque personne ne
prenait la peine de venir épousseter quoi que ce soit. Joseph n’osait toucher les ustensiles,
ouvrait grand les yeux, découvrait un tas de choses dont il ignorait tout, même jusque aux
noms.
Arrivé au bout de la pièce, Joseph tourna la tête vers la droite, en direction d’une espèce
d’alcôve, et s’avança en direction de la table sur laquelle j’étais posé…

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LE PASSANT   

Chaque matin, à la même heure, le narrateur voit passer devant sa fenêtre un passant. Il se pose des questions … d’autant plus que le passant repasse le soir, à la même heure, dans l’autre sens …

 

Lisez un extrait du Passant

Le Passant
(Jean-Louis RIGUET)

Chaque matin, cinq jours par semaine, à 6 h 15, qu’il fasse beau, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il ne
fasse rien, le passant passe, de l’autre côté de la rue, toujours dans le même sens. Juste une ombre fugitive
qui arrive à me surprendre et qui disparait aussi vite qu’elle est venue, discrètement, sans bruit,
furtivement. Quelle est sa destination ?
Tous les matins que Dieu fait et qui m’obligent à me rendre au travail, en préparant mon café, seul
dans ma cuisine, souvent dans la pénombre, je vois passer ce passant. Ce qui m’intrigue c’est le sens de sa
marche. Dans l’autre sens, il irait vers la ville, cela s’expliquerait facilement. Il irait au travail car il
commence très tôt le matin. Mais dans ce sens-là, je ne vois pas.
Le passant marche rapidement, il ne baguenaude pas. J’en déduis qu’il est pressé, il a forcément un
horaire à respecter. Il est vrai qu’à l’autre bout du village, dans ce sens-là, il y a un arrêt de bus, mais de
l’autre côté aussi. S’il se dirige vers la ville, sûrement que cet arrêt de bus est plus près que l’autre. Mais il
est le seul passant à faire cela tous les jours travaillés, d’une manière très ponctuelle. Tout le reste du
temps, tôt le matin, la rue est déserte.
S’il prend le bus, deux directions lui sont possibles :
Soit il va dans le village d’à côté, vers l’est, mais habillé en costume de ville il doit travailler dans un
bureau, il est trop tôt. Il n’a que cinq kilomètres à faire. Cependant, il est peut-être obligé de pousser
jusqu’au village suivant, mais je n’y vois pas de bureaux. Le passant doit obligatoirement laisser derrière lui
ce village pour aller à celui d’après. Il est vrai qu’il a plus de chance de rencontrer une entreprise avec des
bureaux. Il pourrait y être vers 7 h 15 – 7 h30. C’est plausible. Ensuite c’est la campagne. Ou alors, il va
jusqu’au prochain village pour emprunter un autre moyen de transport en commun pour aller dans la
grande ville située au nord. Mais pourquoi ? Puisque l’autre bus l’amène directement dans la grande ville.
Soit il se rend dans la grande ville, au nord, et il arrivera vers 7 h, très tôt pour travailler dans un
bureau. À moins qu’il prenne ce bus de très bonne heure qui le conduit à la gare pour prendre un train qui
l’amènera jusqu’à Paris vers 8 h – 8 h 30.
Dans les deux cas, pour quoi part-il si tôt par un bus à destination soit d’un village, soit la grande
ville, soit de Paris ? Pour quoi faire ? Le Passant devenu passager redeviendra passant jusqu’à son lieu de
destination finale pour accomplir une activité qui lui seul connaît. Dans un bureau, il y a mille activités
différentes possibles et envisageables, dans n’importe quel domaine, pour n’importe quelle tâche ou
fonction. Son activité peut être lucrative ou pas, intéressante ou pas, enrichissante ou pas, conviviale ou
pas. Comment savoir, rien qu’en voyant passer un passant ?
L’on peut échafauder mille choses, mille possibilités, mille aventures, toutes plus abracadabrantes
les unes que les autres. Il est certain qu’à priori, certains métiers peuvent être éliminés d’office, tous ceux
qui touchent au monde de la nuit, souvent au monde artistique qui préfère le soir au matin, tous ceux qui
touchent la direction générale des grosses entreprises qui se véhiculent autrement que par les transports
en commun, tous ceux qui ont une activité ne nécessitant pas de déplacements lointains réguliers. Même
en retirant ces métiers, le nombre de possibilités reste impressionnant. La seule certitude est que le
passant passe.
Une autre question peut venir au cerveau. Si ce passant fait un long trajet, le matin de bonne
heure, pour aller à Paris, se confiner dans un bureau, respirer de la mauvaise poussière de papiers
commerciaux, c’est sûrement parce qu’il y trouve un intérêt quelconque. Peut-être espère-t-il une
économie, malgré les frais de transport, résultant de la vie jugée moins chère en province ? Peut-être
bénéficie-t-il d’une meilleure qualité de vie ? Peut-être est-il un cumulard, la vie moins chère plus une
meilleure qualité de vie ? Encore que la qualité de vie soit entachée de la fatigue due aux différents trajets,
car je suppose que s’il part le matin, il revient le soir par la même locomotion, puisque je le revois le
lendemain matin.

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Liens :

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison des Ecrivains et de la Littérature

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 Augustin ma bataille de Loigny recommande

 

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Nouvelles déjà publiées sur le site :

A) COLLECTION ADRÉNALINE :

Laurent BOTTINO

le Spectacle incertain

Un camp de vacances de l’association des « Eclaireuses et Eclaireurs de France », les aventures et les tensions suscitées par la rencontre de gens d’origines et de milieux divers. Un récit inspiré par une expérience vécue.

Prosper MERIMEE

Mateo Falcone

Parce qu’il a dénoncé un « bandit » dans le maquis corse, le fils de Mateo Falcone doit mourir.

Laurent NOEREL

la trop proche Frontière

Un train où une femme a été retrouvée assassinée, la rencontre de son amant et d’une autre femme avec un étrange passager, prélude à une lutte pour leur vie, et peut-être plus !

Jean-Louis RIGUET

le Passant

Chaque matin, à la même heure, le narrateur voit passer devant sa fenêtre un passant. Il se pose des questions … d’autant plus que le passant repasse le soir, à la même heure, dans l’autre sens …

Thierry ROLLET

Destin de mains

La masseuse de Gilles de Rais, terrible seigneur breton, va connaître un destin tragique par la faute de ses mains, qui ont touché un être considéré comme un suppôt du Diable ! Une lumière dans la tombe (Une aventure de Sherlock Holmes) Une princesse indienne cherche à mystifier sa famille et même à commettre une escroquerie en se faisant passer pour morte. Une passionnante enquête pour Sherlock Holmes et le Dr. Watson… et peut-être une terrible déconvenue pour la princesse, qui compte décidément bien peu sur les traditions de fidélité de son propre pays… ! Dans quelle horreur toute cette machination va-t-elle basculer?

Laurence VANHAEREN

Partie italienne

Dans ce texte, une vision de cristal du lien qui peut exister entre un homme et une femme.

B) COLLECTION SUPERNOVA :

Laurent NOEREL

le Vaisseau étranger

Deux vaisseaux naufragés sur une planète inconnue, venus de deux mondes différents. Les rescapés s’entraideront-ils ? La peur les poussera-t-elle à s’affronter ? Douloureuse errance Une femme fuit une population cachée d’extraterrestres. Pourtant, l’un d’eux, son amant, l’a protégée.Recherchent-ils la conquête ou une coexistence pacifique ?

Roald TAYLOR

Duel d’outre-espace

Deux partis extraterrestres, l’un favorable à la destruction des Terriens, l’autre partisan d’en faire des amis, envoient des représentants sur notre planète pour s’affronter en un duel sans pitié qui déterminera la survie de l’espèce humaine. Qui gagnera ? Et comment se déroulera ce combat si peu ordinaire ?

C) COLLECTION TREKKING :

Jean-Louis RIGUET

le Grand Canyon

Deux amis découvrent le Grande Canyon du Colorado pendant deux jours. L’un d’eux, sous le charme de ce paysage grandiose, se met à intérioriser, à rêver et à transposer…

Thierry ROLLET

le Destin de Mamaoth

L’histoire du grand mammouth trouvé dans les glaces de Sibérie le 3 mai 1901 : comment a-t-il vécu ? Comment s’est-il retrouvé ainsi congelé pour arriver presque intact jusqu’à nous ? C’est ce que ce récit nous apprend, en nous replongeant plus de 12 000 années en arrière, dans l’univers prodigieux de la Préhistoire et de ses grands animaux.

D) COLLECTION SAGAPO :

Guy de MAUPASSANT

LA FICELLE

Une fausse accusation et ses suites tragiques dans le milieu paysan normand du 19ème siècle LA PARURE La perte d’un bijou prêté par une amie plonge un couple de petits employés dans une existence pleine d’épreuves.

Thierry ROLLET

RUE DES PORTES CLOSES

Comment une jeune fille enceinte et sur le point d’accoucher sera sauvée, en pleine nuit dans une rue de Paris, par l’une de ses amies, devant l’indifférence et l’égoïsme des gens.

CANALE DI AMORE

Jeunes gens et jeunes filles de bonnes familles se livrent aux plaisirs de la nuit dans des gondoles fermées glissant sur le Grand Canal, à Venise au 16ème siècle…!

Émile ZOLA

LA MORT D’OLIVIER BECAILLE

Olivier Bécaille ne semble plus respirer, son cœur ne semble plus battre… Mais est-il bien mort ? Comme il voudrait pouvoir crier, hurler à tous ses proches qu’il est toujours vivant !

E) COLLECTION FANTAMASQUES :

Marcel Elie FORGET

LE RENDEZ-VOUS DE MALABOISSE Deux scientifiques décident de passer une nuit au milieu des ruines d’un mystérieux prieuré, perdu au fond des bois. Pour eux, l’enfer n’est plus très loin…

David FRENKEL UN BRUIT FANTASTIQUE

« Les méchants sont-ils punis ? S’ils l’étaient, ce ne serait pas un dieu, nous regardant d’en haut, qui les punirait, mais ce serait leur vilenie qui les frapperait par effet boomerang. Et même ceci, j’en suis convaincu, ne se vérifie guère. Je vous fais découvrir à travers mon conte ce postulat. »

Claude JOURDAN

PRINCESSE ET LES CLOCHETTES

Princesse est une petite fille qui vit un drame familial. Malgré tout, des clochettes parviennent à la consoler et même à sauver la situation. Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Que font-elles ? C’est l’univers secret de Princesse…

Jean-Louis RIGUET

LES DEUX PLUMES

Deux plumes voguent sur La Loire en la descendant. En perdition, un poisson les secourt et les accompagne jusqu’à l’apparition d’une lumière dans une tour …

Thierry ROLLET

LES AVATARS DU MINOTAURE

Comment le Minotaure est-il né ? Comment vivait-il ? Et si, contrairement à ce que prétend la légende, il n’était pas le monstre que l’on croit ?

EDVINA OU LE CRIME IMPROBABLE

Edvina a-t-elle tué son mari ? Elle se dénonce mais peut-on la croire, vu le moyen incroyable qu’elle dit avoir utilisé ? Elle prétend l’avoir… désintégré !

Roald TAYLOR et Thierry ROLLET

LA NUIT LUMINEUSE

Claude, jeune retraité, reçoit une nuit une étrange visite : celle d’une lumière qui, peu à peu, prend possession de sa maison. Quelle est-elle ? D’où vient-elle ? Il aura peine à croire la vérité…!

Prosper MERIMEE

LA VENUS D’ILLE

Une statue antique, à laquelle son inventeur a passé au doigt son alliance, se rend la nuit au rendez-vous amoureux…

Audrey WILLIAMS

« COMME CHEZ SOI »

« Comme chez soi’, c’est l’enseigne d’un pub pour marins en bordée. Classique, chaleureux… Voire ! Y pénétrer, c’est déjà faire un premier pas dans un univers terrifiant…!

LE JARDIN DE CALIXTE (1er Prix au concours le Masque du Démon 2006)

Calixte est, en apparence, un paisible jardinier qui soigne un cimetière. Mais de quoi vit-il ? Il ne mange rien…

Corinne VALTON (auteure sélectionnée au concours le Masque du Démon 2011)

AUX OMBRES DES FILLES SANS FLEURS

Vénérande et Mirefleur. Deux sœurs Des ombres noires au-dessus d’elles, qui poussent à bout. Jusqu’à la mort ? Mais pourquoi ?

F) COLLECTION LA FRANCE EN GUERRE :

Jean-Louis RIGUET

le Tambour héroïque

La révolution, les royalistes contre les républicains. Un jeune tambour rythme les combats avec ses baguettes jusqu’au moment où les Chouans attaquent… .

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Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison de l’écrivain et de la littérature

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Grand Canyon – nouvelles-masquedor

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 le Grand Canyon   

Deux amis découvrent le Grande Canyon du Colorado pendant deux jours. L’un d’eux, sous le charme de ce paysage grandiose, se met à intérioriser, à rêver et à transposer …

Lisez un extrait du Grand Canyon

Le Grand Canyon
(Jean-Louis RIGUET)

Nous avions l’habitude de prendre certaines de nos vacances ensemble et à la
montagne. Cela faisait plusieurs années qu’il en était ainsi. Nous avions exploré plusieurs
vallées et fait plusieurs ascensions tant dans les Alpes que dans les Pyrénées. Nous partions
toujours du bas et nous montions le plus haut que nous pouvions aller sur une durée maximum
de deux jours. Mon ami Pierre et moi avions pris beaucoup de plaisirs à parcourir les sentiers
montagneux. Nous y avions versé beaucoup de sueur et laissé quelques kilos.
Un soir, au milieu d’une course, alors que nous faisions un bivouac à 1800 mètres
d’altitude, Pierre me dit :
– Ce que nous faisons depuis des années, c’est de monter puis de redescendre. Ce qui
serait fascinant ce serait de descendre puis de remonter.
Je ne répondis rien sur le moment, interloqué par cette remarque. Je me demandais
comment cela se pouvait faire : descendre pour remonter ensuite.
Quelques temps plus tard, Pierre me dit :
– J’ai trouvé la réponse à ma question.
– Laquelle, lui répondis-je ?
– Faire une course en montagne en descendant d’abord pour remonter ensuite.
– Et alors ? Qu’en est-il ?
– Il suffit de visiter un canyon. En règle générale, les visites se font dans le sens
inverse de celui d’une montagne.
Nous nous documentâmes. Effectivement, Pierre avait raison. Je faisais un peu ma
sourde oreille car, des canyons, il n’y en avait pas en France. Il fallait voyager loin pour en
trouver un. Bien sûr, il y avait bien le canyon situé dans le Lubéron, mais la promenade était
très courte. Finalement, une idée fixe avait envahi Pierre. Il ne jurait plus que par le Grande
Canyon du Colorado.
Depuis cette période, mon ami Pierre me bassinait avec son Grand Canyon. Il en
faisait toute une histoire. Pour mettre fin à ce harcèlement, je décidai d’organiser une
expédition en grandeur nature dans le nord-ouest de l’Arizona. Il n’en crut pas ses oreilles
quand je l’informai non seulement du projet mais aussi que tout était arrêté, bouclé, organisé,
payé. Il n’en crut pas ses yeux quand je lui mis sous ses mirettes les billets d’avion. Deux mois
plus tard, après plusieurs heures de vol en Airbus, quelques kilomètres en 4×4, nous étions à
pied d’œuvre.
J’avais organisé une randonnée sur deux jours : le premier consacré à la descente et le
deuxième à la remontée. Comme prévu, le Canyon se visite à l’envers des montagnes, il faut
d’abord descendre pour ensuite remonter. Cette manière de faire, dictée par des soucis de
sécurité, est d’ailleurs rappelée constamment aux visiteurs par d’innombrables panneaux
« Danger de mort » parsemant les abords. Comme c’était le mois de mai, nous n’avions pas
vraiment à craindre de pluies mais plutôt une température élevée.
En descendant de la voiture, je m’étais étiré des bras et des jambes, ankylosés par
plusieurs heures d’inaction.
– Nous allons descendre toute la journée, tranquillement, ai-je dit à Pierre.
– J’en suis d’accord.
– Je te recommande de ne pas t’écarter du chemin de randonnée.
Avant de nous élancer sur le chemin, un tour d’horizon s’imposait pour prendre
possession des lieux. Le spectacle était grandiose. Les bras m’en tombaient. Pierre se ficha de
moi en me voyant ébahi, ouvrant grand les yeux, la bouche bée. Devant nous, à perte de vue, le sol paraissait plat d’un côté mais, de l’autre, la dépression était immense et profonde.
Difficile d’apercevoir, en dessous de nous, le lit du fleuve Colorado situé à plus d’un kilomètre
en contrebas. On le devinait là-bas, au loin, roulant ses eaux vers le lac.
– Je n’ai pas de mots pour expliquer ce que mes yeux voient, dis-je avec un trémolo
dans la voix.
Intérieurement, je me disais : « C’est beau, c’est superbe, c’est splendide, mais cette
beauté me fait peur. Trop de quelque chose stresse, angoisse et tue les sentiments de plaisir
qui vous assaillent. » Devant cet incroyable spectacle immobile, je me sentais redevenir
comme un petit garçon. C’était la même sensation que celle ressentie lors de la découverte du
Mont-Blanc, la première fois, j’avais 9 ans…

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Lisez la suite dans le Grand Canyon
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AUGUSTIN ma bataille de Loigny, un roman de Jean-Louis RIGUET, en vente par internet à :

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Les deux plumes – nouvelles-masquedor

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LES DEUX PLUMES  

Deux plumes voguent sur La Loire en la descendant. En perdition, un poisson les secourt et les accompagne jusqu’à l’apparition d’une lumière dans une tour …

Lisez un extrait des deux Plumes

Les deux plumes
(Jean-Louis RIGUET)

Deux plumes, l’une blanche, l’autre noire, voguent sur l’eau de La Loire. Elles
proviennent l’une et l’autre de cygnes, l’un âgé, l’autre jeune, ce qui explique la différence de
couleur. Les deux plumes sont là depuis quelques heures, dans une eau calme à un endroit
formant une petite anse, du côté du Morvan. Vient à passer un bateau qui provoque des
vaguelettes bousculant nos deux plumes et les poussant vers l’aval, bien au-delà de leur calme
anse. Elles ont un peu peur et elles se demandent où elles vont atterrir. Commence pour elles
un long parcours avec des aventures qu’elles n’imaginent même pas.
Ici, elles découvrent un gros bourg devinant la pointe du clocher de l’église bien au
milieu des toits des maisons. La plupart sont en tuiles un peu foncées. Il doit y avoir une
grosse cloche car les plumes entendent ses battements sourds. Là elles rencontrent un jardin
avec une végétation étonnante, de grands arbres dont les feuilles bruissent élégamment et des
parterres de fleurs embaument l’atmosphère et égayent de leurs couleurs diverses et variées
l’environnement. Les plumes ont à peine le temps d’appréhender tout cela que les voilà
parties de nouveau à l’aventure.
Un dériveur les pousse soudain vers la rive, les bousculant au passage méchamment.
Elles sont toutes mouillées désormais, décoiffées, alourdies et ont plus de mal à flotter, surtout
que l’engin a laissé derrière lui des vagues inquiétantes et assez hautes, d’au moins dix
centimètres. D’accord, dix centimètres ce n’est rien, mais rapporté à l’épaisseur d’une plume,
c’est quand même plusieurs fois sa hauteur. Tout est relatif, aurait dit… Vlouf ! Les plumes
percutent soudain un rocher, enfin… une grosse pierre posée rien que pour les recevoir. Une
niche naturelle les recueille, elles vont pouvoir prendre un peu de repos après tout ce trajet
mouvementé, certes intéressant, mais surtout plein d’angoisses pour qui n’a jamais voyagé.
Les plumes restent là à récupérer, sans rien dire, bien à l’abri de l’eau tumultueuse qui
provient du passage incessant des bateaux. Au bout d’un temps certain, l’une ouvre l’œil et dit
à l’autre :
– Quelle aventure ! Nous avons bien fait 200 kilomètres, nous voilà presque arrivées à
Gien. Cela fait deux à trois jours, deux à trois nuits, que nous voguons sans savoir où nous
allons.
– Tu as raison, il sera bien souhaitable que nous puissions nous établir un peu dans un
endroit stable. Nous allons réfléchir à la situation désormais que nous sommes un peu
stabilisées.
Chacune des plumes reste en silence quand elles entendent un plouf dans l’eau. Elles
regardent autour un peu effrayées. Quoi ? Qu’est-ce encore ? Un poisson vient les sentir,
sûrement pour les manger. Mais il est rassasié et n’a pas faim. Alors, n’ayant rien d’autre à
faire, il fait un tour, puis une deuxième tour, comme s’il attendait quelque chose. Au troisième
tour, il fonce droit sur les deux plumes, qui prennent vraiment peur cette fois-ci. Elles se
recroquevillent l’une contre l’autre et se mettent à réciter des Ave qu’elles n’ont jamais appris.
Le poisson freine soudain, ses nageoires servant d’aérofreins, s’arrête à deux centimètres et
leur lance :
– Mais que faites-vous là dans cet endroit hostile pour des plumes ?
Ne sachant soudain quoi répondre, dans un premier temps, les plumes se taisent. Mais
la blanche, qui est plus âgée, prend son courage à deux mains et prononce timidement
quelques mots :
– Poisson, bonjour, je vois que tu ne nous veux aucun mal car, dans le cas contraire, tu
nous aurais déjà croquées. Que faisons-nous là ? Nous ne le savons pas non plus ? Nous avons
été détachées par nos porteurs lors d’un déplumage de santé, nous sommes tombées à l’eau,
puis une vague nous a jetées dans le courant de La Loire qui nous a conduites ici. – Votre voyage a été long ? interroge le poisson curieux.
– Nous ne savons pas bien. À notre avis, nous flottons depuis deux ou trois jours et
nuits, nous sommes parties dans le Morvan et nous voilà ici près de Gien.
– Cela fait une trotte quand même. Avez-vous pu voir le paysage ? Les contrées ne
doivent pas être les mêmes que par ici.
– Nous venons d’un pays de petite montagne avec de belles grosses bâtisses bien
solides couvertes de tuiles foncées. C’est du costaud. Le fleuve royal n’est pas très large mais
le courant y est très violent. Lorsque nous étions accrochées au dos de nos porteurs, des
cygnes majestueux, nous pouvions apercevoir un peu plus de paysages. À la hauteur de l’eau,
nous ne voyons pas grand-chose, sauf ce qui est vraiment haut. C’est pourquoi nous ne
découvrons que les toits des maisons, les clochers des églises, les châteaux. Une fois sur deux
nous ne pouvons voir les jardins, seuls les grands arbres nous renseignent, de même que les
odeurs et les senteurs de la flore.
– Une chose m’intrigue, dit le poisson. Pourquoi l’une de vous est blanche et l’autre
noire ?

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Lisez la suite dans Les Deux Plumes
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AUGUSTIN ma bataille de Loigny, un roman de Jean-Louis RIGUET, en vente par internet à :

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Jean-Louis RIGUET

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Quatre nouvelles – nouvelles-masquedor

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le Tambour héroïque    

La révolution, les royalistes contre les républicains. Un jeune tambour rythme les combats avec ses baguettes jusqu’au moment où les Chouans attaquent …

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LES DEUX PLUMES  

Deux plumes voguent sur La Loire en la descendant. En perdition, un poisson les secourt et les accompagne jusqu’à l’apparition d’une lumière dans une tour …

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le Grand Canyon   

Deux amis découvrent le Grande Canyon du Colorado pendant deux jours. L’un d’eux, sous le charme de ce paysage grandiose, se met à intérioriser, à rêver et à transposer …

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le Passant   

Chaque matin, à la même heure, le narrateur voit passer devant sa fenêtre un passant. Il se pose des questions … d’autant plus que le passant repasse le soir, à la même heure, dans l’autre sens …

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AUGUSTIN ma bataille de Loigny, un roman de Jean-Louis RIGUET, en vente par internet à :

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Jean-Louis RIGUET

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Le Château de Villeprévost

En vente aux EDITIONS DEDICACES : http://www.dedicaces.ca/

Mur d’enceinte du château

Une porte d’entrée dans le parc

La chapelle vue de la route

Le château transformé en hôpital de campagne

Extrait d’AUGUSTIN ma bataille de Loigny

………….
En laissant divaguer mon esprit, je me fais un peu de géographie, comme si j’avais peur d’oublier mon pays, là où j’ai vécu toute ma vie, comme si je voulais conjurer le sort, le mauvais sort. Se souvenir que Villeprévost est en pleine Beauce, ce beau pays plat où la vue n’est arrêtée par rien, sauf de temps en temps par un arbre, entre Tillay-le-Peneux et Loigny-la-Bataille, non loin d’Orgères-en-Beauce. Se souvenir que, toutefois, Villeprévost se trouve un peu en contrebas de la plaine, entouré d’arbres, avec un parc, de presque dix hectares, clos de murs, travaillé à la française avec de beaux arbres. On accède au bâtiment principal par une allée assez grande. Sur un côté, une autre cour ouvre sur des bâtiments d’habitation et d’exploitation. Se souvenir que près de là, la Conie s’écoule lentement entre les vallons verts creusant un sillon parfois calme parfois un peu plus mouvementé selon la saison. Son eau a commencé de couler avant moi et continuera après moi. C’est une certitude. Se souvenir que Villeprévost est un hameau de quelques maisons-fermes dont la principale est une gentilhommière beauceronne du XVIIIème siècle, ce qui en fait une rareté dans la région.
……………

© Jean-Louis Riguet septembre 2012
Membre du Bottin International des Professionnels du Livre
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Général de Sonis

Première de Couverture
Augustin ma bataille de Loigny   en vente aux EDITIONS DEDICACES :  http://www.dedicaces.ca/

L’entrée du quartier réservé au Monument de Sonis

Le monument avec au loin le Bois des Zouaves

Le rectangulaire amenant au monument

Le Monument Général de Sonis à Loigny la Bataille
Le Monument Général de Sonis

Extraits d’AUGUSTIN ma bataille de Loigny

La bravoure du général de Sonis est incontestable.
– Il a attaqué Loigny avec les zouaves pontificaux qui se sont battus comme des lions. Ils n’ont jamais reculé. Toujours à l’attaque. Jusqu’à la mort ! Ce n’était plus de la bravoure, mais de l’inconscience ! Sur les trois cents qu’ils étaient au début, il n’en reste quasiment qu’un tiers de valide. Quatre-vingt-seize sont morts. Cent vingt-deux sont blessés. Hélas, frappé par un obus qui lui a brisé une cuisse, le général de Sonis est tombé. Il était sur son cheval, dans la laine, près d’un petit bois. À ses côtés, le colonel de Charrette, aussi intrépide et courageux, gît, blessé grièvement. Leurs troupes sont décimées, anéanties par la perte de leurs chefs. Elles ont battu en retraite.
– Ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Des soldats m’ont raconté la bravoure de Sonis et de Charrette.
– Ils se sont comportés en héros, en grands soldats.
……………..
Puis, Monsieur Fougeron tient à rappeler, dans un moment de dignité solennelle que « le Général Gaston de Sonis est un fils d’officier né en 1825 à la Guadeloupe, chrétien fervent, officier de devoir et de discipline, avec une grande vivacité d’esprit, ayant fait ses études à Saint-Cyr, Saumur et au 5ème Hussard à Castres. » Monsieur Émile ne sait pas encore que le Général va être amputé d’une jambe, au-dessus du genou et qu’il reprendra son commandement en montant encore à cheval.
………………….

En 1883, le général de Sonis deviendra membre d’une commission au ministère de la guerre. Il finira sa vie le 15 août 1887 à Paris. Sa grande réputation de sainteté sera défendue par Monseigneur Harscouët, évêque de Chartres, le 26 septembre 1929, lors de son procès canonique. Lors de ce dernier, l’évêque exhumera les restes du général et trouvera un corps, dans un cercueil de plomb, entier, en parfait état de conservation, alors qu’il n’y avait eu aucun embaumement. Nul doute que la Providence a veillé à accorder cette récompense à la pureté de cet homme saint. Sa dépouille repose dans la crypte de l’église de Loigny, à côté des Zouaves pontificaux et des soldats tombés dans cette bataille, sous une pierre marquée de paroles de saint Paul « Miles Christi », soldat du Christ, paroles choisies par lui.
……………………

© Jean-Louis Riguet septembre 2012
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Le Bois des Zouaves Pontificaux

Monument du Bois des Zouaves

Le souvenir de cette bataille est toujours présent sur les lieux mêmes à Loigny la Bataille le 2 décembre 1870
Ce monument rend hommage aux Zouaves Pontificaux dans le bois au combat sanglant

AUGUSTIN ma bataille de Loigny se situe dans ce village

© Jean-Louis Riguet septembre 2012
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Hommage aux Combattants de Loigny : Les Zouaves Pontificaux

AUGUSTIN est paru et en vente aux Editions Dédicaces

Première de couverture d’AUGUSTIN ma bataille de Loigny

En vente aux EDITIONS DEDICACES :  http://www.dedicaces.ca/

Présentation

1870, Loigny la Bataille. La guerre franco-prussienne fait rage. En décembre, Loigny la Bataille est le théâtre d’une bataille meurtrière. Le Château de Villeprévost, réquisitionné par les bavarois, est transformé en hôpital de campagne.

« Les Prussiens se sont, côté nord, déployés de La Maladrerie à Lumeau en passant par Fougeu, Beauvilliers, Goury. Côté sud, les Français font front sur Nonneville, Villepion, Villours, Faverolles, Terre Rouge. Au milieu de ces deux lignes : Loigny est prise en étau. La bataille dans Loigny se fait pour une rue, un passage, une impasse, un quartier, une maison, une cave, pour rien. On se bat, c’est tout. Il faut avancer, ne pas reculer, mourir s’il le faut. »

« Cela fait quand même en une seule journée environ 15000 victimes soit environ 100 par kilomètre carré. … Quand même… une victime par cent mètres carrés ! »

L’ancien régisseur, Augustin, vit avec les siens au château cet épisode guerrier de l’histoire locale. Sa petite fille adoptive rencontrera-t-elle l’amour ? S’en sortiront-ils ?

………………………………

 AUGUSTIN ma bataille de Loigny (extraits)

PREFACE

 C’est avec grand plaisir que je vous fais part de ma réaction tout à fait admirative devant le manuscrit que vous m’avez si obligeamment adressé.

L’Histoire, dont vous décrivez un épisode avec une précision d’une impressionnante richesse, a écrit en effet en ces lieux l’une des pages les plus sanglantes et les plus héroïques du XIXème siècle finissant. La cérémonie annuelle de commémoration, émouvante par sa fidélité autant que par sa simplicité, habituellement tenue dans les conditions météorologiques assez exécrables que le vent de la plaine en décembre a coutume d’accentuer, nous permet d’imaginer les efforts et la souffrance endurés par les combattants des deux fronts.

Villeprévost, où vous situez votre nouvelle, ne se trouve à vol d’oiseau qu’à deux kilomètres du champ de bataille. Il s’agit d’une gentilhommière, agrandie et modifiée au siècle précédent, lieu de villégiature estivale d’une famille originaire de Tillay, que la charge de Conseiller du Roi au Châtelet d’Orléans au XVIIIème siècle retenait la plus grande partie de l’année dans cette ville. Les événements que vous relatez l’avaient transformée durant quelques semaines en hôpital de campagne de l’Armée bavaroise.

Il se trouve que le propriétaire de l’époque était mon arrière-arrière grand-oncle Émile Fougeron, marié mais mort sans postérité. Ce dernier était effectivement très bon et généreux pour tous ceux qui avaient une raison de le côtoyer ; on rapporte même que les employés des Chemins de Fer d’Orléans et d’Orgères en Beauce l’appréciaient particulièrement pour la largesse avec laquelle il distribuait ses cigares lorsqu’ils attelaient son wagon personnel… Ce qui est certain, c’est qu’il a laissé le souvenir d’un homme de devoir dont la fortune n’avait pas altéré l’abord avenant et ouvert. Son épouse, Marie-Amélie, était d’une santé fragile et ne partageait pas de ce fait l’intrépidité que vous attribuez à son mari dans votre récit.

La vie menée par mes aïeux dans cette maison que j’habite aujourd’hui avec bonheur était, en dehors de la période ténébreuse que vous évoquez, et à en croire les récits et souvenirs familiaux, emplie de la paisible agitation d’une grande maison vivant en quasi-autarcie. Après la fin de la guerre de 70 et la construction de la chapelle érigée en action de grâce, elle était rythmée, durant ma jeunesse, par la cloche appelant le hameau à la prière du soir. L’aisance financière de mes aïeux leur permettait de recevoir avec facilité et leur foi profonde les rendait proches du clergé dont les représentants prenaient souvent place à leur table, d’où les fréquents séjours des évêques d’Orléans ou de Chartres à Villeprévost.

La piété ambiante de l’époque et le respect réciproque entre personnes de conditions sociales différentes qui imprégnait manifestement alors les rapports humains dans cette petite communauté de Villeprévost, contribuaient certainement comme vous le décrivez, à maintenir une relation paisible et confiante entre ses habitants.

C’est pourquoi, si le récit n’apparaît, dans la nouvelle ou le roman, qu’au prix de quelques entorses à la réalité de certains faits, la vérité de l’environnement social et historique de votre récit me semble parfaitement restituée.

C’est donc à la fois avec gratitude et amusement que j’ai pris grand plaisir à cette lecture, en témoin captivé par le romanesque d’un récit en un lieu et en un temps qui me sont familiers.

Villeprévost,

25 février 2012

 …………………………………………………

PROLOGUE

Le 2 décembre 2010, le matin, vers onze heures, je suis installé dans mon cabinet, tranquillement assis dans mon fauteuil, dans l’attente d’un client qui a rendez-vous quelques minutes plus tard. Égoïstement, je respire les effluves subtils de mon eau de toilette de ce jour. Je ne sais pourquoi mais j’ai tenu à m’asperger d’Opus 1870, cette eau de toilette inventée pour l’homme par Penhaligon’s, la société de parfums créée par William du même nom en 1870. Ce travail bien fait, bien fini, presque une œuvre d’art, laisse suggérer son nom, révèle un accord harmonieux entre l’ambiance d’une église, l’odeur de la terre et la douceur du Cachemire et se présente d’une manière complexe susurrant grandeur et élégance.

La pièce que j’occupe fait partie intégrante d’un immeuble, situé sur le Boulevard Alexandre Martin à Orléans, non loin du quartier des Champs-Élysées, datant de 1870, d’une belle facture, en pierre de taille de Souppes, provenant des carrières de Souppes-sur-Loing. La couleur de la façade est beige, plutôt claire, un peu veinée. Cette pierre de Souppes est très employée pour la construction et la restauration de monuments nationaux, comme l’Arc de Triomphe et le Sacré-Cœur. Tout ce côté sud du boulevard est bordé de ce type d’immeubles. Cette partie n’est qu’un bout du boulevard qui ceinture le cœur de la ville en changeant plusieurs fois de dénomination, faisant un arc de cercle enserrant ainsi comme un étau le centre historique, partant d’un côté de La Loire et arrivant de l’autre côté à La Loire. Quatre niveaux plus le sous-sol composent cette bâtisse à l’architecture intéressante avec ses deux œils-de-bœuf au dernier étage et son balcon à l’étage noble du premier. D’un côté, au nord, les fenêtres ouvrent sur le boulevard, large à cet endroit de presque cent mètres, planté d’arbres centenaires d’une hauteur impressionnante. De l’autre côté, au sud, la vue sur la Cathédrale Sainte-Croix est imprenable, surtout au dernier niveau. Dans cet immeuble, sont les locaux professionnels. Mon associée occupe son appartement personnel aux derniers étages, en duplex. Les hauteurs sous plafond sont de 4 mètres 50. Toutes les pièces ont une cheminée mais heureusement elles ont le secours d’un chauffage central car elles sont difficiles à chauffer l’hiver. Les déperditions de chaleur sont énormes.

Cela fait désormais plus de vingt ans que j’exerce ce métier dans cette ville en tant que titulaire. Nos locaux précédents se trouvaient non loin de là, toujours dans le même quartier des Champs-Élysées, dans un immeuble 1930 édifié sur plusieurs niveaux de caves. Orléans est construite sur plusieurs étages de caves, tunnels, souterrains, représentant plusieurs villes détruites et reconstruites les unes sur les autres. Certains prétendent même que plusieurs souterrains passent sous le lit de la Loire pour rejoindre Cléry-Saint-André, situé à une quinzaine kilomètres de là. Auparavant, j’étais dans cette profession comme salarié. Quand j’étais jeune, j’étais dans la technique juridique. Je n’avais pas suffisamment de bases solides pour m’en éloigner un tant soit peu. Aujourd’hui, après une expérience de près de cinquante années, je peux aisément me détacher de cette technique pour m’attacher davantage aux relations humaines. Le nombre de rendez-vous professionnels, environ cinq à sept tous les jours, permet des échanges intéressants et différents à chaque fois. Même si les dossiers semblent similaires, avec le même droit à appliquer, ils sont forcément différents en raison du fait que les personnes concernées sont différentes. De même que je suis persuadé qu’à chaque âge de l’individu correspond une étape de sa vie qu’il doit accomplir et que, s’il ne la réalise pas à ce moment-là, il sera dans l’obligation de revenir en arrière combler le manque, de même je crois que l’on ne peut donner à un client toute l’étendue de la réponse qu’il attend à sa question, parfois simplement suggérée, que si l’on peut s’échapper du droit pour s’attacher au fond de son problème personnel. Cela me semble vrai pour ce type de métier mais est reproductible pour chaque fonction.

J’en suis là de mes évocations égoïstes et personnelles quand mon client m’est annoncé.

– Bonjour, Monsieur Voisin, comment allez-vous ?

– Bonjour, Maître, je vais bien, merci et vous ?

– Moi aussi, merci. Que puis-je faire pour vous ?

– Voilà, je voudrais…

La conversation se poursuit ainsi un certain temps, ou plutôt un temps certain, puisque nous sommes bavards tous les deux. Je me lève. Lui aussi. Sa femme qui attendait dans la salle d’attente entre dans mon bureau. Nous nous saluons. Puis, elle déclare :

– Maintenant que toutes nos histoires sont terminées, je peux bien vous dire que sans vous, nous n’y serions pas arrivés. Pourtant, vous savez, nous y tenions à cette propriété. Vous savez ce que nous avons dû endurer et en faire. Désormais, n’en parlons plus. Passons à autre chose.

Leur dossier n’avait pas été simple. Il s’agissait d’une histoire de famille, dans une fratrie de cinq frères et sœurs, qui, à la suite de plusieurs procédures, traînait en longueur. Plusieurs années avaient vu s’affronter les antagonistes pour le partage d’une propriété de plusieurs centaines d’hectares en pleine Sologne. Plusieurs bâtiments s’enroulaient autour d’une maison de maître et se trouvaient cernés par une immense forêt. Le mobilier garnissant les bâtisses avait aussi occasionné des dégâts. Il avait fallu que je me déplace jusqu’au fin fond du Loir-et-Cher pour tenter de les mettre d’accord, ce qui, pour une fois, avait été fait avec succès. Le dernier rendez-vous avait eu lieu chez un confrère, quelques semaines auparavant, au cours duquel ma cliente avait voulu marquer le coup en lisant un petit texte de deux pages qu’elle avait soigneusement préparé et qui relatait tout ce qu’elle pensait de ce dossier, en tentant de rétablir certaines vérités qu’elle estimait exactes. Pendant la lecture, nous nous serions crus au Pôle Nord tant l’atmosphère était glaciale. Le silence était étourdissant. Puis, elle avait tourné les talons, contente de son petit effet, et je l’avais suivie tout penaud, mon confrère nous raccompagnant avec moult mots aimables, même s’il avait été grandement la cible de l’intervention orale de cette dame.

Après un moment de silence, elle continue :

– Ce que je vais dire va sûrement vous surprendre. Savez-vous que mon mari, ici présent, est né dans cette pièce, et que son berceau était là, au pied de votre cheminée il y a soixante-dix ans ? C’était en 1940, le 2 décembre exactement, pendant la guerre.

– Mais comment est-ce possible ? interrogé-je avec étonnement.

– C’est simple, intervient Monsieur Voisin. À cause des bombardements, mes père et mère sont venus habiter cet immeuble qui appartenait à l’époque à notre famille. Je me souviens parfaitement y avoir passé une partie de mon enfance. C’est là que ma mère balançait mon berceau. C’est ici que j’ai appris ce qu’était une fleur de lys. D’ailleurs, l’intérieur de votre cheminée n’a pas changé depuis cette époque. Elle est toujours aussi belle avec toutes ces fleurs de lys.

– C’est vrai qu’elle est belle cette cheminée, dis-je. Ces lys blancs sur fond noir diffusent une sorte de pureté, de majesté, de beauté. On se demande d’ailleurs pourquoi ce symbole de la France sous la royauté se trouve dans cette maison. Je ne pense pas que cela soit en rapport avec Napoléon. Peut-être plutôt avec les Bourbons ou les Valois par Louis-Philippe d’Orléans, Philippe-Égalité ?

– C’est sûrement cela. Je n’ai jamais eu d’explication relative à cette cheminée. Je dois d’ailleurs reconnaître que je n’en ai pas cherché non plus.

– En tout cas, cela nous éloigne beaucoup d’aujourd’hui, 2 décembre 2010, qui est la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage. Encore que la traite transatlantique des esclaves noirs ait pris fin officiellement au XIXème siècle, même si elle continue sous une autre forme actuellement. Cela me fait toujours un peu bizarre de recevoir des gens de couleur dans ce bureau, qui, d’une certaine manière, prône la royauté alors que l’esclavage, sous sa forme moderne, est encore aujourd’hui même un problème grave.

– Vous avez raison, continue Madame. Il suffit de lire les journaux pour s’en rendre compte : le travail forcé, le travail des enfants, le trafic d’organes humains, le sexe, la vente d’enfants. C’est épouvantable, abominable. Je comprends votre ressenti dans ces occasions-là.

Nous nous approchons lentement de la porte de sortie. Puis, nous faisons une nouvelle pause, Monsieur Voisin en profite pour dire :

– Vous savez qu’il s’est passé bien des choses un 2 décembre. Le plus vieil événement dont j’ai entendu parler, c’est le 2 décembre 1355. Ce jour-là, les États Généraux de la langue d’oïl ont accordé une énorme subvention au Roi Jean II le Bon pour bouter les Anglais hors de la France. En 1615, Louis III de Guise, l’archevêque de Reims, pair de France, a été nommé cardinal par le pape Paul V. Puis, en 1805, le Sacre de Napoléon, empereur des Français. Un an après, il vaincra à Austerlitz contre la coalition austro-russe. Quelques années ensuite, en 1851, toujours le 2 décembre, Louis-Napoléon Bonaparte a fait son Coup d’État pour devenir Napoléon III une année plus tard avec la Proclamation du Second Empire. Plus récemment, en 1949, l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. C’est ce que nous fêtons aujourd’hui. Plus tristement, le 2 décembre 1959, la rupture du barrage de Malpasset, situé au-dessus de Fréjus, dans le Var, qui a fait 423 morts et disparus.

– Je m’en souviens, interviens-je, parce qu’en 1963, peu de temps après avoir commencé à travailler dans l’étude poitevine, il a été célébré, avec une autorisation du Président de la République, un mariage posthume dans le village voisin. Le jeune homme décédé et la jeune femme survivante devaient se marier quelques jours après la catastrophe. Cela marque quand on a 16 ans.

– Je m’en souviens aussi, c’était une très grosse catastrophe. Il y a eu d’autres événements un 2 décembre. Notamment, l’un que vous ne connaissez peut-être pas car vous n’êtes pas un régional d’origine.

– Ah bon ? Dites-moi.

– Le 2 décembre 1870, il y a eu la Bataille de Loigny, lors de la guerre Franco-prussienne.

– Ah ! Mais où se trouve Loigny ?

– C’est dans le canton d’Orgères en Beauce, en Eure-et-Loir, près de Tillay-le-Peneux. C’est d’ailleurs à cause de cet événement que le nom exact de la commune est devenu Loigny-la-Bataille.

– Je ne connais pas cet épisode. Je vais me renseigner car j’ai une famille cliente qui a une propriété à Tillay-le-Peneux, le Château de Villeprévost. D’ailleurs, cette famille est cliente de l’étude depuis 190 ans, depuis que l’un de leurs ancêtres m’a précédé aux commandes pendant une vingtaine d’années. C’est une fidélité remarquable. C’est curieux. Je constate que vous êtes né soixante-dix ans après la guerre Franco-prussienne de 1870 et que 70 ans après cette naissance, vous me révélez un fait marquant de notre histoire locale, jour pour jour.

Après un moment de réflexion silencieuse, Madame Voisin intervient :

– Maître, nous n’allons pas vous déranger plus longtemps. Nous vous remercions encore de vos bons services et nous ne serons pas sans nous revoir. Bonne fin de journée.

– Merci, à vous aussi, au revoir.

Les clients sortent du bâtiment et s’éloignent en devisant sur le trottoir qui borde le boulevard. Resté seul, je prends possession de mon fauteuil d’une manière détendue et relaxante et laisse aller mes pensées vers ce qui vient d’être dit. C’est vrai que nous avons travaillé plusieurs années ensemble avant de trouver une solution à leur problème. Mais je ne savais pas que lui était né devant mon bureau, presque dans ma cheminée. Ce n’est quand même pas banal. J’envisage tout d’abord de me documenter sur cette bataille et plus précisément sur le rôle joué par les habitants du château de Villeprévost pendant ces événements. Soudain, changeant mon fusil d’épaule, sans attendre, je décide d’aller, de ce pas, sur place, à Loigny-la-Bataille, aujourd’hui 2 décembre 2010. N’y aurait-il pas une cérémonie ? Que vais-je découvrir ?

 

…………………………………………….

La Vie avant la bataille


 

1

Villeprévost

Sans faire ni une ni deux, ce 2 décembre 2010, je pars allégrement de mon bureau dans une régression insensée qui me conduit tout droit au Château de Villeprévost, commune de Tillay-le-Peneux, en Eure-et-Loir. J’arrête la machine à remonter le temps à la date du 9 Novembre 1870. J’ai soixante-dix ans. Je m’appelle Augustin. Nous allons bientôt fêter, si les circonstances le permettent, mon soixante-dixième anniversaire le 2 décembre prochain. Je suis né en 1800. À la Noël prochaine, on fera un « trifoué », la coutume qui veut que l’on mette une bûche dans la cheminée, au feu, la veille de Noël, sans permettre sa combustion complète. Puis, on remet cette bûche au feu, chaque jour une heure ou deux, jusqu’à la fête des Rois. Cette bûche sera, après, conservée, à moitié brûlée, sous le lit. Cette manière de faire est censée protéger de la foudre et de l’incendie, mais aussi repousser les « mules aux talons »[1] et guérir le bétail de nombreuses maladies. On pouvait aussi tremper cette bûche dans le breuvage des vaches pour les aider à vêler.[2] Je ne travaille plus beaucoup dans cette propriété, mais j’y ai exercé quelques responsabilités, à gérer toute l’exploitation agricole, des hectares de terre autour de la ferme. J’étais une sorte de régisseur sans en avoir le titre. Il m’en reste encore des réflexes.

Depuis le début de l’après-midi, assis sur ma bille de bois, près du seuil de ma maison, modeste, les autres étant partis vaquer à leurs occupations, je suis là à rêvasser, à penser au temps de ma « grandeur » que j’enjolive sûrement. Mais comme personne ne le saura jamais, il n’y a pas de mal à se faire plaisir. Mes rêves m’emportent vers des destinations variées, tantôt en parcourant ma région de Beauce, tantôt en me remémorant les activités agricoles. Je peux voyager en restant sur place sans fatiguer mes jambes.

J’ai toujours été une sorte d’organisateur, de traducteur, d’interprète, un genre de chef d’orchestre naviguant entre le châtelain et les petites gens qui sont à son service, sous une forme ou sous une autre. Il fallait déjà traduire les mots et le langage, à cause du patois local. Il fallait connaître par exemple la signification du terme « accordaille » qui voulait dire le mariage, ou de « ailleurs-pays » pour dire que l’on était loin de son village, de « aricantier » pour exploitant d’une petite ferme de trois mines environ dite « carcotage », la mine étant une surface de vingt-huit ares et douze centiares vers Bazoches-les-Hautes, de « barbelée » pour gelée blanche, de « besouet » pour houe pour piocher la terre, de « bineux » pour les travailleurs émigrés de Normandie, de Bretagne et plus fréquemment de Flandre belge, qui venaient de façon saisonnière biner les betteraves, ou encore de « divartissouèr » pour désigner le sexe de la femme.[3]

Il m’a fallu également faire œuvre d’ingéniosité pour passer les messages entre le châtelain et les exécutants, qui sont nombreux et exercent sur plusieurs métiers. Le monde paysan se développe sur la terre qui a besoin de beaucoup de soins pour produire. Je n’imagine pas un instant les moyens modernes de l’agriculture un siècle plus loin, devant nous, qui allait donner aux hommes des machines agricoles extraordinaires. Non, il me fallait gérer le labourage, les semailles, la fenaison, la moisson, les vendanges un tout petit peu chez nous, car nous n’avions que quelques ceps pour faire une mauvaise piquette.

Il fallait respecter les coutumes. Par exemple, pas si loin de chez nous, la coutume veut que le fermier entre en jouissance d’une ferme le 23 avril et qu’il ait droit à une écurie pour ses animaux ainsi qu’à une cuisine. Le fermier sortant a à sa disposition jusqu’à la Saint-Jean, soit quatorze mois après, une ou deux chambres dans le logement, une chambre avec cheminée, une écurie, les granges et la majeure partie des greniers à grains. À la Saint-Martin, le fermier entrant dispose du potager et peut amener une vache pour son usage et la nourrir sur la ferme. Une proximité en découle, pas toujours saine. Tout cela ne va pas sans heurts ni malheurs. De plus, les rendements ne sont pas extraordinaires, même s’ils ont progressé d’une manière spectaculaire depuis le siècle précédent. Ils plafonnent entre 22 et 24 hectolitres de blé à l’hectare, vendus aux environs de 20 francs chacun, ce qui donne une recette d’environ 450 francs pour une dépense dans les charges d’exploitation d’environ 400 francs. Il faut travailler dur pour ne pas gagner grand-chose !

Chaque métier a sa particularité à connaître. Je dois en savoir tous les tours et les contours. Parfois, il m’arrive, du coup, d’être obligé de faire des « tours de con » pour y arriver. J’ai tout appris, mais maintenant que je suis vieux, ce ne sont plus que des souvenirs. D’ailleurs, j’ai la chance d’être encore vivant à cet âge-là, ce qui est extraordinaire dans cette campagne où l’espérance de vie est de l’ordre de 50 ans à peine.

Aujourd’hui, mon périple m’entraîne vers le travail. Je me remémore tout ce qu’il faut accomplir dans une année avec le travail des champs. Je me souviens que le laboureur possède un attelage tiré par deux ou quatre chevaux, parfois des ânes ou des bœufs, avec des charrues à soc, quelquefois un soc mobile et à double coutre. Dès la récolte rentrée, il doit se mettre au travail. Avec un attelage de chevaux, deux jours au minimum, voire trois, sont nécessaires pour « charruer » un hectare de terre. Parfois, le laboureur est une femme. Pour illustrer le dur métier du laboureur, je me remémore une vieille chanson bressane lançant sa complainte de la manière suivante :

…………………


[1] Les rats et les souris loin de la maison.

[2] D’après l’œuvre de Gaston Couté.

[3] D’après l’œuvre de Gaston Couté.

Jean-Louis Riguet

Membre du Bottin International des Professionnels du Livre

Liens :

AUGUSTIN ma bataille de Loigny paru chez DEDICACES

J’ai le plaisir de vous informer de la parution de mon roman AUGUSTIN ma bataille de Loigny publié par les EDITIONS DEDICACES.

Il s’agit aussi d’une histoire d’amour lors d’un épisode de la Guerre de 1870 à Loigny la Bataille qui  a été particulièrement meurtrière.

1870, Loigny la Bataille. La guerre franco-prussienne fait rage. En décembre, Loigny la Bataille est le théâtre d’une bataille meurtrière. Le Château de Villeprévost, réquisitionné par les bavarois, est transformé en hôpital de campagne.

« Les Prussiens se sont, côté nord, déployés de La Maladrerie à Lumeau en passant par Fougeu, Beauvilliers, Goury. Côté sud, les Français font front sur Nonneville, Villepion, Villours, Faverolles, Terre Rouge. Au milieu de ces deux lignes : Loigny est prise en étau. La bataille dans Loigny se fait pour une rue, un passage, une impasse, un quartier, une maison, une cave, pour rien. On se bat, c’est tout. Il faut avancer, ne pas reculer, mourir s’il le faut. »

« Cela fait quand même en une seule journée environ 15000 victimes soit environ 100 par kilomètre carré. … Quand même… une victime par cent mètres carrés ! »

L’ancien régisseur, Augustin, vit avec les siens au château cet épisode guerrier de l’histoire locale. Sa petite fille adoptive rencontrera-t-elle l’amour ? S’en sortiront-ils ?

Extraits

AUGUSTIN ma bataille de Loigny

AUGUSTIN est publié aujourd’hui aux EDITIONS DEDICACES.

Villeprévost
Sans faire ni une ni deux, ce 2 décembre 2010, je pars allégrement de mon bureau dans une régression insensée qui me conduit tout droit au Château de Villeprévost, commune de Tillay-le-Peneux, en Eure-et-Loir. J’arrête la machine à remonter le temps à la date du 9 Novembre 1870. J’ai soixante-dix ans. Je m’appelle Augustin. Nous allons bientôt fêter, si les circonstances le permettent, mon soixante-dixième anniversaire le 2 décembre prochain. Je suis né en 1800. À la Noël prochaine, on fera un « trifoué », la coutume qui veut que l’on mette une bûche dans la cheminée, au feu, la veille de Noël, sans permettre sa combustion complète. Puis, on remet cette bûche au feu, chaque jour une heure ou deux, jusqu’à la fête des Rois. Cette bûche sera, après, conservée, à moitié brûlée, sous le lit. Cette manière de faire est censée protéger de la foudre et de l’incendie, mais aussi repousser les « mules aux talons »[1] et guérir le bétail de nombreuses maladies. On pouvait aussi tremper cette bûche dans le breuvage des vaches pour les aider à vêler.[2] Je ne travaille plus beaucoup dans cette propriété, mais j’y ai exercé quelques responsabilités, à gérer toute l’exploitation agricole, des hectares de terre autour de la ferme. J’étais une sorte de régisseur sans en avoir le titre. Il m’en reste encore des réflexes.
Depuis le début de l’après-midi, assis sur ma bille de bois, près du seuil de ma maison, modeste, les autres étant partis vaquer à leurs occupations, je suis là à rêvasser, à penser au temps de ma « grandeur » que j’enjolive sûrement. Mais comme personne ne le saura jamais, il n’y a pas de mal à se faire plaisir. Mes rêves m’emportent vers des destinations variées, tantôt en parcourant ma région de Beauce, tantôt en me remémorant les activités agricoles. Je peux voyager en restant sur place sans fatiguer mes jambes.
J’ai toujours été une sorte d’organisateur, de traducteur, d’interprète, un genre de chef d’orchestre naviguant entre le châtelain et les petites gens qui sont à son service, sous une forme ou sous une autre. Il fallait déjà traduire les mots et le langage, à cause du patois local. Il fallait connaître par exemple la signification du terme « accordaille » qui voulait dire le mariage, ou de « ailleurs-pays » pour dire que l’on était loin de son village, de « aricantier » pour exploitant d’une petite ferme de trois mines environ dite « carcotage », la mine étant une surface de vingt-huit ares et douze centiares vers Bazoches-les-Hautes, de « barbelée » pour gelée blanche, de « besouet » pour houe pour piocher la terre, de« bineux » pour les travailleurs émigrés de Normandie, de Bretagne et plus fréquemment de Flandre belge, qui venaient de façon saisonnière biner les betteraves, ou encore de « divartissouèr » pour désigner le sexe de la femme.[3]
Il m’a fallu également faire œuvre d’ingéniosité pour passer les messages entre le châtelain et les exécutants, qui sont nombreux et exercent sur plusieurs métiers. Le monde paysan se développe sur la terre qui a besoin de beaucoup de soins pour produire. Je n’imagine pas un instant les moyens modernes de l’agriculture un siècle plus loin, devant nous, qui allait donner aux hommes des machines agricoles extraordinaires. Non, il me fallait gérer le labourage, les semailles, la fenaison, la moisson, les vendanges un tout petit peu chez nous, car nous n’avions que quelques ceps pour faire une mauvaise piquette.
…………………………
Ernestine rentre dans sa maison, pose le paquet sur la table à manger et ouvre les linges. Elle constate qu’il s’agit d’une belle petite fille, certes elle est un peu froide, mais elle ne semble pas avoir souffert. Elle lui fait un brin de toilette et s’inquiète de lui faire un genre de biberon avec du lait de chèvre. Elle a presque fini quand Ferdinand revient.
– Alors, as-tu des nouvelles ?
– Non, personne ne sait rien. Monsieur Émile Fougeron m’a demandé si tu pouvais t’en occuper en attendant qu’il obtienne quelques nouvelles car il va se renseigner auprès des autorités.
– Que lui as-tu répondu ?
– Qu’il n’y avait pas de problème, que tu allais t’en occuper le temps qu’il faudrait.
– Tu as bien fait.
Plusieurs jours se sont passés. Monsieur Fougeron a fait tout ce qu’il pouvait. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence. Personne n’avait perdu d’enfant. Personne ne disait avoir abandonné un bébé. Il fallait garder cette petite fille. Après une discussion assez brève, Ernestine et Ferdinand ont décidé de l’adopter et de la prénommer Louise. Ce qui fut décidé fut accompli. Louise a récupéré, depuis, deux parents adoptifs, Ernestine et Ferdinand, ainsi que deux grands-parents d’adoption, Émilienne et moi.
………………….
Les jours s’étirent lentement pour qui n’a rien à faire de particulier. Je me promène dans les chemins alentour en humant l’air du moment. Il m’arrive de pousser sur plusieurs kilomètres mes pas, de m’asseoir sur une borne ou un petit tertre et de rester là à contempler la nature, à laisser vagabonder mon imagination. En cette période incertaine, mes rêveries sont souvent interrompues par les coups de canons ou les bruits des chevauchées des cavaliers militaires. Parfois, c’est réel. Parfois, c’est imaginaire. Souvent, je me laisse tellement aller que l’imaginaire est plus réel que le réel n’est imaginaire. Quand ce ne sont pas les canonnades qui me réveillent, ce sont des ouvriers agricoles ou des anciens collègues qui me demandent ce que je fais là, seul, dans la campagne, à rêvasser, avec tout ce danger qu’il y a dans le secteur. En général, je ne réponds pas, je continue. Aujourd’hui, mes pas m’ont porté à côté de chez moi, sur ma bille de bois.
Sans effort, je suis remonté en arrière, dans le temps de jadis. Je me souviens d’un épisode de ma vie. Monsieur Emile m’a conté qu’avant ma naissance, en 1756, Charles Le Juge, Seigneur de Villeprévost, a restauré et agrandi la construction. Il a aussi construit le parc en se faisant conseiller par un jardinier de Versailles, élève de Le Nôtre. Après bien des travaux et des vicissitudes financières, il en sort ruiné en 1784. N’ayant pas trouvé d’autre solution pour payer ses dettes, il vend sa propriété à Armand-François Fougeron qui est, à cette époque, Conseiller du Roi au Châtelet d’Orléans. C’est ce même Châtelet qui donne son nom aux notaires d’Orléans comme il y a les notaires du Châtelet à Paris. En novembre 1870, c’est encore cette famille qui en est propriétaire et qui, par voie de conséquence, se trouve être ma patronne. Je suis aux ordres de ses descendants Émile-Adrien Fougeron et de son épouse Marie-Amélie, après l’avoir été à ceux de Monsieur Armand-François, pendant quelques années.
Installé sur ma bille de bois, je me laisse aller dans les méandres de mes souvenirs. J’aime à me promener dans la cour et le parc, fouler les pelouses bien vertes, en forme de « Boulingrins », dominées par un magnifique platane plus vieux que moi, flâner dans le colombier à pied construit trois cents ans avant ma naissance. Sa toiture est en double pente. Une échelle tournante me permet d’aller visiter plusieurs centaines de « Boulins », ces appuis-niches dont les pigeons font leurs nids. Je passe de grands moments à contempler le cadran solaire horizontal accroché sur une colonne dans le parc. Je l’ai vu construire sur une plaque de zinc, il y a une trentaine d’années, en 1839. C’est l’œuvre du Docteur Edmond Modeste Lescarbault, médecin à Orgères-en-Beauce, enfant du pays, passionné de gnomonique et d’astronomie. Il fit la découverte de Neptune en 1846. À ce moment-là, il ne savait pas encore que sa passion le ferait mourir vieux et ruiné en 1894, après avoir néanmoins laissé plus de cent cinquante ouvrages et manuscrits.
Le dimanche, ou le soir en semaine, venu, après le travail journalier, je me promène, soit seul, soit avec mon épouse, Émilienne, de deux années plus jeune que moi. Nous nous sommes rencontré par hasard, un soir de bal à Orgères-en-Beauce. Nous nous sommes plu tout de suite. Depuis, nous ne sommes plus jamais quittés. Cela fait quarante-cinq ans désormais. Certain soir, Émilienne m’accompagne sur l’allée verte, puis nous bifurquons vers tel ou tel autre but non fixé à l’avance. De la cour d’honneur, une ligne toute droite aboutit à une échancrure dans le mur par laquelle l’on voit, chaque année, le soleil disparaître à l’horizon, le soir du 15 août. Ce jour-là, c’est la fête de la femme de Charles Le Juge, le précédent propriétaire. Nous l’avons bien connue et depuis, chaque soir du 15 août, nous allons voir le soleil descendre puis s’éteindre au loin dans le ciel. C’est une sorte de pèlerinage annuel que nous ne manquerions sous aucun prétexte. Malgré le contexte inquiétant cette année, nous l’avons fait le 15 août dernier. Il faisait beau ce soir-là. Nous en avions profité longuement.
Fin août ou début septembre, je ne sais plus, nous avons entendu parler d’une dépêche qui allait mettre le feu aux poudres. On n’a jamais su très bien de quoi il s’agissait, car nous n’avons les nouvelles que par oui dire. C’est souvent Monsieur Fougeron qui nous informe, quelquefois on nous donne une feuille de journal. Toujours est-il que Napoléon III a fini par déclarer la guerre à la Prusse à la suite de cette dépêche. C’est sûrement la faute à Bismarck qui, ayant besoin d’une guerre pour retrouver l’unité perdue de son peuple, a déformé les propos contenus dans la dépêche d’Ems pour provoquer Napoléon III qui se prend au jeu. Ce dernier se lance dans l’aventure alors que son armée n’est pas préparée. Dès le départ, le combat est inégal. D’un côté, l’alliance germano-prussienne compte 800.000 hommes, de l’autre côté, la France ne peut en aligner que 250.000.
…………
L’après-midi écoulé au rythme de mes pérégrinations, mes pensées étant revenues en accord avec le présent vivant, ce soir, 9 novembre 1870, nous, Émilienne et moi, avisons un banc sur lequel nous allons nous asseoir, la main dans la main comme autrefois, quand nous étions jeunes. C’est une occasion à ne pas manquer qui nous permet d’échanger, dans un moment de calme qui est en opposition avec l’activité de la journée. En effet, depuis quelques jours, on imagine, on sent, on sait qu’il va se passer quelque chose. Ce sera dur, tragique, sanglant. La plaine en est consciente, complètement imprégnée et dans l’attente. Elle ne sait pas ce qu’elle attend. Mais elle sent qu’elle va payer. Quoi ? Elle ne devine pas. Elle n’imagine pas. Elle ne veut pas. Elle subira comme d’habitude. Quand les hommes décident d’en découdre, rien ne les arrêtent. Au loin, le canon tonne. On sent bien que l’atmosphère est à la guerre. Les mouvements de troupe nous sont rapportés. Des batailles ont lieu vers l’ouest. Et aussi à Orléans. Mais notre petit secteur local est pour l’instant un peu épargné.
– Tu sais, Augustin, je suis très inquiète de la situation actuelle, dit doucement Émilienne.
– Moi aussi, je suis inquiet. La situation n’est pas bonne. Toutes les nouvelles qui nous viennent d’Orléans sont mauvaises.
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            Après une nuit un peu courte, du fait des réjouissances de la veille au soir, je me suis levé inquiet de la suite des événements qui ne vont pas manquer de se produire dans les jours à venir. Pendant qu’Émilienne prépare le café, je me demande comment occuper cette journée sans trop m’éloigner de la ferme. Le café avalé, j’entreprends l’ouvrage que je viens de décider.
            Au sortir du domaine, je tourne sur la gauche en direction de Tillay-le-Peneux, en prenant ensuite sur la droite un petit chemin circulant entre deux rangées d’arbrisseaux, qui ont beaucoup perdu leurs feuilles, laissant entrevoir les vestiges de nids d’oiseaux. Je me suis toujours demandé où ils passaient les hivers les oiseaux, car on ne les voit pratiquement jamais dès les froids venus. On ne les entend pas non plus. De quoi peuvent-ils bien se nourrir ? J’avance lentement. Je suis seul à priori. Je savoure cette solitude que je déguste avec délectation. J’aperçois à une dizaine de mètres un lièvre qui, après une course effrénée de plusieurs dizaines enjambées, reprend son souffle assis sur son derrière. Il n’a pas l’air inquiet. Il ne m’entend pas arriver. Il ne me sent pas non plus, le vent léger soufflant dans l’autre sens. Il fait froid, mais le ciel est bleu et le soleil luisant. Si ce n’était une atmosphère de guerre, tout le mieux serait réuni ici pour passer une agréable journée.
            Bien qu’errant sans but prédéterminé, je suis néanmoins ma petite idée qui se trouve être d’aller observer de plus près ce qui peut bien se passer du côté de Bazoches-les-Hautes. Je poursuis mon avancée rasant au plus près les haies afin de ne pas éveiller l’attention. De temps en temps, je regarde en arrière, et j’observe les allées et venues du lièvre. Tant que ce dernier ne détale à pleine vitesse, je ne crains rien car cela veut dire que personne ne vient troubler sa quiétude. À part quelques lapins qui se promènent ou prennent le soleil, il n’y a pas âme qui vive, du moins je ne vois rien ni personne. Je vais ainsi, tranquillement, à mon rythme, jusqu’à Bois de Tillay sans m’aventurer jusqu’aux maisons. Je reste bien à l’abri, caché par des bosquets. Il va bientôt être dix heures et je ressens un petit creux à l’estomac. J’avise une pierre assez large pour recevoir mon auguste postérieur. Je farfouille dans mes poches pour en extraire une pomme et je me mets à croquer à pleines dents dans le fruit qui se révèle juteux. Le craquement de la peau fait du bruit qui me surprend. J’en suis soudain inquiet. Ne vais-je pas me faire remarquer à cause d’une pomme ? Je me remémore ce qui est arrivé à Adam quand Eve a dévoré la pomme. J’espère qu’il ne m’arrivera pas pareille catastrophe. Je regarde au loin. Rien ne bouge. Ouf ! Je me ressaisis immédiatement et intérieurement je ris. Le craquement d’une peau de pomme ne peut pas être suffisamment fort pour déranger un hameau à une centaine de mètres de là. Quel benêt je fais !
            Manger une pomme n’est pas bien long en temps réel. Cependant, toujours aussi incorrigible, je me laisse aller. Je prends mon temps. Me voilà parti vers une belle journée de printemps d’une année précédente qui m’avait vu être le héros involontaire d’une aventure. Un matin, tôt, à peine le jour levé, j’avais attelé un cheval à ma carriole car j’avais le dessein d’aller jusqu’à Loigny pour y faire quelques emplettes de menue importance d’une part et y voir un certain Grassoin d’autre part. Ce Grassoin vendait des semences, parait-il très intéressantes et peu onéreuses, et je voulais me rendre compte par moi-même en quoi elles consistaient. Le percheron, un beau mâle de cinq ans, bai brun, en pleine force de l’âge, répondant au doux nom de Ouragan, paraissait bien excité et j’avais du mal à le calmer même en lui parlant doucement. Un ouvrier agricole qui était à mes côtés m’avait prévenu : « Augustin tu devrais le laisser à l’écurie ou le mettre au pré. Ce matin, rien ne lui résistera et tu vas avoir un mal de chien à le tenir. Crois-moi, tu devrais changer de cheval. » Je l’ai éconduit peu aimablement en pensant que je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas le maîtriser. Ce n’était pas le premier percheron qui me résisterait. Bref, j’ai envoyé sur les roses l’ouvrier agricole et n’écoutant que ma vanité j’ai fini d’atteler le cheval rétif et j’ai lancé Ouragan, la carriole et moi sur la route.
            Au début, tout se passait bien. J’avais en vue la ferme de Beauvilliers et à l’abord de la petite côte, sans y prendre plus garde que cela, je fis fouetter mes rênes sur le dos du cheval en sifflant juste un coup. N’écoutant que les ordres, sans prendre conscience de sa force, le percheron du pas passa au trot et à mi-côte se retrouva au galop entraînant la carriole à une vitesse un peu trop élevée pour notre sécurité. Je voyais bien que nous allions trop vite en passant devant la ferme mais puisque tout se passait bien, j’ai laissé faire. Il avait fier allure Ouragan, la crinière flottant au vent de la course effrénée qu’il accomplissait. Je voyais maintenant le carrefour de la route qui mène à gauche vers Goury et à droite vers Loigny. Comme il fallait tourner à droite, le percheron aurait dû ralentir. Mais il n’en faisait rien. Alors, j’ai commencé à tirer sur les guides en arrière. Point de réponse. J’ai tiré plus fort. Rien. Je me suis mis à serrer les dents (et les fesses). J’avais mal aux doigts tant je tirais les rênes vers moi. Mais Ouragan n’en avait cure. Il galopait.
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[1] Les rats et les souris loin de la maison.
[2] D’après l’œuvre de Gaston Couté.
[3] D’après l’œuvre de Gaston Couté.
Jean-Louis Riguet