JL à l’écoute de … Claude Cailleau

Des mots pour vous

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JL à l’écoute de …

Aujourd’hui Claude Cailleau

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1/ Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Claude CAILLEAU.

Mon nom me vient d’un ancêtre qui habitait un lieu caillouteux, ou qui vendait du fromage (du caillé). J’aime ces origines très paysannes.

Ma vie commence à Sablé (72) l’année du Front Populaire. Après des études au Mans et à Rennes, j’ai enseigné le français (et les lettres) en collège pendant près de 40 ans, avant de revenir habiter à 500 mètres de la maison où je suis né.

En Sarthe, donc, mais la Bretagne est ma province d’élection : je me suis marié à Port-Louis (56) en 1958. Je suis le patriarche d’une nombreuse famille : 4 enfants, 11 petits-enfants et un arrière-petit-fils. Ma femme et moi revenons à Port-Louis plusieurs fois chaque année. La Bretagne est très présente dans mon œuvre et je suis membre de l’Association des Écrivains Bretons.

Mon parcours est décrit dans le 451e Encres Vives paru en février 2016.

Adolescent, je lis Jean Barois, roman de Roger Martin du Gard, un livre austère mais qui me passionne. J’écris à l’auteur. Il m’invite. Je passe une journée chez lui, au Tertre dans l’Orne. J’écrivais déjà dans les petites revues de poésie de l’époque. Martin du Gard fait lire mes textes à Jacques Brenner qui publiait Les Cahiers des Saisons aux éditions Julliard. Je suis accueilli dans la revue. Je figure dans les sommaires aux côtés de Philippe Jaccottet, Supervielle, Jean-Louis Curtis, Henri Thomas, Bernard Noël, Jean-Louis Bory, Matthieu Galey, etc.

En 1971, Mon premier roman, Stef et les goélands, est édité par Julliard. Le livre me vaut une belle lettre de Marcel Arland, rédacteur en chef de la NRF, et en 1972 le prix Paul Flat de L’Académie Française.

Mais, alors que tout semble bien parti, je décide de ne plus publier et me contente d’écrire mon journal. Trop intime, celui-ci finira dans un grand feu en 1995.

Après 27 ans de silence, en 1999, je recommence à proposer mes livres aux éditeurs. Mais, pensant qu’à 63 ans je n’intéresserais plus les grandes maisons parisiennes, je choisis de petits éditeurs indépendants. Qui m’accueillent sans problème, ce qui me rassure. En 17 ans, j’ai été publié par une dizaine d’éditeurs. Vous vous demandez sans doute pourquoi je ne suis pas fidèle à l’un d’eux ? Parce que j’ai besoin, à chaque fois, de passer l’examen devant un comité de lecture qui ne me connaît pas. Quand mon ouvrage est pris, je suis rassuré.

 

2/ Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?

En même temps que j’enseignais, j’animais des ateliers littéraires dans les collèges, afin de mettre en relation élèves et écrivains. Nous publiions des revues auxquelles ont collaboré Yves Bonnefoy, Jean-Claude Renard, Claude Roy, Andrée Chedid, Henri Troyat, Hervé Bazin, Jacques Brosse, Marie-Claire Bancquart, Christian Signol, et beaucoup d’autres. Nous faisions des enregistrements de livres pour les enfants aveugles de deux établissements d’Angers et Vertou. Ces activités ont donné matière à une valise pédagogique au CDDP d’Angers et à des articles d’information destinés aux enseignants, dans Échanger, revue du CRDP de Nantes.

 

En même temps, je poursuivais ma politique du contact avec les écrivains dont j’aimais les livres. C’est ainsi que j’ai rendu de fréquentes visites à Marcel Arland, à la NRF dans les années soixante-dix, passé un après-midi avec Troyat dans son appartement de la rue Bonaparte, accueilli Hervé Bazin dans ma classe au Collège François Villon des Ponts-de-Cé, visité plusieurs fois Julien Gracq en sa maison de la rue du Grenier à Sel à Saint-Florent Le Vieil, visité Jacques Brosse et ses chevaux en Sarthe puis près du site magdalénien.

Si bien que, la retraite venue, j’ai fondé en 2008 une revue littéraire trimestrielle, les Cahiers de la rue Ventura, dans laquelle je publie des dossiers sur mes écrivains de chevet, de la poésie contemporaine, des pages d’enfance et des textes critiques sur les arts. J’ai décidé d’arrêter cette publication en juin 2018 avec le n° 40, pour le 10e anniversaire de la revue. J’aurai 82 ans, et envie de faire autre chose.

 

3/ Qu’aimez-vous ou pratiquez-vous comme autre art ? La peinture ? La sculpture ? Le cinéma ? La photographie ? Le théâtre ? Quelle est votre autre passion ?

Je ne pratique aucun autre art. La peinture, la sculpture m’intéressent. La musique me stresse, j’évite d’y être exposé trop longtemps. Seules les chansons à texte trouvent grâce devant moi.

En revanche, j’ai été longtemps un jardinier passionné. Un beau jardin de fleurs, c’est aussi une œuvre d’art. Dans la propriété où je vivais à la campagne, je pouvais préparer une bonne ratatouille uniquement avec des légumes de mon jardin ! Je suis réputé dans la famille pour ma ratatouille et… une sangria dont je ne communique à personne la composition ! Je considère que la cuisine est aussi une forme d’art.

 

4/ Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ? Comment vous faites-vous connaître ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

Des admirateurs ? N’exagérons pas. Je n’écris pas pour recevoir quelque chose de mes lecteurs. J’écris pour communiquer. Pour apporter, et qu’on se souvienne de moi. Quand on me demande pourquoi j’écris, je réponds : pour ne pas mourir. Je pense que les bibliothèques ne doivent pas être des cimetières. Lorsque je serai mort, dans un futur proche ou lointain, il suffira qu’un lecteur sorte un de mes livres (et se reconnaisse dans ce que j’aurai écrit là) pour que je revive.

 

Pour faire connaître mes ouvrages, je me fais une petite publicité sur la Toile, je participe à des salons, j’alimente mon blog de temps en temps. Je fais envoyer des services de presse aux revues et celles-ci, en général, font écho à la sortie de mes livres. Mais je suis un auteur modeste : Mon roman chez Julliard avait été tiré à 4 000 exemplaires. On m’a payé des droits d’auteur sur 2 000 ex. Ensuite, comme les libraires ne le demandaient plus, il a été pilonné. Mon meilleur tirage après 1999 a été les 500 exemplaires de mon album aux éditions Grandir. Pour ma biographie de Pierre Reverdy, je ne sais pas, ayant abandonné mes droits d’auteur à l’éditeur, qui avait plus besoin que moi de cet argent.

 

5/ Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?

Dans la première décennie de ce siècle, je suis intervenu à plusieurs reprises dans les établissements scolaires, du cours élémentaire au lycée. Et même une fois, à l’Université d’Angers.

Quand ma biographie de Pierre Reverdy est parue, j’ai donné une conférence sur le poète un peu partout en France. Puis on m’en a demandé une sur l’autobiographie, parce qu’on connaît mon goût pour cette littérature. Et j’ai fait des causeries sur la poésie pour donner ma conception de l’écriture poétique. Je lis encore de temps en temps mes poèmes devant un public.

 

6/ Depuis quand écrivez-vous ? Qu’avez-vous déjà écrit ?

Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j’ai commencé à tâtonner pour écrire de la poésie. Des alexandrins aux rimes chantantes. Mon maître alors était Musset ! Mais je suis vite passé au roman. Et à Mallarmé, mon poète d’élection.

En 2013, j’ai publié chez Éditinter une anthologie pour donner à un lecteur éventuel une idée de mon travail en littérature. Dans le livre on trouve, outre une belle préface de Jean-Marie Alfroy qu’il a intitulée « Le Sphinx de Sablé », des fragments de mes mémoires, des poèmes, quelques récits, des études, des pages de mon Journal et même un court chapitre de roman (encore inédit). Excepté ce dernier texte, tous les autres étaient parus en revues pendant une décennie.

Il faut ajouter quelques livres d’artistes, ma biographie de Reverdy et ma participation à de nombreuses anthologies. J’ai aussi collaboré à des ouvrages collectifs sur l’École de Rochefort, parus aux presses de l’Université d’Angers.

Ma bibliographie vient de paraître sur mon blog, à la page « Automne 2017 ». En tout, près de vingt livres.

 

http://www.petitpave.fr/petit-pave-auteur-claude-cailleau-5.html

 

7/ Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?

Mon dernier livre a pour titre : Je, tu, il – Remonté le temps, sondé le silence. Le titre dit beaucoup, déjà. Dans ma revue, je publie de la poésie et je constate souvent que ce qu’on m’envoie en vers libres, n’est que de la prose tronçonnée arbitrairement par des auteurs qui ne se sont jamais interrogés sur leur art, et qui vont à la ligne sans savoir pourquoi. Écrire de la poésie, pour moi, c’est un travail. Le texte fini doit être resté un moment « sur l’établi ».

Il se trouve que mon petit livre est mort. Je veux dire qu’il est devenu introuvable, l’éditeur étant décédé au printemps 2017 et sa Maison fermée depuis septembre.

En poésie, j’ai tout tenté : Le vers traditionnel, le vers libre, le verset, pour finir avec la prose. Je, tu, il est composé de brèves proses.

« Sans l’artifice d’une disposition en vers pour signaler qu’il s’agit bien de poésie, le texte est seul, avec ses images, son rythme, ses sonorités (sa musique), son langage particulier, pour que le lecteur l’accepte comme poème ».

Tout est dit. Le n° 39 de ma revue, au printemps 2018, présentera un dossier sur l’écriture de la poésie.

 

8/ Où peut-on se procurer vos ouvrages ?

Mes livres font l’objet d’un dépôt légal à la BNF. Ils sont pourvus d’un ISBN. Normalement, on peut les commander à l’éditeur, à la FNAC ou sur Amazon. Mais aussi chez un libraire s’il est sérieux, et désintéressé !

Une anecdote… En septembre 2004, les Éditions Grandir publient mon album de poèmes pour enfants intitulé C’est ma vie, c’est la tienne.

En octobre, un ami va voir son libraire pour commander le livre. Réaction du libraire : « oh, ça c’est vieux. C’est épuisé depuis longtemps » ! Notre homme ne voulait pas se donner la peine de commander un seul livre à un modeste éditeur de province, livre qui n’allait lui rapporter que quelques euros. J’ai conseillé à mon ami de changer de libraire.

9/ Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur, ou à compte participatif ? À l’e-book?

Je suis pour la publication à compte d’éditeur. Il faut avoir le courage de passer l’examen d’un comité de lecture. Et de remettre l’ouvrage sur l’établi s’il a été refusé.

Le compte d’auteur est souvent une tromperie. L’éditeur accepte votre manuscrit, même s’il est mauvais ; et il vous

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fait payer le prix fort. Son seul souci, c’est de se faire de l’argent sur le dos des auteurs. Le plus étrange, c’est qu’il se trouve des gens assez naïfs pour accepter les contrats proposés.

Compte participatif, e-book ? Je ne connais pas.

Plutôt que le compte d’auteur, mieux vaut choisir l’autoédition. Finalement, dans le prix d’un livre, ce n’est pas le coût de l’impression qui est le plus élevé.

 

10/ Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ? Pas forcément pour les livres.

Dans une de ses lettres, Roger Martin du Gard à qui je parlais de mon admiration pour le style de son ami André Gide, m’écrivait : « Si Gide vivait encore, il vous mettrait lui-même en garde contre son style ». Et il ajoutait : « Avant d’écrire, il faut vivre ; sinon, où puiserez-vous l’expérience nécessaire ? » Voilà pour le fond.

La forme, maintenant… Georges Jean, poète, essayiste, qui fut mon professeur de lettres en second cycle, badigeonnait de rouge mes copies et, de son écriture presque illisible, jetait dans les marges ce jugement qui m’énervait prodigieusement : « Style fleuri ! » avant de conseiller : « Supprime les adjectifs et les adverbes » et de me recommander la concision dans mes écrits.

Tout est dit. Ce sont les meilleurs conseils que j’aie reçus ; ils ont influencé mon travail d’écrivain.

 

11/ Que préférez-vous écrire ou lire ? Des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?

Le grand lecteur que je suis depuis mon adolescence a évolué avec les années. S’agissant du roman, j’ai eu ma période polar, puis un goût marqué pour l’anticipation ; mais très vite je suis venu au roman psychologique, avec une préférence pour ceux que l’on devinait à forte coloration autobiographique. Après une petite parenthèse Nouveau Roman, je suis revenu à des livres où le personnage était au centre du récit.

Depuis quelques années, les romans m’ennuient. Je leur préfère les récits de vie, les journaux d’écrivains, et, pour mon travail de revuiste, les essais et la poésie.

 

12 / Comment écrivez-vous ?

La maison où nous habitons, ma femme et moi, nous l’avons voulue très ouverte. La cuisine, la salle à manger, le salon, les deux bureaux communiquent par de larges ouvertures sans portes. J’ai moins besoin de solitude et de silence pour écrire.

Que je travaille sur un récit ou sur un livre de poèmes, la démarche est la même : je ne peux commencer à rédiger que lorsque le projet est bien ficelé, que j’en ai une idée claire, et la certitude que je n’ai plus qu’à laisser courir la plume (j’écris toujours à la main ; la saisie sur l’ordinateur ne vient que lorsque le texte est rédigé et que j’ai jugé sa forme satisfaisante. Auparavant, il est resté longtemps sur l’établi et s’est chargé de ratures et d’ajouts.) Écrire est un travail.

Mes ouvrages en poésie ne sont pas des recueils, mais des livres. Souvent, les poètes écrivent de courts poèmes qu’ils rangent dans une chemise. Quand ils pensent en avoir assez, ils relisent, essaient de classer (sans toujours y parvenir) : Le résultat est un recueil. Je donne souvent comme exemple de ma façon de procéder mon livre intitulé Le Roman achevé. À l’origine, un poème (le mot est au singulier) de 2 638 vers, composé de 16 suites. La journée du poète, de 5 heures à 20 heures… le quotidien, les souvenirs qui lui reviennent, les livres qu’il ressort de sa bibliothèque, la vie, tout simplement. Cet ouvrage est d’abord paru sous forme d’un livre d’artiste tiré à 95 exemplaires. Très vite épuisé, il a été repris par un éditeur en édition courante. Pour la circonstance, j’ai réécrit le texte en versets. Et j’ai gardé à l’adresse des curieux les six versions manuscrites de ce Roman achevé (clin d’œil, on l’aura compris, au Roman inachevé d’Aragon) Si je n’avais utilisé que l’ordinateur, les traces de ce travail auraient été perdues.

http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/parutions_fiche.php&cle=1890

 

13/ Où puisez-vous votre inspiration ? Avez-vous eu des commandes d’ouvrages ?

Suivant le conseil de Martin du Gard dont je parlais il y a un instant, je travaille avec mon expérience, je puise dans mes souvenirs. Ils sont toujours à l’origine de mes projets. Mais mon imagination a sa part dans le texte achevé. La poésie transforme le réel par le choix d’un langage spécifique. Dans le récit, l’imagination vient voiler, ou même cacher le réel. Je suis pour une utilisation calculée de l’autobiographie.

http://www.auteursdumaine.net/index.php/claude-cailleau-4/fiche-auteur-aml/?page=auteurs_details&id=4

Oui, un éditeur m’a commandé un ouvrage, un jour. Il venait de publier mon roman pour adolescents ; il m’a dit : « Vous habitez près de Solesmes, vous m’écririez bien une biographie du poète Pierre Reverdy… » J’ai pris mon bâton de pèlerin et, aidé de ma femme, parcouru la France en quête d’archives. Relu l’œuvre, aussi. Accumulé 500 feuilles de notes. Et rédigé en un mois ce Dans les pas de Reverdy qui est paru en 2006.

Dans la foulée, le même éditeur m’a demandé si je ne pourrai pas écrire un livre sur les écrivains que j’ai fréquentés et leurs maisons. J’ai promis d’y penser, beaucoup voyagé pour concrétiser ce projet, mais je ne suis pas sûr, actuellement, de pouvoir le finaliser. Trop d’autres projets viennent parasiter celui-ci.

 

14/ Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?

Ma démarche se rapprocherait plutôt de celle de Martin du Gard, qui accumulait des notes de toutes sortes sur l’intrigue, les décors, les personnages. Je serais peu tenté d’imiter André Gide partant à l’aventure avec ses Faux-Monnayeurs. Mes personnages souvent ont existé, mais je leur prête une vie en fonction de mon projet.

Un exemple… Dans La Croix d’or, mon roman pour adolescents, les deux personnages principaux, Sophie et Vincent (qui s’appelaient en réalité Céline et Jimmy) étaient dans une de mes classes au Collège des Ponts-de-Cé. Ils se querellaient tout le temps ; moi, malicieusement, je les ai rapprochés : ils sont devenus amoureux l’un de l’autre. Une autre histoire, donc, mais ce sont leurs visages que j’avais devant les yeux quand j’écrivais. Quant au prof du livre, c’est moi ! Je lui ai prêté le comportement que j’avais devant mes élèves, avec mes qualités et… mes défauts.

 

15/ Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?

Ceux que m’ont donnés Roger Martin du Gard et Georges Jean. Je leur conseillerais aussi la modestie et la persévérance : dans cette activité, tout le monde connaît des échecs.

 

16/ Quels sont vos auteurs préférés ?

En poésie, mes goûts ont évolué. Longtemps, les livres d’Aragon et Éluard ont accompagné mes jours. Puis je suis revenu vers Mallarmé, qui reste pour moi LE POÈTE. Plus récemment, Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet sont venus remplacer les deux premiers cités. Sur la poésie très contemporaine, que je lis par curiosité, je ne peux me prononcer.

Chez les prosateurs, je citerai Gide pour son style (un grand plaisir de lecture) mais surtout Marcel Arland pour la pureté de la langue (personne n’a écrit mieux que lui), et ce passage incessant de la fiction à la réalité ; un écrivain modeste, tourmenté, qui a fait du bois de sa vie en souffrance une œuvre.

Puisque nous en sommes à l’autobiographie, je citerai encore François Nourissier et Annie Ernaux. Tous deux en lutte permanente contre ce qu’on peut nommer leurs complexes. (Mais j’ai toujours eu des doutes sur la sincérité du premier.)

 

17/ Que lisez-vous en ce moment ?

Le Journal de Matthieu Galey (1953-1986). La vie littéraire de son temps.

Par moments, je reprends L’Inachevable, d’Yves Bonnefoy, ses Entretiens sur la poésie de 1990 à 2010. C’est du Bonnefoy, concentré, ardu : il faut s’accrocher mais le plaisir vient très vite, en récompense.

En permanence, tout proches de moi quand j’écris, sur les rayonnages derrière mon bureau, deux livres encore : la pléiade des Œuvres de Jaccottet, et le quarto des Œuvres complètes de Louis-René des Forêts.

Enfin, je me prépare à commander le quarto des Œuvres de Georges Perros. « Ce que j’écris, disait-il, est à lire dans un train, par un voyageur qui s’ennuie, et qui trouve sur la banquette, oublié, un de mes bouquins ». L’homme m’a toujours intéressé. Son mode de vie, son destin, tragique, finalement. Ses Papiers collés sont un pur chef-d’œuvre. On n’est pas loin de Marcel Arland.

 

18/ Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

J’ai plusieurs projets déjà bien avancés, mais le travail généré par ma revue occupe une bonne partie de mes journées. D’où la décision de couler cette revue en juin 2018.

Mes projets ?

Honorer la commande de mon éditeur sur les écrivains que j’ai approchés dans ma longue vie.

Rédiger un bref récit sur le parcours de mon père, qui, c’est original vous en conviendrez, a commencé à travailler à 8 ans, en 1914. Comme bicard. C’est ainsi qu’on nommait ces gamins qui, dans les fermes, étaient les domestiques à tout faire.

Préparer une anthologie de mes poèmes. J’ai décidé de ne plus en écrire, de peur de radoter. Je considère que le dernier livre paru clôt ma recherche sur l’écriture de la poésie. Le dossier du n° 39 de ma revue va traiter de ce sujet. Je vais laisser la parole aux poètes et éditeurs.

Enfin, j’ai toujours en vue la publication de mon journal. Celui que j’ai commencé en 1995, après avoir brûlé le précédent, trop intime. Celui-ci est plus « extime », suivant la formule de Michel Tournier.

https://michel-diaz.com/lettre-poete-claude-cailleau/

19/ Avez-vous des dates d’événements à venir ?

Bien sûr. Mais le temps qui passe fait qu’un événement à venir est vite du passé. Dimanche prochain (ce sera le 29 octobre) dans un petit salon de livres et de peinture du Maine-et-Loire, je présenterai ma revue Les Cahiers de la rue Ventura le matin, et l’après-midi je ferai des lectures de mes poèmes.

Mais ce n’est qu’un petit événement.

 

20/ Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions?

Sur la Toile : deux émissions de France 3 Pays de Loire ; dans la première je présente ma conception de la poésie ; dans la seconde, ma femme et moi parlons de la Revue.

 

On peut aussi suivre mon actualité

Sur mon blog : http://clcailleau.unblog.fr >,

Sur le site des Auteurs du Maine, qui répertorie avec vigilance toutes mes publications et les parutions de ma revue,

Sur les sites de Michel Diaz, Texture, Vocatif, Décharge, L’Anacoluthe (dans le n° 40 de l’Iresuthe, une belle « lettre à Claude Cailleau » de Michel Diaz).

 

On peut encore m’entendre dans des entretiens radiophoniques,

avec Roland Nadaus sur RCF 61,

avec Christian Saint-Paul sur < les-poètes.fr >

avec Christophe Jubien sur < radiograndciel.fr >

 

Enfin, il suffit de taper mon nom sur Google pour faire apparaître toute une liste d’informations sur mon travail.

 

Merci à Jean-Louis Riguet de m’avoir proposé ce questionnaire et de m’accueillir sur son blog « librebonimenteur.net »

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Le 26 octobre 2017,

Claude Cailleau

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Les mots de la mer

 

Quelque part au Port-Louis, dans la crique d’automne ouverte au large, aux tempêtes, j’ai ramassé un vieux galet apporté là par la marée.

Chantera-t-il encore, ce galet de misère, granit roulé, frotté, usé dans le délire des tempêtes, chantera-t-il encore si je le sollicite, un soir de neige, dans mon village perdu quelque part dans la campagne et les années ?

J’ai ramassé ce vieux galet, doux à mes doigts comme une peau de fille, comme une peine qui s’épuise à vieillir, et voilà maintenant qu’au creux de ma main c’est la Bretagne qui s’attarde et me retient, paisible dans le soir, au clapot de sa vague.

Claude CAILLEAU

(« Cocktail de vie », Éditinter, 2013)

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Je t’écris de la mer

Je t’écris de la mer. C’est au Port-Louis. Tu te rappelles ? … Le vent, la poussière des embruns, les galets encore chauds de nos mots lancés contre l’oubli.

Tu poussais du pied (le soir nous environne, le bateau de Groix sillonne la rade) les pierres de l’année dernière. Les mêmes. Je les reconnais à leur bruit de sanglot usé.

Oh, nous avions marché. Marché, pieds nus sur les arêtes des rochers, sur les patelles pétrifiées.

Et regardé. Regardé les vieux marins sur la jetée, rescapés de combien de naufrages.

Nous étions revenus. Au Port-Louis. Pour le souvenir. Et voir. Revoir…

la Bretagne reposer dans sa peau de légende.

C’était dans les années soixante, tu te rappelles… les vieux marins, figés comme des bollards sur le quai, les yeux lointains, qui regardaient pensifs le sang du soleil s’étaler sur la mer.

Ailleurs, le sang des hommes coulait, violent, sur le sable avide, dans le désert insatiable où pleuraient, où mouraient les enfants et les femmes.

Et j’étais là, qui écrivais sur le jour paisible de mon pays ! Je suis là, je suis las. Les années ont passé, suivies d’autres années.

Avec le temps, va, tout s’en va…

Je t’écris de la mer pour que tu te souviennes.

Claude CAILLEAU

(« Le Roman achevé », Éd. du Petit Pavé, 2009)

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Les chemins d’une vie…

 

À Georges, mon père,

homme de peine, homme de cœur.

 

… S’en va sur le chemin.

Chancelle au vent mauvais,

la vieille silhouette.

Et refait le parcours,

tremble, avance deux pas,

Trois pas, c’est trop de deux déjà.

Une horloge le suit,

fragile. Ô le silence

qui gît dans l’or du balancier.

Et fouille dans ses jours.

Vienne la nuit

Sonne l’heure

(C’est Guillaume qui pleure)

Ainsi va le bonhomme

dans l’automne qui meurt.

Se rappelle la robe noire,

tranquille. Elle, qui marche.

Gréco, lunaire silhouette.

Seule mais sereine,

sur la scène, dans la lumière.

Le deuil à fendre l’âme

chante grave dans son rire.

Silencieuse soudain.

Désabusée. Puis tire

sa révérence. Adieu Madame.

Si tu t’imagines

 qu’ça va, qu’ça va, qu’ça…

va durer toujours…

la saison des amours…

ce que tu te goures…

Et radote le vieux.

Queneau,  Apollinaire,

la Seine coule sur vos vers.

Ailleurs, le poète venait,

S’en venait, s’en venait,

vers toi qui t’en allais.

Tu te rappelles, Barbara…

Abritée sous un porche,

quand la pluie et Prévert

se racontaient la guerre,

Le sang noir sur la mer…

la joie évanouie, la guerre…

 

Le peintre a posé ses pinceaux,

essuie ses mains à son passé.

Les rues racontent et les ponts.

Et la seine sereine

épouse son histoire…

Ah, Prévert,

ton cancre de lumière

dans l’aube des lampadaires !…

 

 Claude CAILLEAU

 

Extrait de Narratif 2, dans le recueil

 

« Sur les Feuilles du temps »

(Éd. Écho Optique)

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Je remercie sincèrement Claude Cailleau d’avoir eu l’amitié de se livrer à ce jeu des questions-réponses.

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Auteur, sculpteur, peintre, photographe, acteur, comédien, théâtreux, styliste, musicien, chanteur, colleur de papiers, en un mot artiste  sans discrimination de l’art pratiqué,

si vous aussi, vous êtes intéressé par mon écoute et la publication sur ce blog, merci de vous manifester par e-mail soit directement sur le site soit à l’adresse suivante : jlriguet@gmail.com.

La publication sur le site est ponctuelle au gré des réceptions des questionnaires.

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Pour se manifester si vous êtes intéressé par le questionnaire :

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Tout sur mes livres :

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https://jeanlouisriguetecriveur.blogspot.fr/

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© Jean-Louis RIGUET 31 octobre 2017

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

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JL à l’écoute de … Marie-Josée Christien

Des mots pour vous

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JL à l’écoute de …

Aujourd’hui Marie-Josée Christien

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Crédit Photo : Yvon Kervinio

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1/ Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Marie-Josée CHRISTIEN.

Je précise que c’est mon véritable patronyme. À mon grand étonnement, on a parfois cru que c’est un pseudonyme. Qui en l’occurrence aurait été « chargé » et malvenu pour une mécréante comme moi !

 

Je suis née en 1957, dans la Cornouaille morbihannaise. Je viens d’une famille modeste, voire pauvre, de la Bretagne bretonnante. Cette Bretagne rebelle et insoumise est la terre des insurrections des « Bonnets Rouges » sous Louis XIV, de Marion du Faouët, chef d’une bande de brigands au XVIIIe, celle aussi de la résistance au nazisme. Cela n’est sans doute pas anodin.

 

Rien dans mon environnement familial ne me prédisposait donc à l’écriture. Mon premier contact avec la poésie et la littérature a eu lieu grâce à l’école laïque et républicaine. J’ai fréquenté une classe unique de campagne, où j’ai appris à lire très tôt. J’ai été encouragée par quelques professeurs tout au long de mon parcours scolaire, mené jusqu’au DEUG de Lettres Modernes.

 

J’ai fondé la revue annuelle Spered Gouez / l’esprit sauvage en 1991, sous le signe du poète Armand Robin. Je dirige aussi la collection Parcours, dont chaque volume est consacré à un (e) poète d’aujourd’hui, ayant une œuvre forte et marquante ancrée dans notre temps, que j’ai créée aux éditions Spered Gouez en 2015.

J’ai reçu le Prix Xavier-Grall pour l’ensemble de mon œuvre. Le Grand prix international de poésie francophone m’a été décerné en 2016.

Je suis membre de la SGDL, de la Charte des Auteurs Jeunesse et de l’AEB (association des Écrivains Bretons).

Je vis depuis 1994 à Quimper, dans le Finistère.

 

2/ Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?

J’ai toujours écrit, depuis que je sais tenir un crayon. J’ai très tôt gribouillé des poèmes où je tentais d’imiter les auteurs du passé que j’admirais. Mais bien sûr je n’ai trouvé que bien plus tard, dans les années quatre-vingt, après un long cheminement, ma voix propre.

 

Écrire est pour moi une nécessité vitale, comme respirer, manger ou dormir. Cependant, je n’ai jamais pensé à en faire un métier. La poésie ne peut de mon point de vue être une profession.

J’ai été institutrice de 1977 à 2015, et j’ai aussi exercé en même temps la fonction de directrice d’école pendant 17 ans. Bien sûr, travaillant à temps plein, je n’ai pu me consacrer autant que je l’aurais voulu à l’écriture et à l’édition de mes écrits, mais je mesure combien cela m’a permis une réelle liberté, celle d’écrire ou de ne pas écrire, de ne rien précipiter et de prendre mon temps. Je n’ai publié que les textes nécessaires, sans dépendre de commandes, ni subir de pression. Je n’ai jamais eu besoin de faire des courbettes et des concessions.

 

3/ Qu’aimez-vous ou pratiquez-vous comme autre art ? La peinture ? La sculpture ? Le cinéma ? La photographie ? Le théâtre ? Quelle est votre autre passion ?

Étudiante, j’ai fait un peu de théâtre à Rennes en 1976-1977, sans aller plus loin. Car ce qu’est devenu le théâtre m’a rapidement exaspérée. L’art me passionne mais, à mon grand regret, je n’ai jamais pu pratiquer ni musique ni peinture, qui exige un apprentissage précoce auquel mes origines modestes ne m’ont pas donné accès. Ce n’est pas un hasard si j’aime collaborer avec des artistes, que ce soit pour des livres d’artistes ou des livres à tirage courant.

 

À part la poésie, le seul art que je pratique est le collage, découvert à l’âge de 16 ans au lycée, grâce à mon professeur de lettres. C’est l’art du pauvre par excellence, puisqu’il s’agit de récupérer les photos des revues et magazines destinés à la destruction et de leur donner une nouvelle vie. Il m’arrive d’exposer et de publier mes collages.

 

Je suis également critique littéraire. C’est une manière de prolonger mes lectures. Je tiens plusieurs chroniques critiques dans Spered Gouez / l’esprit sauvage. Plusieurs revues (Interventions à Haute Voix, Les Cahiers du Sens…) accueillent mes articles et mes notes de lectures. Je collabore régulièrement à la revue bimensuelle ArMen depuis 2006 et occasionnellement au magazine numérique Unidivers.

 

4/ Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ? Comment vous faites-vous connaître ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

J’espère que mes livres les aident à trouver émotion et sens dans notre époque qui n’a à offrir que son cynisme et son désenchantement. J’espère aussi qu’ils sont sensibles à mon questionnement et à mon incertitude.

La poésie étant polysémique à l’infini, je ne perds pas de vue que ce sont les lecteurs qui trouvent, parmi les chemins possibles que j’ouvre, la cohérence de mon texte, par leur sensibilité et leur imaginaire. Ils ont toute liberté de lecture.

C’est pourquoi les rencontres avec les lecteurs sont enrichissantes, surtout dans de petits lieux intimistes où un vrai échange peut se créer. Mes lecteurs me révèlent parfois des voies souterraines que je n’ai pas clairement conscience d’emprunter.

C’est sans doute l’un des rôles des bibliothécaires et des libraires de favoriser et proposer ces moments de partage. Hélas, j’ai trop peu l’occasion d’être conviée à ce genre de rencontres. Mais je ne fais sans doute pas tout ce qu’il faudrait pour me faire connaître !

 

5/ Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?

Je participe à quelques salons, rencontres d’auteurs et événements, toutefois avec parcimonie. Je privilégie ceux qui ont une âme, ceux qui sont portés par des associations de bénévoles passionnés, où je trouve une réelle convivialité, porteuse de rencontres débouchant parfois sur des projets.

 

En retraite depuis deux ans, j’ai à présent le plaisir de rencontrer des classes et des scolaires en tant qu’auteur. Il m’arrive de lire mes textes en public, mais il ne s’agit pas de récital ni de performance, même si j’ai parfois été accompagnée par des musiciens. Je ne me prends pas pour une comédienne. Je suis juste un auteur qui lit et partage modestement ses textes. Je propose aussi une causerie sur les « femmes en poésie », autour de mon livre Femmes en littérature (éditions Spered Gouez, 2009).

 

6/ Depuis quand écrivez-vous ? Qu’avez-vous déjà écrit ?

Ma première publication date de 1979, dans la revue Interventions à Haute Voix. J’ai continué pendant presque une décennie à publier uniquement en revues. C’est ce qui m’a permis de « faire mes gammes » et de trouver ma voie. Je continue à publier régulièrement en revues, qui sont des lieux uniques pour vérifier la qualité de ce que l’on écrit.

 

Je suis aussi volontiers présente dans des ouvrages collectifs et des anthologies. J’ai publié dans une trentaine de ce genre d’ouvrages, ce qui m’a permis d’être traduite en plusieurs langues (allemand, bulgare, espagnol, portugais…).

 

Mon premier recueil (Les extraits du temps 1), publié en 1988 par IHV, a été rapidement épuisé. J’avais écrit auparavant deux autres recueils que je n’ai jamais cherché à publier, consciente qu’ils n’étaient pas aboutis.

J’ai publié une vingtaine de livres, principalement de poésie, chez une dizaine d’éditeurs. J’ai aussi dirigé des ouvrages collectifs.

 

7/ Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?

J’espère que ce n’est pas le dernier livre et qu’il y en aura de prochains ! Je fais là un clin d’œil à une boutade du poète Gérard Cléry, qui aime prendre le mot « dernier » au pied de la lettre.

 

Ma dernière parution est La poésie pour viatique, un cahier Chiendents – le n° 118 publié au début de cette année par Luc Vidal et les éditions du Petit Véhicule à Nantes – qui vient de m’être consacré, coordonné et présenté par Gérard Cléry, justement. Il comprend des articles de Guy Allix, Bruno Sourdin, Michel Baglin, Jean Chatard et Luc Vidal, un entretien avec Gérard Cléry et un choix de textes dont des inédits.

 

Parmi ces inédits, se trouvent des extraits d’Affolement du sang, que je viens juste de terminer. Il m’est donc difficile d’en parler. L’auteur est de toute façon le plus mal placé pour commenter son texte. Je peux juste dire que c’est un ensemble de 120 pages commencé en 2012, que le poète Jean-François Mathé en signe la préface. Je vais commencer par prendre du recul pour ensuite réfléchir à son édition.

 

8/ Où peut-on se procurer vos ouvrages ?

En principe, à part ceux qui sont épuisés ou dont les éditeurs ont disparu (qu’on trouve parfois en livres d’occasion), on devrait pouvoir les commander dans n’importe quelle librairie, du moins dans les bonnes librairies. Certains de mes éditeurs (Jacques André Éditeur et Tertium éditions) les vendent aussi directement à partir de leurs sites. D’autres, comme Les Éditions Sauvages, pratiquent la vente par correspondance. Sinon, ils m’accompagnent dans les salons et signatures où je suis invitée.

 

9/ Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur ou à compte participatif ? À l’e-book?

Je suis résolument opposée au compte d’auteur et à ses avatars. J’ai autrefois soutenu le CALCRE, association qui luttait contre « le racket du compte d’auteur ». Ces officines ne sont pas du tout des éditeurs mais des prestataires de services qui se chargent juste de l’impression du livre. Ceci dit, lorsqu’elles annoncent clairement la couleur et ne se prétendent pas être éditeurs, elles peuvent rendre des services aux auteurs qui n’ont pas les compétences pour s’autoéditer. Il en est certainement de plus honnêtes que d’autres. Mais je suis d’avis qu’un bon livre parvient toujours à trouver son éditeur et ses lecteurs, même si cela peut parfois prendre des années.

 

J’ai eu la chance de toujours publier à compte d’éditeur, le plus souvent dans de petites structures associatives. Il n’est pas sûr que j’aurais rencontré un lectorat plus important dans de plus grandes maisons d’édition, où la durée de vie d’un livre est très éphémère. L’édition est toujours une histoire de rencontre et de connivence entre un livre et un catalogue existant. Il importe qu’éditeur et auteur forment un véritable équipage. Je suis attachée à cette relation.

 

Je n’ai pas vraiment d’avis sur les livres numériques (terme que je préfère à l’angliciste e-book). J’ai deux livres (Conversation de l’arbre et du vent et Quand la nuit voit le jour, Tertium éditions) qui sont publiés en version numérique parallèlement à leur édition en livre papier. Mais il ne s’en vend guère pour le moment. Le phénomène du livre numérique me semble largement surestimé par les instances officielles du livre (par le CNL par exemple). Personnellement, je ne lis pas de livres numériques. Je ne suis pas convaincue par la lecture sur écran, surtout pour la poésie. J’ai besoin de la chaleur du papier.

 

Sur écran, je ne trouve d’intérêt qu’aux revues numériques, comme Texture et Recours au poème, aux blogs et aux sites d’auteurs. Grâce aux entrées et aux mots-clés, la lecture peut y être discontinue et ne s’attarder que sur les articles recherchés.

 

10/ Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ? Pas forcément pour les livres ?

Un conseil de mon père que je garde précieusement en tête : ne perds jamais de vue d’où tu viens.

 

11/ Que préférez-vous écrire ou lire : des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?

Mes lectures ont toujours été très éclectiques. Lire m’est indispensable au quotidien. Je lis beaucoup, de tout, pas seulement de la poésie comme on pourrait le croire. J’ai toujours plusieurs livres en cours. Je suis abonnée à de nombreuses revues également. Je me fie volontiers aux conseils de lecture de quelques critiques avisés (Jacmo dans Décharge, Michel Baglin sur Texture, Lucien Wasselin sur Recours au poème par exemple) dont je partage les points de vue.

 

Passionnée de préhistoire et d’archéologie, je lis beaucoup d’ouvrages écrits par des paléontologues et des chercheurs, que je trouve dans quelques librairies spécialisées du Périgord.

 

Par contre, j’évite les livres d’auteurs dont on fait grand bruit, dont les piles envahissent les librairies à chaque rentrée littéraire.

 

12/ Comment écrivez-vous ?

Très lentement. Et par périodes, surtout en hiver et au printemps. Je ne m’installe pas chaque jour à ma table d’écriture. J’écris toujours chez moi.

 

À part ces particularités, je n’ai aucune habitude, aucun rituel. L’élaboration est très longue, la maturation lente, souvent plusieurs années, pour parvenir jusqu’au manuscrit achevé. Je prends régulièrement des notes qui s’accumulent, que je laisse reposer, décanter, sédimenter, jusqu’à ce qu’elles se rappellent à moi dans l’urgence pour la première phase d’écriture. Suivent alors plusieurs phases de transformation, où j’enlève le superflu, je taille, j’élague, je cisèle et je peaufine aussi, jusqu’à ce que je ne puisse plus rien retirer. Je travaille à la manière d’un sculpteur dont la matière serait les mots.

 

Quand les poèmes sont là, le travail est loin d’être terminé. Il me faut composer l’ensemble, trouver son architecture intérieure. Cette chronologie interne, dictée par le mouvement et le souffle du texte, est primordiale. Tout ce travail d’élaboration doit rester invisible et sembler couler de source. Je cherche à garder intacte l’émotion première, à préserver l’élixir et la fulgurance du poème.

 

13/ Où puisez-vous votre inspiration ? Avez-vous eu des commandes d’ouvrages ?

Mes écrits se nourrissent de ma vie et du monde qui m’entoure. Tout peut donc y être abordé. J’ai ainsi écrit sur la grossesse et l’attente de l’enfant (Le carnet des métamorphoses, Les Éditions Sauvages), les grottes préhistoriques ornées (Lascaux & autres sanctuaires, Jacques André Éditeur), les mégalithes (Un monde de pierres, Les Éditions Sauvages), la pierre et le cycle minéral (Pierre après pierre, Les Chemins bleus), le canal de Nantes à Brest (Aspects du canal, Sac à mots éditions). J’ai aussi écrit plusieurs opus sur le temps, celui qui dépasse notre vie d’être humain, dont nous sommes la seule espèce à avoir conscience.

 

Je n’ai jamais reçu de commandes d’ouvrages. J’ignore si je suis capable d’y répondre.

 

14/ Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?

Je n’ai aucune imagination. C’est sans doute pourquoi je n’écris pas de romans. Malgré tout, j’en ai un en cours d’écriture depuis une dizaine d’années, dont le titre est Le passé effacé. Les personnages sont fictifs et l’intrigue une pure construction mais ancrée dans le réel, au cœur de l’humain.

Mais écrire un roman ne fera pas de moi une romancière pour autant.

 

15/ Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?

Un conseil que j’ai moi-même reçu et que je ne regrette pas d’avoir suivi : ne proposer à la publication que les textes dont on est fier, qu’on est sûr de ne jamais renier un jour, afin de rester en accord avec soi-même.

Ce qui sous-entend bien sûr de prendre son temps pour trouver sa voie et sa manière propre, de ne pas se précipiter pour publier à tout prix.

 

Lorsque des auteurs débutants sollicitent mes conseils (cela arrive assez souvent !), je leur recommande de publier en revues… et surtout d’en lire pour trouver celles qui leur correspondent.

Ils y trouveront des compagnonnages stimulants, y feront des rencontres fertiles, bref vivront une belle aventure collective.

 

16/ Quels sont vos auteurs préférés ?

Ils sont nombreux et de toutes les époques. Je citerai Lucrèce, François Villon, William Blake, Verlaine, Rilke, Joë Bousquet, René Char, René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Pessoa, Beckett, Albert Camus, Cioran et surtout Armand Robin.

Parmi les écrivains contemporains, j’aime Milan Kundera, Le Clézio, Claire Fourier, Bernard Berrou.

Les poètes d’aujourd’hui qui me touchent le plus et m’accompagnent, parfois également en amitié, sont ceux qui allient sens et sensibilité, lisibilité et profondeur : Guy Allix (qui est celui que je relis le plus régulièrement), Jean-Louis Bernard, Jean-François Mathé, Jacqueline Saint-Jean, Michel Baglin, Gilles Baudry, Georges Drano, Michel Dugué, Robert Nédélec, Hervé Carn, Gérard Le Gouic, Denise Le Dantec, Jacques Ancet, Charles Juliet, François Cheng, Philippe Jaccottet. Ce sont les noms qui me viennent spontanément, ceux dont les livres m’entourent et qui comptent pour moi, mais j’en oublie certainement.

 

17/ Que lisez-vous en ce moment ?

Membre du jury du Prix du roman de la Ville de Carhaix, je lis une seconde fois les quelques romans qui m’ont plu à la première lecture. C’est cette relecture qui déterminera mon choix, qui se portera sur le roman capable de me captiver une nouvelle fois et de me donner encore à le découvrir.

Je relis aussi le manuscrit de l’essai sur Angèle Vannier (Chemin avec Angèle Vannier) de mon ami et complice Guy Allix, en vue de son édition prochaine. Nous sommes en général l’un pour l’autre nos premiers lecteurs. Nous nous savons incapables de complaisance réciproque.

 

18/ Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

J’ai toujours plusieurs ensembles en cours d’écriture parallèlement. Certains sont commencés depuis des années. Je suis incapable de savoir lequel va aboutir en premier.

Parmi ces chantiers, il y a : Eclats d’obscur et de lumière (réflexions, pensées et aphorismes, de la même veine que Petites notes d’amertume paru en 2014), Juste un peu d’eau (qui sera accessible à la jeunesse), Généalogie de la matière (qui explore le passage de l’inerte au vivant), Alambic (sur la genèse de l’écriture et la langue).

Je viens aussi de commencer très récemment Alchimie des sens.

Par ailleurs, je travaille à une compilation de textes sur l’arbre : Constante de l’arbre (« constante » pris dans son sens en Physique). J’y rassemble mes textes sur les arbres dispersés dans mes livres précédents, auxquels j’ajoute quelques inédits. Il sera illustré par le photographe Yann Champeau. J’aimerais que ce projet soit un « Beau Livre » et je suis à la recherche d’un éditeur.

 

19/ Avez-vous des dates d’événements à venir ?

Deux dates sont pour moi incontournables. Je suis fidèle depuis 2010 à l’ambiance et à la bonne humeur du Printemps de Durcet (Orne), que m’a fait connaître Guy Allix.

Je suis aussi chaque année au Festival du livre en Bretagne, à Carhaix (qui est également la ville du Festival des Vieilles Charrues). Une centaine d’éditeurs, soit quasiment toute l’édition bretonne, y a rendez-vous avec plus de 10 000 visiteurs, le dernier week-end d’octobre. J’y représente la revue annuelle Spered Gouez / l’esprit sauvage, que j’ai créée en 1991, publiée par le Centre culturel breton Egin qui organise le festival.

On peut aussi me rencontrer « Chez Max », ancienne maison du poète et peintre Max Jacob à Quimper (labellisée « Maisons des Illustres »), où je coorganise depuis 2013 avec mes amis poètes Louis Bertholom et Gérard Cléry « Les rendez-vous de Max », rencontres-lectures mensuelles qui ont lieu chaque 1er jeudi de 18 heures à 19 heures de septembre à juin.

 

20/ Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions ?

J’ai un site personnel qui contient une page d’actualités et qui fait écho de mes parutions :

http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr

Ma bibliographie est sur wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Jos%C3%A9e_Christien

 

Par ailleurs en tant que responsable de rédaction de la revue Spered Gouez / l’esprit sauvage, j’ai une accréditation sur Agence Bretagne Presse où je publie mes informations sur mon actualité et mes parutions (et parfois sur l’actualité littéraire et culturelle de ma région) : https://abp.bzh/

 

La revue sur internet Texture publie un dossier critique par Michel Baglin, Georges Cathalo et Lucien Wasselin sur quelques-uns de mes livres : http://revue-texture.fr/-CHRISTIEN-Marie-Josee-.html

 

Je suis présente dans l’Anthologie subjective de Guy Allix, sur son site :

http://anthosuballix.canalblog.com/pages/marie-josee-christien/27590451.html

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Le 27 juillet 2017

Marie-Josée Christien

 

Quelques poèmes de Marie-Josée Christien

À l’écart du rivage

l’air vibre

sur les landes

imprégnées de la pâleur du sel

 

Le souffle et la lumière

se prolongent

en frémissements

 

L’œil scrute

ouvert aux étendues

qu’il retenait en lui

 

il voit.

 

*

La nuit déserte

l’ultime équinoxe

l’envol pointu des corbeaux

perfore les horizons

qui blanchissent

 

Le remous pâle

des astres

froisse les joncs fragiles

et sculpte le silence

 

Un monde s’élance

et renoue avec soi.

 

 

*

 

Le demi-jour

tombe comme un flocon

dans la neige

les arbres se figent

au-delà des vitres

 

dans l’écartèlement

du jour et de la nuit

chaque atome du silence

irrigue la lucidité

 

On entend la vie immobile.

 

*

Le vide étoilé

hausse le silence

d’un peu de matière

 

Il force au retour sur soi

question d’intuition.

 

*

 

Les arbres redressent

le ciel inaccompli

rendu invisible

par la courbure restreinte du jour

 

Tous les rêves en suspens

toutes les vies en sursis

l’illusion est notre réalité.

 

© Marie-Josée Christien

Extraits de : Entre-temps, précédé de Temps composés

(Les Éditions Sauvages, collection Phénix, 2016)

 

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Je remercie sincèrement Marie-Josée Christien d’avoir eu l’amitié de se livrer à ce jeu des questions-réponses.

 

 

 

 

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Auteur, sculpteur, peintre, photographe, acteur, comédien, théâtreux, styliste, musicien, chanteur, colleur de papiers, en un mot artiste  sans discrimination de l’art pratiqué,

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© Jean-Louis RIGUET 28 Juillet 2017

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

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