Publié par Laisser un commentaire

JL à l’écoute de … Guy Allix

Des mots pour vous

.

JL à l’écoute de …

Aujourd’hui Guy Allix

.GuyAllix_28052016

.

1/ Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Guy Allix.

Je suis né dans le nord de la France d’une mère célibataire originaire de Normandie et j’ai vécu ensuite une enfance tourmentée dans un milieu nécessiteux. Ma mère s’était mise en ménage vers mes trois ans avec un monstre alcoolique et violent qui dépensait dans les bistrots le maigre argent qu’il gagnait et, une fois saoul, frappait tout le monde comme un malade. Nous fuyions dehors le plus souvent et y passions la nuit, même en plein hiver.

Je ne me remettrai jamais de cette enfance. Elle a fait de moi un être très fragile dont on a pu profiter souvent. Un infirme de l’amour.

Je raconte un peu cela dans un recueil de récits autobiographiques intitulé Maman, j’ai oublié le titre de notre histoire, paru en 2008 et que je compte republier un prochain jour. Pour que ce soit « racontable » j’ai dû y ajouter de l’humour et jouer entre Audiard et Fallet (le génie en moins).

J’ai quand même réussi bon an mal an à poursuivre des études jusqu’en terminale. Je ne sais trop comment. Cela tient du miracle. Il y eut, c’est vrai, quelques bons enseignants qui m’ont soutenu. Ainsi un professeur d’italien, M. Renaud, qui en seconde fit tout pour que je sois interne et qui me permit ainsi de m’accrocher… Je n’ai pas eu mon bac cependant à l’issue de ma terminale car j’étais psychologiquement épuisé et aussi en révolte contre la société.

J’ai commencé à écrire en octobre 1971, encouragé par ma prof de lettres, Mlle Ecarlate, qui me faisait rougir… Ce fut d’abord la chanson qui m’incita à écrire : Brassens, Brel, Ferré, Moustaki etc. J’ai toujours gardé dans ma mémoire ces mots cités par Brassens sur la pochette du « Métèque » de Moustaki :

« Avec des mots chantés à voix profond et douce

Avant qu’un peu de terre emplisse notre bouche

Confier à la vie notre lucide amour

C’est là notre travail sans trêve et notre fête

Notre ultime et divin secours »

Guy-Charles Cros.

J’ai appris parallèlement à jouer de la guitare et à chanter. Mon écriture a évolué avec la lecture des surréalistes par exemple mais je n’ai jamais renié la chanson que je pratique toujours un peu sur scène dans mes récitals poétiques.

J’ai obtenu mon bac quatre ans plus tard (après avoir publié mon premier recueil de poèmes et avoir fait pas mal de petits boulots) puis j’ai poursuivi des études de lettres tout en travaillant jusqu’à la maîtrise. Échec à l’agrégation. Instituteur en 1982. Puis concours P.E.G.C. lettres-histoire obtenu en 1983. Carrière d’abord en collège. Capes obtenu en 1989. Enseignement en lycée puis en IUFM. Puis un peu partout et même en prison.

D.E.A. lettres sur Jean Follain.

Parallèlement bien sûr la poésie, encore la poésie et toujours la poésie. Elle m’a sauvé, je dois le dire, de l’aliénation complète pendant les années de mon mariage.

 

2/ Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?

Je survivais le plus souvent, avant l’écriture !!! Enfin il y eut aussi le sport qui était une évasion pour moi. Vélo tout d’abord (j’ai rêvé d’être Jacques Anquetil mais ma trouille au sein des pelotons m’a vite dissuadé…) puis la course à pied en fond et demi-fond… Je courais assez bien, suite peut-être à l’entraînement suivi quand je tentais d’échapper au concubin de ma mère…

Parallèlement à l’écriture j’ai continué de pratiquer la course à pied (quelques maravélothons à mon actif dont deux en 3 h 10) et vélo (en cyclotouriste cette fois…). J’ai aussi continué à chanter et à jouer un peu de guitare. Juste un peu jusqu’en 2001, car ce n’était pas dans la culture familiale, beaucoup plus depuis 2002.

 

3/ Qu’aimez-vous ou pratiquez-vous comme autre art ? La peinture ? La sculpture ? Le cinéma ? La photographie ? Le théâtre ? Quelle est votre autre passion ?

J’aime les arts en général mais je dois avouer que je suis mauvais en tout. Je ne sais absolument pas dessiner (proche de la débilité dans ce domaine, dessiner, enfin tenter de dessiner, au tableau un animal quand j’enseignais le français langue étrangère déclenchait l’hilarité générale). Je ne sais pas peindre. J’ai une collection très importante de photos ratées. Seul le théâtre peut-être… et j’ai rêvé de théâtre tout jeune car j’avais été encouragé en ce sens par Monsieur Nouis, mon prof de français en 4e… Et bien sûr, en lien avec cela, la lecture de poèmes. Mais je ne me produis sur scène que depuis 8 ans environ. Avant je jouais dans le « poète invisible » !

 

4/ Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ? Comment vous faites-vous connaître ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

De mes trois lecteurs (hihi), j’attends simplement qu’ils soient émus comme peut l’être un ami à qui on se confie. C’est tout. Des admirateurs ??? Euh…

Pendant très longtemps je n’ai quasiment pas eu le souci de me faire connaître. Je redoutais ce milieu, avec raison aussi il faut le dire. J’écrivais, je publiais (chez le grand Rougerie principalement), je complétais éventuellement le sp de l’éditeur. Je correspondais timidement avec certains poètes ou écrivains (Andrée Chedid, Senghor, Guillevic, Seghers, Gilles Perrault etc.). Je remerciais les auteurs de chroniques sur mes recueils. Je répondais à l’appel quand mon éditeur me demandait de faire une signature. J’ai dû alors participer à un seul salon : le Printemps de Durcet, un très bel événement. Bon, j’essayais aussi de me faire connaître dans la région que j’habitais et j’avais droit régulièrement par exemple à un reportage TV de celui qui est devenu pleinement un ami depuis sa juste retraite : Gérard Bonemaison. Et c’est tout.

Désormais on me voit un peu plus mais je ne cours pas les salons. Ni les salauds d’ailleurs car il y en a dans ce milieu ! Je lis mes textes sur scène (je lis aussi d’autres textes d’amis). Quelques festivals dont Montmeyan (où j’ai fait de belles rencontres !) ou Cordes-sur-Ciel par exemple… Des interventions aussi en milieu scolaire.

Des dédicaces aussi en librairie ou dans d’autres lieux.

Enfin j’ai fait deux résidences d’auteur depuis trois ans.

 

5/ Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?

Oui, comme je l’ai dit dans la question précédente…

Mais je n’ai pas prononcé réellement de conférences sur mes propres ouvrages. Mis à part une, prononcée au lycée de Coutances vers la fin des années 80 dans un colloque sur la philosophie de l’art. Des conférences plutôt sur d’autres œuvres : Senghor ou Follain par exemple.

 

6/ Depuis quand écrivez-vous ? Qu’avez-vous déjà écrit ?

J’écris depuis octobre 1971 exactement (j’ai une furieuse mémoire des dates !!!). On doit en être à une quinzaine de recueils de poèmes, un album jeunesse, un recueil pour enfants, un recueil de récits autobiographiques et pas mal d’articles ou textes de conférences parus ici et là en revues ou en ouvrages collectifs.

 

7/ Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?

Le sang le soir, publié au Nouvel Athanor en 2015. Il vient d’obtenir le prix François Coppée de l’Académie française… Bon enfin ce n’est pas important en même temps les prix, ça fait juste un peu plaisir, c’est tout, mais ça n’a pas une valeur en soi, tant s’en faut.

C’est un recueil dans la lignée de mon travail, depuis Mouvance mes mots, publié en 1984 chez le grand Rougerie (eh bien oui, j’insiste !) avec peut-être des coins plus lumineux. Ma poésie est assez tourmentée. Mais bon je n’en dis pas plus. Comme le disait Socrate « Les poètes ne savent pas ce qu’ils disent »… et c’est tant mieux ! Aux autres de parler de mes petits écrits s’ils en valent la peine.

 

8/ Où peut-on se procurer vos ouvrages ?

Dans les bonnes librairies pardi !!! Oui, j’insiste dans les bonnes et petites librairies indépendantes où l’on peut toujours commander le livre. Certes, on peut aussi commander dans d’autres enseignes… que je ne nommerai pas. Mais défendons les vrais libraires !

 

9/ Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur ou à compte participatif ? À l’e-book ?

J’ai toujours été opposé au compte d’auteur ! J’ai eu la chance d’être publié dès 1974 (j’étais encore en culottes courtes !!!) à compte d’éditeur. Il vaut toujours mieux être patient (ce qui vous permet du reste, le recueil restant « en cave », d’améliorer le projet). Je ne fais guère de différence entre compte d’auteur et compte participatif… Il faut bien admettre aussi simplement que quand un « éditeur » publie à compte d’auteur, il ne fait que commander un travail à l’imprimeur, empocher la somme versée et entreposer l’ouvrage quelque part en attendant le pilon… Généralement aucun service de presse et aucune vente en dehors de celles effectuées par l’auteur lui-même.

L’e-book ??? déjà l’anglicisme me fait fuir. J’ai besoin de la chaleur du papier. On ne lit pas sur un écran comme sur du papier… Non !

 

10/ Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ? Pas forcément pour les livres ?

Sois patient !

 

11/ Que préférez-vous écrire ou lire : des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?

Tout !!! Je suis loin de ne lire que de la poésie. Cependant pas très versé dans le roman policier ou la SF.

 

12/ Comment écrivez-vous ?

Pas de recettes, pas de rituels particuliers. J’écris comme je peux. Quand ça vient. Des notes tout d’abord qui viennent comme ça, mûries par la vie. Puis je me mets devant l’ordi, je rassemble, j’élague, je déplace… Jusqu’à ce que j’aie un objet qui me semble tenir. Et puis je mets en cave… Je ressors cela plus tard et je vois si le vin (sourire) est toujours bon ou si c’est une infâme piquette. On est parfois très enthousiaste une fois le travail « fini » et quand on le redécouvre après mise en cave donc, on est très déçu. Et vice-versa.

 

13/ Où puisez-vous votre inspiration ? Avez-vous eu des commandes d’ouvrages ?

Dans la vie, rien que dans la vie ! Et donc partout. Il n’y a pas de sujets tabous. Mais des thèmes cependant s’imposent plus ou moins avec force. L’amour, la mort, la souffrance, la solitude etc.

Non pas de commandes d’ouvrages mais des commandes d’articles ou de préfaces.

 

14/ Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?

Question qui concerne difficilement les poètes.

 

15/ Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?

  • Sois patient ! (voir plus haut…)
  • Ne suis pas trop les conseils des autres (en dehors du premier…). Sois toi-même, trouve ton propre sillon et poursuis-le.

 

16/ Quels sont vos auteurs préférés ?

Paul Verlaine, René Char, Paul Eluard, Albert Camus, Marie-Josée Christien, Christophe Dauphin, Angèle Vannier, Jean Follain, Paul Celan…

 

17/ Que lisez-vous en ce moment ?

Je relis l’œuvre d’Angèle Vannier. Plus particulièrement Le sang des nuits et les poèmes choisis chez Rougerie.

 

18/ Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

J’écris un essai sur Angèle Vannier.

Je prépare un recueil de poèmes intitulé Au nom de la terre, commencé en résidence d’écriture il y a deux ans.

J’essaie de publier un conte de Noël, Le petit grand-père, qui a d’abord paru dans le journal La Manche libre en décembre dernier.

Et j’ai mis au point avec mon ami Gaëtan Louvel un récital Angèle Vannier que nous avons déjà proposé trois fois en Ille-et-Vilaine et que nous devons reproposer au festival de la parole poétique à Quimperlé et chez Max à Quimper l’an prochain. Nous cherchons d’autres dates et d’autres lieux.

 

19/ Avez-vous des dates d’événements à venir ?

Je participe à un festival de poésie à Paris le 11 septembre (festival O + O) et à un festival international de poésie en Roumanie entre 15 et 18 septembre à Braila et Galatzi, au bord du Danube.

Je serais aussi au Salon du livre de Carhaix fin octobre.

 

20/ Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions ?

Sur mon site personnel :

http://guyallixpoesie.canalblog.com/

Il va falloir que j’y retravaille car il est un peu en sommeil. Je suis assez négligent quand il s’agit de mettre en valeur mon œuvrette (hihi).

Mais aussi sur Facebook où j’ai plusieurs pages.

————-

Le 23 août 2016

Guy Allix

.

Visuel Le sang le soir

 

.

Bio courte Guy

.

Couv Le Petit Peintre3

.

Bio courte jeunesse Guy

.

Couv Poèmes pour Robinson

.

Visuel Mouvance mes mots

.

Je remercie sincèrement Guy Allix d’avoir eu l’amitié de se livrer à ce jeu des questions-réponses.

.

Auteur, sculpteur, peintre, photographe, acteur, comédien, théâtreux, styliste, musicien, chanteur, colleur de papiers, en un mot artiste  sans discrimination de l’art pratiqué,

si vous aussi, vous êtes intéressé par mon écoute et la publication sur ce blog, merci de vous manifester par e-mail soit directement sur le site soit à l’adresse suivante : jlriguet@gmail.com.

La publication sur le site est ponctuelle au gré des réceptions des questionnaires.

Chaque chronique est ensuite partagée sur Facebook, Twitter, Linkedin, Google+, Pinterest et parfois Tumblr.

.

Pour se manifester si vous êtes intéressé par le questionnaire :

.

Tout sur mes livres :

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

.

https://www.youtube.com/channel/UCcLyJcrYJkDfuM9zm6mfbCQ

.

Jean-Louis RIGUET 29 août 2016

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres et Membre de la Maison de l’Ecrivain et de la Littérature

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

.

Publié par Laisser un commentaire

JL à l’écoute de … Denis EMORINE

Des mots pour vous

.

JL à l’écoute de …

Aujourd’hui Denis EMORINE

.HPIM4153

.

 1/ Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Denis EMORINE. J’ai fait des études de Lettres à la Sorbonne. J’ai toujours été passionné par la littérature.

 

2/ Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?

J’ai été dans l’enseignement.

 

3/ Qu’aimez-vous ou pratiquez-vous comme autre art ? La peinture ? La sculpture ? Le cinéma ? La photographie ? Le théâtre ? Quelle est votre passion ?

La lecture et l’écriture ont toujours été mes passions. Le théâtre également;  d’ailleurs, j’en écris.

 

4/ Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ? Comment vous faites-vous connaître ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

« Admirateurs » est certainement un mot excessif. J’exige peut-être beaucoup de mes lecteurs en leur demandant d’explorer mes textes en profondeur sans être guidés. Il m’arrive de faire des lectures publiques, des conférences sur mes écrits ou sur la littérature.

 

5/ Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?

Oui, les trois. En 2014, j’ai donné deux conférences à l’université ELTE de Budapest : l’une sur ma poésie et l’autre sur la poésie francophone. J’ai rencontré des lecteurs en France, en Allemagne, en Grèce, en Hongrie,  et aux Etats-Unis, fait des lectures en français et en anglais dans des librairies, des lycées, des universités…

 

6/ Depuis quand écrivez-vous ? Qu’avez-vous déjà écrit ?

J’écris depuis l’âge de sept ans. J’écris essentiellement de la poésie, des nouvelles, du théâtre et des essais.

 

7/ Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?

Il s’agit d’un recueil de poèmes : Bouria, des mots dans la tourmente  paru en 2014 aux éditions du Cygne.  J’ai voulu rendre hommage aux artistes soviétiques et aux anonymes réprimés, déportés voire massacrés par Staline. On y retrouve des poètes comme Anna Akhmatova, Marina Tsvetaïeva, Boris Pasternak et Alexandre Karvovski, des cinéastes tels Andreï Tarkovski sans oublier tous ces inconnus persécutés et déportés  par le régime stalinien, ceux que j’appelle les suppliciés ou les prisonniers.

 

8/ Où peut-on se procurer vos ouvrages ?

Dans toutes les bonnes librairies selon l’expression consacrée mais certains sont épuisés.

 

9/ Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur ou à compte participatif ? Aux e-book ?

En tant qu’auteur, je m’oppose résolument aux publications à compte d’auteur ou même à compte participatif. Beaucoup d’éditeurs proposent une version de leurs livres sur papier et le e-book correspondant, ce qui est une bonne alternative, l’un se nourrissant de l’autre et réciproquement.

 

10/ Quel est le conseil le plus important que-vous-ayez reçu ? Pas forcément pour les livres ?

Votre question m’embarrasse. Peut-être cet aphorisme de Nietzsche : « Il faut quitter la vie comme Ulysse quitta Nausicaa, avec plus de reconnaissance que d’amour » (je cite de mémoire). Le moment venu, on verra bien…

 

11/ Que préférez-vous écrire ou lire : des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?

Jusqu’à présent, je n’ai pas écrit de roman : j’ai essayé, ce fut un échec. Je n’ai pas écrit de biographie non plus. Je rêve parfois de la commande d’un éditeur –mécène qui m’offrirait un séjour en Italie pour écrire la biographie d’un peintre, par exemple ; je prendrais mon temps en visitant ce pays aimé. Je n’ai pas de préférence dans l’écriture même si le théâtre me permet d’écouter  mes pièces, mêlé aux spectateurs : c’est une sensation indescriptible. La première fois, c’était en 1992 ; il s’agissait de  La Visite. J’étais dans l’état d’esprit d’un schizophrène : j’avais l’impression de voir la pièce d’un homme qui était à la fois moi, Denis Emorine, et un inconnu qui portait mon nom. C’était une forme de dédoublement difficile à décrire. Les mots que j’entendais, portés par les comédiens, ne m’appartenaient plus vraiment. J’ai ressenti une sensation curieuse, une sorte de malaise et de griserie en même temps. Pour la lecture, j’aime  tout sans restriction, pourvu qu’il s’agisse d’un écrivain que j’apprécie.

 

12/ Comment écrivez-vous ? 

Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question. J’écris sous l’effet de l’inspiration (le mot est impropre mais lequel lui substituer ?) J’ai l’impression de rédiger fébrilement sous l’effet d’une voix intérieure qui me dicte ce que je dois écrire : poème, nouvelle ou pièce de théâtre : parfois cette « dictée » dure plusieurs heures, il faut que j’écrive immédiatement sinon tout est perdu. Après, je suis littéralement épuisé. Je laisse « reposer » sans y toucher pendant plusieurs semaines puis je corrige le texte avec rigueur et même sévérité ; le correcteur a un regard différent de l’écrivain. C’est une forme de dédoublement indispensable.

 

13/ Où puisez-vous votre inspiration ? Avez-vous eu des commandes d’ouvrages ?

L’inspiration ? Je crois avoir répondu à cette interrogation à la question 12

Des commandes d’ouvrages ? Oui par exemple, en 1993, j’ai participé à Qu’est-ce que la littérature érotique ? Soixante écrivains répondent, ouvrage collectif (Editions Zulma / La Maison des Ecrivains)  1993. Il m’arrive également de donner des poèmes ou des nouvelles pour des anthologies en France et à l’étranger. Quelquefois, ce sont des textes collectifs sur un thème précis, « engagé » comme Haïti ou les migrants.

 

14/ Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?

Mes thèmes de prédilection sont la recherche de l’identité, le thème du double et la fuite du temps. Je suis également fasciné par l’Europe de l’Est. Dans mon théâtre et mes nouvelles, on trouve l’incompréhension entre les êtres humains supposés utiliser la même langue, un vocabulaire identique pour se comprendre. Tout peut arriver lorsque les choses se passent autrement que vous le prévoyez : les sentiments s’exacerbent, la violence surgit, tous les conflits deviennent possibles parce que certaines personnalités écrasent celle des autres pour survivre. C’est le sujet de deux de mes pièces Sur le quai et Après la bataille.

A partir du moment où ils sont couchés  sur le papier mes personnages existent dans la réalité, du moins à mes yeux. Je pense notamment au personnage de Laure Dujardin dans ma pièce Sur le quai. D’autres sont inspirés par des rencontres : Dans Ce soir vers 21 heures, le narrateur, un écrivain, fait la connaissance d’une jeune fille à un congrès de poésie en Roumanie. C’est une nouvelle autobiographique, j’ai rencontré Marika. J’ai écrit ce texte sous l’effet d’une émotion. Certains de mes poèmes sont dédiés à des artistes : Theo Angelopoulos, Paul Celan, Tatiana Samoïlova…par-delà la mort comme dans Bouria.

 

15/ Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?

Aucun, je crois.

 

16/ Quels sont vos auteurs préférés ?

Il y en a tellement ! J’ai du mal à faire un choix ! Camus, René Char, Pierre Reverdy, Kafka, tous les classiques russes…et beaucoup d’autres !

 

17/ Que lisez-vous en ce moment ?

Un roman de Michel Zevaco Les amants de  Venise.

 

18/ Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

Je relis un manuscrit de poèmes Psaumes du mensonge, poèmes à lire avant la guerre. Je pense qu’il est achevé dans tous les sens du terme. Je suis en quête d’un éditeur.

 

19/ Avez-vous des dates d’événements à venir ?

Pas précisément, des projets encore vagues de voyages  sinon un choix de nouvelles aux Etats-Unis aux éditions Cervena Barva Press http://www.cervenabarvapress.com/

 

20/ Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions ?

Sur mon site http://denis.emorine.free.fr (français/anglais/russe)

————-

Le .22/06/15

Denis EMORINE

.

cover high

 

.

DSCN3312

 

.

Denis EMORINE

 

Trois poèmes à Carmen

(Extraits de

Psaumes du mensonge (inédit) )

 

 

1

Carmen

Je voudrais retrouver la forme de tes bras

T’accompagner aux frontières de la mort

L’amour n’a plus d’odeur

Et la bouche est close

Je me sens si vieux Carmen

Alors que c’est toi qui es partie

Mais je ne t’en veux pas

D’avoir fermé la porte à double tour en sortant

 

Parfois je hais la métaphore

De mentir ainsi à ceux qui s’aiment

 

—————

2

Le monde ne fait plus le tour de ta maison

L’amour n’a plus de mots pour te  célébrer

J’existe à peine au moment de partir loin de toi

J’hésite à vivre

Je n’ose plus poser la main sur le papier trompeur

Lorsque j’ouvre la porte c’est pour constater que

L’obscurité durcit contre moi

La vérité est celle de la tombe

La terre n’a plus d’odeur même après la pluie

Le vent s’engouffre dans les jours défunts

Dans nos gestes déserts

Je voudrais m’arrêter quelque part

Pour te parler enfin

Pour enfoncer mes mains dans la boue

Et en recouvrir mon  visage

Parce que je ne sais plus aimer

 

———

3

Laisse-moi prendre ta main une dernière fois

Je sens déjà le froid m’envahir

Et la grimace de la mort

Figer mes pensées

J’essaierai je le jure

J’essaierai

De croire en ton Dieu

S’il te laisse une dernière fois

Prendre dans tes bras

Le petit garçon égaré

Pourquoi tournes-tu la tête

Au lieu de me sourire ?

Où t’enfuis-tu sans me regarder ?

J’ai peur d’oublier ton nom

Il pleut déjà

Sur les mots d’amour que  n’ai pas osé

Te murmurer Carmen

.

couverture éter

.

Je remercie sincèrement Denis EMORINE d’avoir eu l’amitié de se livrer à ce jeu des questions-réponses.

.

Auteur, si vous aussi, vous êtes intéressé par mon écoute et la publication sur ce blog, merci de vous manifester par e-mail soit directement sur le site soit à l’adresse suivante : jlriguet@gmail.com.

La publication sur le site sera ponctuelle au gré des réceptions des questionnaires.

.

Pour se manifester si vous êtes intéressé par le questionnaire :

.

Tout sur mes livres :

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

.

Jean-Louis RIGUET 24 juin 2015

.

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres, Membre du Bottin International des Professionnels du Livre et de la Maison de l’Ecrivain et de la Littérature

Liens :

http://librebonimenteur.net/

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

http://jeanlouisriguetecriveur.blogspot.fr/

.