Les corps brisés, Elsa Marpeau

Les corps brisés

Elsa Marpeau

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GALLIMARD éditions

Série noire

 240 pages – Avril 2017 – Prix 19 €

ISBN 978 2 07 272742 9

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Serie-Noire/Romans-noirs/Les-corps-brises

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Quatrième de couverture

Sarah est une coureuse de rallye reconnue dans un milieu hautement macho. Un jour, lors d’une « spéciale », elle sort de route. Son coéquipier meurt sur le coup et elle se retrouve plongée dans le coma, avant de se réveiller paralysée des deux jambes. Elle intègre un centre hospitalier perdu en haute montagne, où rayonne un médecin que tout le monde surnomme le « docteur Lune ».

Brisée physiquement et psychologiquement, Sarah développe une dépression paranoïaque, qui atteint son paroxysme quand la patiente qui partage sa chambre disparaît. Pour le personnel, il ne s’agit que d’une fugue, mais Sarah est convaincue qu’il n’en est rien …

Inspiré d’un fait divers réel, Les corps brisés est un thriller plaçant avec son lot d’angoisses et de rebondissements, qui se termine sur un huis clos étouffant. L’auteure y dresse un sombre constat sur la place des handicapés dans notre société moderne qui donne la priorité à l’efficacité et à la performance.

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Extraits :

Page 17

Elle doit gagner. Elle accélère. La vitesse la grise. La voiture glisse. Elle est à deux cents kilomètres-heure, maintenant. Son copilote lui dit quelque chose, il veut l’alerter sur une note qu’elle a prise lors des repérages. Un virage dangereux. Elle se tourne légèrement pour lui répondre. Revient vers la route. Trop tard. Sur sa droite, un talus d’herbe et de terre. Les poteaux électriques forment des bornes irréelles. Un passage d’ombre, puis le soleil à nouveau, éblouissant. Son halo irisé brouille son champ de vision. Les couleurs se décomposent, formant un bouquet arc-en-ciel sur la vitre. Sur sa gauche, la roche affleure, couverte d’herbes, de mousses. Des sapins s’élancent en hauteur comme un mur éternellement vert.

Page 35

Allongée dans le lit médicalisé, Sarah observe ses jambes inertes. Ses jambes mortes, qui pourtant ont commencé à la faire souffrir. Depuis quelques jours, elle est réveillée la nuit par d’atroces crampes contre lesquelles elle ne peut pas lutter car cela supposerait justement de se mouvoir, poser ses pieds au sol, tendre et détendre les muscles. Elle s’efforce de se rappeler qu’un jour, il n’y a pas si longtemps, elles ont été fuselées, douces et musclées. Mais le souvenir reste plaqué, on dirait qu’elle l’invente.

Page 50

Personne ne l’a prévenue que, en plus du reste, elle souffrirait de constipation ; personne ne l’a prévenue non plus qu’elle arrêterait d’avoir ses règles. Plus rien. D’un coup, son corps a refusé de saigner. Le tuyau s’est coupé net. Les ovules se sont recroquevillés sur eux-mêmes. La matrice s’est refermée. Son organisme s’est mis sur pause. Il s’est figé.

Sarah ne s’est jamais vraiment habituée à être déshabillée, frottée, torchée. La pire des pertes, à l’hôpital comme en soins de suite, c’est celle de l’intimité. N’être nulle part à l’abri des regards. Nulle part où l’on puisse baiser, pisser, respirer, vivre hors d’atteinte.

Page 105

Après le départ d’Alexandre, Sarah se redresse, parvient à s’asseoir et, maniant la télécommande pour faire descendre le lit le plus bas possible, glisse dans son fauteuil. C’est une de ses dernières victoires. Désormais, grâce à la force de ses bras et de ses abdominaux, elle peut se soulever entièrement et se déplacer sans aide dans tous les lieux conçus pour un fauteuil roulant; Ces progrès, elle les doit à l’assiduité du kiné, Luc Ferrier, qui jour après jour s’acharne sur son corps. Le tord, le masse, le rafistole.

Elle enfile une robe qu’elle passe par la tête et dont elle tirer l’ourlet sur ses cuisses. Depuis l’accident, se préparer est devenu une épreuve lente et complexe. Elle a beau se dépêcher, ses gestes doivent paraître d’une infinie lenteur aux yeux d’un étranger.

Page 125

Ici, en haut, elle a fait un apprentissage forcé de la contemplation. Elle sait maintenant les bleus des crêtes rocheuses, les verts de la forêt selon l’heure du jour. Même le printemps est différent entre avril et mai. La qualité de lumière, toujours éblouissante, a changé. Les brumes matinales ont définitivement disparu, laissant place à des tons roses irisés dès les premières lueurs de l’aube. Elle a appris à guetter les signes du monde extérieur et leurs infimes variations, en même temps qu’elle a développé ses facultés de réflexion.

Page 173

Dans le parc, les pensionnaires vaquent à leurs activités ordinaires. Ils tapent le carton, fument de pathétiques cigarettes roulées, attendent. Dans ce clair-obscur où l’ennui règne en maître, dans ce monde en demi-teinte le plus proche possible de ce que pourrait être l’enfer, tous acceptent leur sort en courbant l’échine. Au fond, ils arrivent au centre déjà détraqués, humiliés, battus, déchiquetés. Déjà à bout de souffle. Déjà morts. Contrairement aux autres, les gens de là-bas, ils prennent l’habitude de supporter le pire. Le départ de Clémence a constitué pour elle une dernier sursaut, l’ultime refus de se contenter de son sort. Désormais, Sarah se dit qu’elle doit devenir comme eux. Se résigner.

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Ce que j’en pense

Je viens de terminer la lecture des Corps Brisés et il est difficile d’en ressortir indemne.

La jeune femme est sûre d’elle, elle veut gagner devant son rival masculin depuis longtemps. La voiture va vite, très vite, trop vite. C’est le début d’un calvaire. Aggravé par la volonté des hommes avides.

L’atrocité contée, avec talent il faut le souligner, existe-t-elle vraiment ? On n’ose l’imaginer et pourtant c’est une histoire réelle qui a conduit l’auteure à écrire ce roman noir. Inhumain, atroce, terrible, ces mots, ces maux, sont décrits avec une soif de détail dans une méticulosité froide et clinique.

Le ton est torturé à l’image des souffrances de Sarah. On perd la réalité des mots pour s’échapper dans la vérité criante du virtuel vrai. La vulnérabilité de Sarah est décrite avec précision, ainsi que sa psychose, ses ressentis, ses pensées. J’ai mal pour elle. L’auteure raconte parfaitement le milieu très particulier de l’hôpital et l’atmosphère qui y règne et qui, parfois, confine au fantastique. Les situations de faiblesse des patients, les émotions, même les sensations, sont relatées avec minutie.

Le style est haletant, l’écriture est vive, les phrases sont courtes. On a envie à la fois de connaître la suite mais sans aussi ne rien rater, tant les détails sont importants. Sarah est-elle devenue folle ou est-ce le lecteur qui le devient ?

Plusieurs niveaux de lecture cohabitent. Thriller noir et cruel. Introspection précise de Sarah. Navigation dans la folie, sur les bords de la folie. Emprisonnement du corps et de l’esprit. Nudité de la souffrance. Réappropriation de l’être en rééducation. Sentiment de destruction, d’inutilité de la vie, d’angoisse, de tension. Enfermement des corps brisés. Détresse psychologique. Perversité des hommes. Mais aussi espoir dans la rééducation, dans la réparation des handicaps.

C’est un huit clos angoissant sur l’handicap et le réapprentissage de la vie.

C’est une réussite. Ce roman noir dépeint une histoire cruelle dans un style que j’aime. Je vous le recommande.

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L’AUTEURE

Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Après Les yeux des morts (prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011), et L’expatriée (prix La plume de cristal 2013), elle continue à tracer son sillon dans le champ du roman noir français avec Les corps brisés, son cinquième livre dans la Série Noire.

Du même auteur

Aux Editions Gallimard

Les yeux des Morts, Série Noire, 2010 (Folio Policier n° 656)

Black Blocs, Série Noire, 2012

L’expatriée, Série Noire, 2013 (Folio Polivier n° 736)

Petit éloge des brunes (Folio 2€, 2013)

Et ils oublieront la colère, Série Noire, 2015

Chez d’autres éditeurs

Recherche au sang, Editions du Félin, 2003

En pièces, Editions du Panama, 2006

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Si vous souhaite en savoir plus sur Elsa Marpeau, suivez ce lien :

https://librebonimenteur.net/2016/03/10/jl-a-lecoute-de-elsa-marpeau/

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Un livre à lire absolument !

 

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Tout sur mes livres :

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

https://lecriveurjeanlouisriguet.blogspot.fr/

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https://www.youtube.com/channel/UCcLyJcrYJkDfuM9zm6mfbCQ

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Jean-Louis RIGUET 10 juin 2017

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

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En me réveillant ce matin, je me suis demandé Qui est Sarah ?

En me réveillant ce matin, je me suis demandé :

Qui est Sarah ?

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Elle a tourmenté ma nuit, grâce ou à cause de cette satanée écrivaine Céline Baudry.

Voilà ce qu’elle en disait dans la chronique JL à l’écoute de …  sur ce même blog :

Qui est Sarah? C’est une partie de moi, une façon de faire justice, de me libérer de mes démons intérieurs. C’est une enfant, une femme qui fait éclater la vérité, qui souffre au travers de diverses  personnalités. Un être humain comme il y en a des centaines qui n’ont jamais pu parler de la cruauté dont ils ont été victime. Ce livre c’est aussi le fantasme que j’aurais aimé vivre pour guérir du passé. C’est une sensibilité à fleur de peau qui explose, c’est un condensé d’émotion.

https://librebonimenteur.wordpress.com/2015/03/05/jl-a-lecoute-de-cel-b-celine-baudry/

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Un superbe article pour son  » bébé  » publié dans le journal le Dauphiné libéré.

Émotion au maximum et de la fierté pour son auteure.

Qui est Sarah ? en vente sur :

http://www.amazon.fr/Cel.-B/e/B00VQS9UT2

ou

http://recherche.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=qui+est+sarah&sft=1&sa=0

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Texte de l’article publié dans le Dauphiné Libéré :
« Une intrigue psychologique dans un univers sombre »
CéIine Baudry, habitante de Mont-Dauphin, âgée de 43 ans, est passionnée par l’écriture : « Ecrire est un besoin, sinon, je deviens vite insupportable! C’est pour moi sécurisant, je suis dans mon univers, ma bulle >>, raconte-telle. L’aventure débute il y a quinze ans quand elIe prend sa plume et se lance dans I’écriture d’un roman; Chantal Vieuille, éditrice, la conseillée, Céline apporte quelques
modifications… Mais n’est pas prête pour une publication. Dix ans plus tard, elle rouvre ses pages, et retravaille.., Chantal Vieuille est séduite par  » Qui est Sarah ?  » , mais ne publie plus que des ouvrages scolaires. L’écrivain n’abandonne pas et se lance dans l’autoédition. « Je réfléchis à passer par un éditeur, mais cela signifie affronter l’extérieur, se dévoiler et ce n’est forcément pas évident pour moi. Même si mon entourage m’y encourage fortement. »
Les mots lui viennent tout le temps et, si elle n’a pas son bloc-notes avec elIe, elle stresse. Écrire quelques mots, ou s’y mettre pour de longues heures après Ie coucher de ses enfants, c’est sa manière de s’extérioriser.
« Quand la réalité remplace la fiction »
Avec son premier roman, entre autobiographie et fiction,  » Qui est Sarah ?  » , Céline Baudry a pour objectif premier de donner du bonheur aux gens au travers de la lecture
« Sarah, jeune femme solitaire, est enfermée dans son passé. Ses autres l’épient, la font basculer sur la pente de Ia
folie. Lui, il lui apporte un peu de réconfort. Et elle ne le craint pas, puisqu’il n’existe
pas. Quand Ia réalité remplace la fiction, commence alors une traque perverse dans le cauchemar parapsychique.
Et si c’était un piège ? »
Une intrigue psychologique, une enquête dans un univers sombre, des réponses qui vous dépassent…  Céline Baudry travaille déjà sur un deuxième roman.
« Qui est Sarah ? » est disponible en version numérique à télécharger sur différents sites, et également en version brochée

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Texte de la quatrième de couverture :

Il glissa ses mains sous le top à fines bretelles et caressa les pointes des seins qui se tendaient vers lui. C’est avec un sourire victorieux sur les lèvres qu’elle accueillit la caresse. Il embrassa le ventre par-dessus le tissu, elle savourait le dénouement de la situation. Il inséra ses mains sous la jupe pour la maintenir fermement par les fesses, il plongea son visage sous le tissu qui le séparait d’elle. Elle ouvrit plus grand une cuisse, puis elle se mit à onduler des hanches pour cadencer la caresse buccale. Il s’arrêta net ; frustrée, elle le regarda sortir de dessous sa jupe. Pourquoi s’arrêtait-il ? Tout simplement, parce qu’elle représentait tout ce qu’il haïssait chez une femme ! La colère montait en elle avec une vitesse fulgurante, mais il n’allait pas céder aux cris ni aux injures. Elle voulait que cette espèce de bipède finisse ce qu’il avait si bien commencé, mais il était sorti de l’appartement en claquant la porte. Elle lui ferait payer très cher cet affront, elle était folle de rage. Elle brisait tout ce qui se trouvait entre ses mains. L’orage n’était pas loin, des éclairs zébraient le ciel qui devenait plus qu’une seule et même masse noire. Les rafales de vent se renforçaient, la marée montante entraînait la tempête qui allait rester des heures sur place. Elle semblait être le métronome donnant le rythme à ce qui se préparait. Jonas avait quitté les hurlements de la furie, il avait besoin de calme. Il ne lui restait plus qu’à attendre en trouvant du réconfort chez lui. Sur son balcon, il observait ce que la nature voulait bien lui offrir. Ce qu’elle avait de plus beau : sa colère.

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Qui est Sarah ?

Vous saurez la réponse en le lisant, n’hésitez pas !

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Couverture (1)

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Tout sur mes livres :

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

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Jean-Louis RIGUET 16 février 2016

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres, Membre du Bottin International des Professionnels du Livre et de la Maison de l’Ecrivain et de la Littérature

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

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