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N’importe quoi

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N’importe quoi

Sous ce titre « N’importe quoi », je vais écrire n’importe quoi effectivement. Je vais prendre une phrase parci, une phrase parlà, d’un livre qui raconte les Souvenirs d’un Vieux Guépin (1789-1815) ce que raconte un grand-père, dans CHRONIQUES ORLEANAISES de Charles Pilard, sûrement publié à compte d’auteur, mais que j’ai acquis à la Librairie VOLTE-PAGES à OLIVET, Place Louis Sallé, où je rencontre une charmante dame qui me comble de conseils. J’y prendrais bien mes habitudes.

A partir de maintenant, ce n’est plus moi qui écrit, je ne fais que recopier :

Voilà, mes enfants, ce que vous me répétez journellement et cela depuis longtemps.

Au sortir de son apprentissage, mon père (un maître perruquier) savait raser, coiffer, faire la queue, donner un bain, frictionner avec art – le mot massage n’était point connu. Il savait guérir les cors, oignons, oeils de perdrix et autres infirmités pédestres ou au moins atténuer les douleurs au moyen de certain savon à la prêle que les pédicures orléanais excellaient à fabriquer.

Mon père attend pendant dix ans qu’une vacance se produise.

En 1780, à la suite de la délibération de la communauté des maîtres barbiers réunie à l’Hôtel de ville, mon père est nommé syndic à la pluralité des voix, et ce grand honneur est constaté par un acte que lui délivre François Miron, conseiller du Roy et de S.A. Sérénissime premier prince du sang, duc d’Orléans, lieutenant général de la police de ladite ville.

Au sortir de chez lui, on trouvait assez facilement une place, grâce à ses recommandations qui ne faisaient jamais défaut.

La nuit, quand tout était calme, nous entendions du mail les mugissements épouvantables de la Loire en furie ; que de fois nous sommes-nous relevés et avons-nous monté les degrés qui menaient au mail ; car, il faut bien que vous le sachiez, toutes les rues qui conduisaient au mail étaient en contrebas et terminées par une série de marches de pierres.

Voilà pour aujourd’hui, la suite peut-être demain.

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Jean-Louis RIGUET

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Nouveaux Liens avis

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C’est avec un grand plaisir que je vous annonce la création :

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Je remercie sincérement ces deux organisations

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Mon histoire nipponne

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Je viens de recevoir un livre de Frédéric FAGE

publié aux EDITIONS DU MASQUE D’OR

dans la collection SAGAPO

MON HISTOIRE NIPPONNE

ISBN 978-2-36525-022-1

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Ce livre relate la vie d’un homme qui veut tout recommencer pour oublier un lourd passé.

Pour cela, il choisit un pays diamétralement opposé à son mode de vie : le Japon.

Il en perd l’amour de son amie de toujours, Justine.

Peut-on remettre tout à plat par un simple changement de décor ?

Est-ce autodestructeur ?

Récit de Psychanalyse.

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Une mise en garde de l’éditeur :

Pour lecteurs avertis

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N’hésitez pas à vous le procurer chez l’éditeur :

SCRIBO DIFFUSION

18 Rue des 43 Tirailleurs à 58500 CLAMECY

Tél.Fax : 03 86 27 96 42

email : rolletthierry@neuf.fr

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Jean-Louis RIGUET

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YouScribe et Augustin

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AUGUSTIN ma bataille de Loigny est :
Disponible chez YouScribe :
http://www.youscribe.com/catalogue/livres/litterature/romans-historiques/augustin-ma-bataille-de-loigny-2290562

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Première couverture Augustin
Première couverture Augustin

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Extrait d’AUGUSTIN ma bataille de Loigny

Intégralité du chapitre 2

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2

Les Prémices

Les jours s’étirent lentement pour qui n’a rien à faire de particulier. Je me promène dans les chemins alentour en humant l’air du moment. Il m’arrive de pousser sur plusieurs kilomètres mes pas, de m’asseoir sur une borne ou un petit tertre et de rester là à contempler la nature, à laisser vagabonder mon imagination. En cette période incertaine, mes rêveries sont souvent interrompues par les coups de canons ou les bruits des chevauchées des cavaliers militaires. Parfois, c’est réel. Parfois, c’est imaginaire. Souvent, je me laisse tellement aller que l’imaginaire est plus réel que le réel n’est imaginaire. Quand ce ne sont pas les canonnades qui me réveillent, ce sont des ouvriers agricoles ou des anciens collègues qui me demandent ce que je fais là, seul, dans la campagne, à rêvasser, avec tout ce danger qu’il y a dans le secteur. En général, je ne réponds pas, je continue. Aujourd’hui, mes pas m’ont porté à côté de chez moi, sur ma bille de bois.

Sans effort, je suis remonté en arrière, dans le temps de jadis. Je me souviens d’un épisode de ma vie. Monsieur Emile m’a conté qu’avant ma naissance, en 1756, Charles Le Juge, Seigneur de Villeprévost, a restauré et agrandi la construction. Il a aussi construit le parc en se faisant conseiller par un jardinier de Versailles, élève de Le Nôtre. Après bien des travaux et des vicissitudes financières, il en sort ruiné en 1784. N’ayant pas trouvé d’autre solution pour payer ses dettes, il vend sa propriété à Armand-François Fougeron qui est, à cette époque, Conseiller du Roi au Châtelet d’Orléans. C’est ce même Châtelet qui donne son nom aux notaires d’Orléans comme il y a les notaires du Châtelet à Paris. En novembre 1870, c’est encore cette famille qui en est propriétaire et qui, par voie de conséquence, se trouve être ma patronne. Je suis aux ordres de ses descendants Émile-Adrien Fougeron et de son épouse Marie-Amélie, après l’avoir été à ceux de Monsieur Armand-François, pendant quelques années.

Installé sur ma bille de bois, je me laisse aller dans les méandres de mes souvenirs. J’aime à me promener dans la cour et le parc, fouler les pelouses bien vertes, en forme de « Boulingrins », dominées par un magnifique platane plus vieux que moi, flâner dans le colombier à pied construit trois cents ans avant ma naissance. Sa toiture est en double pente. Une échelle tournante me permet d’aller visiter plusieurs centaines de « Boulins », ces appuis-niches dont les pigeons font leurs nids. Je passe de grands moments à contempler le cadran solaire horizontal accroché sur une colonne dans le parc. Je l’ai vu construire sur une plaque de zinc, il y a une trentaine d’années, en 1839. C’est l’œuvre du Docteur Edmond Modeste Lescarbault, médecin à Orgères-en-Beauce, enfant du pays, passionné de gnomonique et d’astronomie. Il fit la découverte de Neptune en 1846. À ce moment-là, il ne savait pas encore que sa passion le ferait mourir vieux et ruiné en 1894, après avoir néanmoins laissé plus de cent cinquante ouvrages et manuscrits.

Le dimanche, ou le soir en semaine, venu, après le travail journalier, je me promène, soit seul, soit avec mon épouse, Émilienne, de deux années plus jeune que moi. Nous nous sommes rencontré par hasard, un soir de bal à Orgères-en-Beauce. Nous nous sommes plu tout de suite. Depuis, nous ne sommes plus jamais quittés. Cela fait quarante-cinq ans désormais. Certain soir, Émilienne m’accompagne sur l’allée verte, puis nous bifurquons vers tel ou tel autre but non fixé à l’avance. De la cour d’honneur, une ligne toute droite aboutit à une échancrure dans le mur par laquelle l’on voit, chaque année, le soleil disparaître à l’horizon, le soir du 15 août. Ce jour-là, c’est la fête de la femme de Charles Le Juge, le précédent propriétaire. Nous l’avons bien connue et depuis, chaque soir du 15 août, nous allons voir le soleil descendre puis s’éteindre au loin dans le ciel. C’est une sorte de pèlerinage annuel que nous ne manquerions sous aucun prétexte. Malgré le contexte inquiétant cette année, nous l’avons fait le 15 août dernier. Il faisait beau ce soir-là. Nous en avions profité longuement.

Fin août ou début septembre, je ne sais plus, nous avons entendu parler d’une dépêche qui allait mettre le feu aux poudres. On n’a jamais su très bien de quoi il s’agissait, car nous n’avons les nouvelles que par oui dire. C’est souvent Monsieur Fougeron qui nous informe, quelquefois on nous donne une feuille de journal. Toujours est-il que Napoléon III a fini par déclarer la guerre à la Prusse à la suite de cette dépêche. C’est sûrement la faute à Bismarck qui, ayant besoin d’une guerre pour retrouver l’unité perdue de son peuple, a déformé les propos contenus dans la dépêche d’Ems pour provoquer Napoléon III qui se prend au jeu. Ce dernier se lance dans l’aventure alors que son armée n’est pas préparée. Dès le départ, le combat est inégal. D’un côté, l’alliance germano-prussienne compte 800.000 hommes, de l’autre côté, la France ne peut en aligner que 250.000. Il faut un mois et demi, à peine, pour que les armées prussiennes encerclent Sedan et capturent Napoléon III qui capitule et est fait prisonnier. Alors, l’Assemblée législative proclame la fin de l’Empire et le début de la Troisième République. Paris se retrouve encerclé par les troupes prussiennes. Nous sommes en septembre 1870. Je ne sais pas encore que le gouvernement provisoire de la France acceptera de payer une forte indemnité, la présence d’une armée d’occupation, la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, en échange de la Paix. En 1871, la défaite française sera concrétisée par l’évacuation de Verdun par les troupes allemandes et la France, certes plus petite, recouvrera son autonomie. Cela, je ne l’apprendrais que bien plus tard, après qu’il nous fut arrivé toutes sortes de péripéties.

L’après-midi écoulé au rythme de mes pérégrinations, mes pensées étant revenues en accord avec le présent vivant, ce soir, 9 novembre 1870, nous, Émilienne et moi, avisons un banc sur lequel nous allons nous asseoir, la main dans la main comme autrefois, quand nous étions jeunes. C’est une occasion à ne pas manquer qui nous permet d’échanger, dans un moment de calme qui est en opposition avec l’activité de la journée. En effet, depuis quelques jours, on imagine, on sent, on sait qu’il va se passer quelque chose. Ce sera dur, tragique, sanglant. La plaine en est consciente, complètement imprégnée et dans l’attente. Elle ne sait pas ce qu’elle attend. Mais elle sent qu’elle va payer. Quoi ? Elle ne devine pas. Elle n’imagine pas. Elle ne veut pas. Elle subira comme d’habitude. Quand les hommes décident d’en découdre, rien ne les arrêtent. Au loin, le canon tonne. On sent bien que l’atmosphère est à la guerre. Les mouvements de troupe nous sont rapportés. Des batailles ont lieu vers l’ouest. Et aussi à Orléans. Mais notre petit secteur local est pour l’instant un peu épargné.

– Tu sais, Augustin, je suis très inquiète de la situation actuelle, dit doucement Émilienne.

– Moi aussi, je suis inquiet. La situation n’est pas bonne. Toutes les nouvelles qui nous viennent d’Orléans sont mauvaises. Ces dernières années, nous avons vu beaucoup de choses au niveau national. Par exemple, en février 1848, à l’arrivée d’un train du matin, les Orléanais ont appris que Paris s’était soulevé. Notre jeunesse, si calme d’habitude, a cassé des réverbères. Ces manifestations violentes ont entraîné la dissolution du Conseil Municipal, alors que des travaux importants avaient été entrepris pour lutter contre le chômage. Les ateliers ouverts à cette occasion n’ont pas tenu. Ils ont connu la ruine.

– Je m’en souviens, continue Émilienne. Le fils du père François, tu sais François le boiteux, a été du voyage lui aussi. Quatre mois qu’il a travaillé, puis, hop, le chômage. Tu parles d’une affaire !

– Après, en décembre 1851, c’est Louis-Napoléon qui a fait son coup d’État. Après avoir appris l’annonce, tu te souviens, quatre cents Orléanais ont envahi la mairie. Ils avaient tous une inscription au chapeau. « Constitution Républicaine » qu’il y avait de marqué dessus. Le Général Grand n’a pas fait de détail. Il a envoyé ses soldats. Il en a fait arrêter cinquante-trois. Heureusement que le Second Empire s’est révélé plus tranquille dans notre région. On a même connu un peu de richesse. Orléans a conservé son député pendant dix-sept ans, le même. Tu te souviens, on ne pouvait plus se déplacer dans Orléans sans être ennuyé par des travaux. Tout y est passé : l’eau potable, le pavage des rues, les canalisations et les égouts, un lycée, les mails. Même l’Évêque a vu le clocher de sa cathédrale Sainte-Croix refait avec en dessous la pose des vitraux du chœur. Également, la Place du Martroi a vu sa statue de Jeanne d’Arc changée en 1855.

– C’est bien vrai que c’était un drôle de chantier à cette époque. On ne savait pas où garer sa carriole ni laisser son cheval. C’est un peu plus tôt que le train est arrivé à Orléans. En 1843. On avait tous peur de cette grosse bête de fer qui faisait du bruit et crachait de la vapeur à qui mieux mieux. C’est depuis ce temps qu’Orléans décline. C’est le Chemin de Fer qui a tout cassé.

– Auparavant, Orléans était une ville très prospère. La dixième ville, peut-être même la neuvième, la plus riche de France ! Aujourd’hui, en 1870, le classement a baissé, à peine la quinzième, peut-être même pas, je ne sais pas. La ville a complètement raté la croissance qu’il y a eu dans la France entière et même, si on va par-là, la croissance de l’Europe. Les entreprises ont toutes fermé leurs portes pour la plupart. Avant, Orléans était un point de passage obligatoire entre La Loire et la Seine, par l’intermédiaire des canaux. Tout le sucre des Antilles remontait jusqu’à Orléans où il y avait le poste de douane. Les Nantais n’étaient pas contents de cette situation. En revanche, nous, on en a profité pendant de belles années. Certes, la navigation sur la Loire n’était pas de tout repos. Elle était, elle est d’ailleurs toujours, très difficile à cause de ses sautes d’humeur. Mais les mariniers de Loire y arrivaient. Depuis Nantes, ils transportaient du sel, des ardoises d’Angers, du sucre des Îles et ils descendaient du vin de Touraine. Du Midi, par Roanne, arrivaient des vins, du charbon et diverses marchandises. Et tout ça était transformé, raffiné, puis envoyé et marchandé sur Paris. Par contre, depuis que le train nous relie à Paris et aussi relie les autres villes d’importance entre elles, les industries de transformation, les vinaigreries, les raffineries, les bonneteries, les maisons de commerce ont fermé leurs portes. Leurs propriétaires et dirigeants ont préféré aller à la chasse en Sologne avec le magot qu’ils avaient accumulé auparavant. C’est-y pas malheureux !

– Oui, tout s’est effondré. Il n’y a plus de grand négoce à Orléans. Ah, tiens, voilà Monsieur et Madame Fougeron qui prennent le frais eux aussi. Bonsoir, Madame, Bonsoir, Monsieur.

– Bonsoir, Émilienne, bonsoir, Augustin. Il fait bon ce soir, vous avez bien raison de profiter de cette douceur de novembre, car cela ne va pas durer. Le brouillard est froid le matin.

– Bonsoir, Madame, bonsoir, Monsieur, dis-je. Merci. C’est vrai que nous en profitons et puis, dans un moment, nous irons manger la soupe. Avec l’Émilienne, on parlait de la situation qui nous inquiète beaucoup. Surtout que l’on ne sait pas tout et que l’on ne comprend pas tout.

– Vous avez raison. Avec tous ces changements, on ne sait pas où l’on va. La République, la Troisième, vient d’être proclamée en septembre, après la défaite de Sedan, et nous sommes toujours en guerre. En province, les responsables politiques sont plutôt favorables à une paix avec les Prussiens, mais ce ne semble pas être le cas de Gambetta qui organise une défense nationale. Il est en train de faire un tour de France. Comme l’armée prussienne assiège Paris depuis septembre dernier, il a été obligé de partir en ballon, « l’Armand Barbès », pour rallier Tours. Il a mis une journée entière. Avec la délégation gouvernementale, Gambetta a ordonné l’organisation de l’armée de La Loire à partir de diverses troupes, les rappelés d’Algérie, les soldats des dépôts, les réservistes. C’est le général Joseph Edouard de La Motte-Rouge qui la commande, mais il a peu d’officiers ayant déjà servis, avec des soldats sans grande expérience et une toute petite artillerie. Je ne donne pas bien cher du succès de cette aventure. D’ailleurs, depuis, l’ennemi s’approche d’Orléans. Je ne sais pas si vous savez, mais les troupeaux ont été emmenés sur la rive gauche de la Loire. Le Général De Polès commande. Le général Peytavin assurait la défense d’Orléans. Depuis, il a été remplacé par le général Faye.

Un énorme éclatement d’obus se fait entendre. Plus près que les autres. En effet, pendant que l’on reste là à deviser calmement, le canon gronde tout alentour, principalement dans la direction de Châteaudun et aussi à l’opposé, du côté de Pithiviers.

– 10 ou 12 kilomètres d’ici. C’est la distance que j’estime de cet obus. Au son, je crois qu’il s’agit d’un tir des prussiens, reprend Monsieur Fougeron. Il ne reste plus que deux ponts à Orléans. La ville a été laissée aux soldats. Des combats ont lieu dans la forêt d’Orléans. Pithiviers est tombée. Puis, le général de Lamotte-Rouge a pris le commandement, à la suite d’un cafouillage au niveau le plus haut, pour défendre de nouveau la ville. Il a ordonné une offensive sur Toury et repoussé les Prussiens en dehors du Loiret sur le territoire de l’Eure et Loir. Il y a des combats sur Artenay, Cercottes, sur tout le côté nord-est de chez nous. Nous sommes entourés de toute part. Les forces sont inégales. Le Général Von der Tann dispose de 15000 bavarois et de cent canons. Lamotte-Rouge n’a que 10000 hommes et une vingtaine de canons.

– Effectivement, la différence est sensible et pas à notre avantage, me permets-je de dire. Pourtant, on entendait moins les canons ces derniers jours. On croyait que c’était plutôt sur Orléans que les combats étaient plus fournis. On espérait être épargnés.

– Vous avez raison. C’est Orléans qui trinque, si je puis dire, en ce moment. Les Bavarois ont envahi la ville, ont pillé les épiceries, saccagé tous les commerces de bouche. Le général Von der Tann exige d’ailleurs une rançon. 1500000 francs, je crois, plus 500000 réquisitions en nature. À la suite de négociations entre les Bavarois, qui sont catholiques, et Monseigneur Dupanloup, notre archevêque, avec Adolphe Crespin, en raison de la correspondance épistolaire qu’il entretient avec la reine de Prusse, le général Von der Tann a réduit ses prétentions à 1000000 Francs. Le maire d’Orléans a mis deux jours pour réunir la rançon et pour payer.

– Alors, comme ça, dit Émilienne, on va capituler devant les Prussiens ! On ne va pas riposter ! Et en plus, ils vont nous mettre à l’amende !

– Ce n’est pas si simple, dit Monsieur Fougeron. L’armée de la Loire s’est repliée du côté de la Ferté-Saint-Aubin. Aujourd’hui, c’est Aurelle de Paladines qui est à sa tête. Il a l’appui de quelques francs-tireurs. Il contre-attaque à l’ouest et à l’est, en ce moment même. Les troupes font le maximum pour bouter dehors les Prussiens, mais elles sont fatiguées, mal armées et l’artillerie fait défaut.

– Il commence à faire froid, dit Madame Fougeron. J’aimerais que nous puissions rentrer.

– Oui, bien sûr. Bonsoir, Émilienne, bonsoir Augustin.

– Bonsoir, Madame, bonsoir, Monsieur, nous allons rentrer, nous aussi. Je crois que l’on va faire un feu en attendant que chauffe la soupe. Tu viens, Émilienne, on va rentrer chez nous.

Sur le chemin du retour, Émilienne me dit :

– Tu as vu comme ils étaient bien habillés ?

– Oui, j’ai vu, dis-je dubitatif.

C’est vrai qu’ils sont toujours bien vêtus, Monsieur et Madame Fougeron. Madame suit à peu près la mode qui nous vient de Paris, du moins celle dont nous pouvons avoir connaissance. Ses robes ont une certaine élégance, faite de simplicité, en soie ou en toile, mais sans ornement. Les corsages se portent sur les épaules, sans jabot ou dentelles. Peu à peu, nous avons vu la crinoline remplacer le jupon. Monsieur revêt des habits noirs, avec une veste large sur une chemise ornée d’une cravate blanche jusqu’au col. Entre les deux, il porte un gilet droit discrètement bardé de boutons. Son pantalon est droit et ses bottes noires sont vernies. Quand il fait froid, il recouvre le tout d’un paletot ou d’une redingote.

Au fil du temps, en regardant Madame Fougeron, Émilienne me fait remarquer que le drapé revient pour les robes, les capes, châles et capelines, que les chapeaux s’élargissent et qu’il y a de plus en plus de bijoux. Les rayures font leur apparition, de même que les robes avec jupe et corsage cousus. Elle ne sait pas encore que, quelques années après, la robe s’ajuste au corps, les chapeaux reviennent petits, garnis de fleurs ou de voiles. Alors, les manteaux s’allongent et se portent assortis à la robe. Pour les hommes, la tenue reste sobre, gagne en ampleur. Le nœud papillon arrive. La coiffe est toujours le haut-de-forme noir.

Nous restons silencieux à l’évocation des beaux atours. Évidemment, Émilienne et moi ne peuvent envisager, un seul instant, de se vêtir ainsi. Notre pauvreté est grande et notre richesse petite. Mais nous n’envions pas. Nous contemplons simplement. Cela ne coûte rien.

Chez nous, ce n’est pas bien grand. Dans une branche des communs, Monsieur Fougeron nous a autorisés à occuper deux pièces sans confort. Une grande salle de séjour au centre de laquelle trône une grande table en bois d’arbre, bien épaisse, qu’escortent deux grands bancs en bois aussi. Ce sont des bancelles, avec des empiètements en biais groupés par deux et solidifiés par une barre transversale. Les deux paires d’empiétements sont elles-mêmes solidifiées par une barre transversale.[1] Sur le pignon, une grande cheminée permet non seulement de chauffer les deux pièces mais aussi de cuire. Un buffet en noyer noueux habille un mur. L’autre pièce est affectée à la chambre à coucher, qui ne reçoit qu’un lit sans sommier, une paillasse pas bien large pour que l’on puisse avoir chaud en se serrant l’un contre l’autre. Deux trépieds en cerisier noueux nous servent de reposoir de chaque côté du lit. On s’éclaire à la bougie et on a l’eau du puits. Une espèce de placards permet de poser nos quelques hardes. C’est presque le luxe, car notre logis est pris dans les communs du château.

– Augustin, tu as entendu ce qu’a dit Monsieur Émile : la troupe va bientôt venir jusque chez nous puisque l’armée de la Loire attaque vers l’ouest d’Orléans.

– Oui, je crois que nous allons y avoir droit assez rapidement, sûrement dans les jours qui viennent. Je ne sais pas ce que décideront alors de faire Monsieur et Madame Émile. Si tu allais chercher Ferdinand et Ernestine, nous pourrions prendre la soupe ensemble et les informer des nouvelles.

– C’est une bonne idée. Je vais les chercher. Je reviens. Tu n’as qu’à mettre les assiettes sur la table quand ton feu sera bien pris. La soupe sera vite prête.

Émilienne enfile un vêtement chaud et s’élance dans la cour. Ferdinand et Ernestine habitent aussi une partie des communs du château avec leur fille Louise. Ferdinand a eu quarante ans cette année. Il est à la fois jardinier, chargé de l’écurie, des animaux, des carrioles. C’est un domestique attaché au château. C’est un homme à tout faire. Un peu comme moi, quoique j’étais plus sur la ferme et la marche de celle-ci. Sa femme, Ernestine, a deux ans de moins que son mari. Elle est la cuisinière du château. Leur fille, Louise, qui vient d’avoir vingt ans, est au service de Madame Fougeron pour tout ce qui se trouve à l’intérieur de la gentilhommière. Nous nous entendons bien et c’est tant mieux car les adversités ne manquent pas.

Après avoir mis les assiettes sur la table, je vais chercher une bouteille de vin rouge d’Orléans-Cléry, élevé de l’autre côté de la Loire, quelques noix, des châtaignes cuites de ce matin et un jus de pommes de Semoy pour Louise. Déjà, Émilienne revient.

– Ils arrivent dans un quart d’heure. Cela leur fait plaisir de venir discuter un peu. De plus, Ernestine n’avait pas encore commencé à faire à manger. Elle est contente de l’aubaine.

– Tant mieux, et nous, nous passerons une bonne soirée.

Tandis qu’Émilienne s’affaire pour faire chauffer la soupe, je me mets en peine de casser avec un petit marteau la coque de quelques noix et de décortiquer la peau des châtaignes. Au bout de quelques minutes, nos voisins arrivent avec leur bonne humeur mais aussi leur appréhension des événements.

– Bonjour, Augustin, dit Ferdinand, comment vas-tu depuis hier. Je ne t’ai pas vu aujourd’hui. Où étais-tu donc passé ?

– Je suis allé voir le grand champ de l’autre côté de la route pour savoir ce que l’on pourra bien y semer le moment venu. Il m’a fallu réfléchir un peu. Normalement, la première année on récolte des céréales d’hiver, la deuxième année des céréales de printemps et la troisième c’est la jachère. Cependant, je crois que pour ce champ, cela fait trois ans qu’il est en jachère. Je pense qu’il ne sera pas mal pour le blé d’hiver.

– Tu as raison, cela doit bien faire trois ans. Mais, ce n’est pas un peu tard pour le blé d’hiver ?

– Si, c’est trop tard. Je vais devoir prendre la décision de faire du blé ce printemps.

– À condition que l’on y arrive au printemps, Augustin, avec tout ce qui se passe en ce moment, réplique Ernestine. Bonjour, tu vas bien ?

– Oui, bonjour, Ernestine. Ah ! Louise, bonsoir, tu embellis de jour en jour.

– Veux-tu te taire, Augustin ! Espèce de gros dragueur, ce n’est plus de ton âge, monte la garde aussitôt Émilienne.

– Bonsoir, Augustin, merci pour le compliment, susurre Louise.

C’est vrai que la petite, comme on l’appelait autrefois, a bien profité. Elle n’est pas très grande mais est devenue bien gironde. Elle a ce qu’il faut là où il faut, le sait et ne se gêne pas pour le mettre en valeur. Elle a des cheveux châtains foncés longs jusqu’aux épaules. Et des yeux verts coquins, à faire damner un saint. Sans oublier ces petites fossettes qui lui font un sourire taquin. Louise n’est pas exactement la fille d’Ernestine et Ferdinand. Malheureusement, ils n’ont pas pu avoir d’enfant. Elle n’a pas été adoptée par eux non plus. Elle a été recueillie quand elle n’avait pas encore un an. On avait appris depuis cette période où Ferdinand l’avait trouvé dans le fossé que sa mère était décédée suite à ses couches. On ne lui connaît pas de père. Sûrement une aventure d’un soir, féconde hélas ! Louise a de temps en temps un ami de trois ans son aîné. Fernand qu’il s’appelle. Il est garçon de ferme et réside provisoirement au château, dans une mauvaise pièce aménagée au-dessus des écuries. Les relations entre Louise et ses parents nourriciers, si l’on peut dire, ne sont pas faciles. Louise a son caractère et Ernestine aussi. Ils font avec.

– Alors, Augustin, quelles sont les nouvelles ? Je vous ai vu parlé avec Monsieur Émile tout à l’heure, je suppose qu’il avait des informations, questionne Ferdinand.

– Elles ne sont pas fameuses. Orléans est à la peine. Des magasins ont été pillés. Les Bavarois occupent la ville. Gambetta fait des voyages en ballon pour prendre des décisions avec la délégation gouvernementale. Mais le succès est rare. Il y a eu une bataille à Artenay, perdue. Il y a eu une bataille à Coulmiers, perdue. Il y a eu une bataille à Orléans, perdue. Même les troupeaux sont passés au sud de la Loire. Pithiviers est tombée. Il n’y a qu’à Toury que l’on a repoussé l’ennemi. Pour l’instant, nos soldats seraient du côté de La Ferté-Saint-Aubin.

– Pas réjouissant, tout cela… ! Pour nous remonter le moral, verse un verre de vin. Dans quelques minutes, les femmes, vous servirez la soupe et nous ferons chabrot.

– Non, mais, dis donc, nous ne sommes pas à tes ordres ! le rabroue Ernestine. Nous ferons comme nous le voudrons.

– Je disais ça pour vous taquiner un peu. Ne m’en veuillez pas ! s’excuse Ferdinand.

– Je ne sais pas ce que fera Monsieur Émile en cas d’attaque proche. Peut-être qu’il fera comme à la fin du siècle précédent ?

– Ben, qu’a fait le seigneur des lieux à l’époque ? Raconte-nous, nous nous coucherons ce soir moins bête.

– En janvier 1798, dans la nuit du 15 au 16 Nivôse An VI de la République, il y a eu l’affaire des « Chauffeurs d’Orgères ». C’est mon père qui m’a raconté cela, car je n’étais pas encore né et je n’étais même pas une lueur d’espoir dans le ventre de ma mère. Je suis de 1800 tout rond. En fait, c’était des brigands, une bande bien organisée. La Beauce, qui est tranquille aujourd’hui, mis à part la guerre prussienne, a eu des années sanglantes. Une véritable tribu terrorisa la Beauce.

– Continue, développe un peu, merci d’avance, demande Louise.

– La bande était composée d’hommes, de femmes et mêmes d’enfants. Ils tuaient, volaient, pillaient, assassinaient. Il y avait des chefs, des sous-chefs, des gardes-magasins, des espions. Les chemins étaient alors, à cause d’eux, devenus peu sûrs. Chaque membre de la bande savait ce qu’il avait à faire. Pour entrer dans les maisons ou les fermes, ils n’hésitaient pas à fracturer les portes, à escalader les murs, les toits, à défoncer les portes avec un bélier. Ils assommaient les gens, les bâillonnaient, les enfermaient dans les caves, parfois leur coupaient la gorge. Ils violaient les femmes et les jeunes filles. Ils avaient une technique bien particulière pour faire parler les victimes. Elle était imparable. Les brigands, dont la figure était toujours passée à la suie ou en tout cas avec quelque chose de noir, allumaient un feu, grand de préférence. Ils attrapaient le maître des lieux et lui chauffaient les pieds avec des tisons ou de la braise. Tout cela, dans l’espoir de faire parler la victime qu’ils avaient choisie. Ce qu’ils voulaient, c’était de l’argent. Si le maître des lieux ne parlait pas, ils passaient à la vitesse supérieure. Ils arrosaient alors ses pieds avec de l’eau-de-vie. Ils attrapaient, à deux, le malheureux qui se débattait comme il le pouvait, et présentaient ses pieds au-dessus de la flamme dans la cheminée. Après quelques brûlures et sûrement beaucoup de cris, la victime indiquait où se trouvait le butin. Il n’y avait pas d’échec.

– C’est t-y pas malheureux d’entendre ça quand même, se lamente Ernestine.

Après un moment de silence, pendant lequel les personnes autour de la table tentent de visionner ce que je viens de dire, je continue :

– Dans la grande tradition du banditisme sous l’ancien régime, c’était Fleur d’Epine qui avait fédéré une bande malfaisante. Il s’était installé à Orgères-en-Beauce. Dans cette période troublée par la Révolution, Fleur d’Epine s’est senti l’âme d’un politique et s’est acoquiné avec des conspirateurs royalistes. Il n’a pas eu grand avenir puisqu’il fut arrêté à Versailles en juillet 1792 et égorgé pendant les massacres de septembre. C’est alors que son bras droit, François Girodot, surnommé le « Beau François », prit la direction de la bande qui était forte d’environ quatre cents membres, dont un quart de femmes. S’appelant eux-mêmes les « Pingres », ils ont sévi de 1792 à 1798. La bande était superbement organisée. Le jour, les membres avaient des activités parfaitement respectables  au vu et au su de tout le monde.

– Comme quoi par exemple ? questionne Ferdinand.

– Je ne sais pas moi : des artisans, des commerçants. Que pourrais-je vous citer ? Attends… je réfléchis… des tonneliers, des vignerons,… des cafetiers, des charcutiers, des épiciers,… des forgerons, et même des ouvriers agricoles. Il y avait également des officiers, des prêtres, des instituteurs, et même un garde-champêtre. Vous vous rendez compte des officiers, un garde champêtre ! Tout ce petit monde faisait ses coups la nuit sous la direction du Beau François. Son bras droit était un homme d’une cruauté inimaginable. Il s’appelait « le Rouge d’Auneau ». La bande a ainsi écumé, pendant plusieurs années, les bourgeois, les châtelains, les gendarmes, parfois de pauvres bougres. Leur secteur d’activités était grand, particulièrement en Eure-et-Loir et dans le Loiret, toute la portion comprise entre Orléans, Chartres, Pithiviers et Marchenoir.

– Et cela a duré longtemps, interroge Ferdinand ?

– Tout a une fin bien sûr. Un jour, la bande a attaqué une ferme entre Pourpry et Sougy. Nicolas Fousset, le propriétaire d’un riche domaine, Le Millouard, fut torturé avec une telle violence qu’il en mourut quelques jours plus tard. Compte tenu de la qualité de cet homme, qui était très apprécié dans la région, et l’émotion dans la population étant très grande, une enquête fut diligentée avec beaucoup de sérieux sous la pression insistante des villageois locaux. Le commencement de la fin avait sonné pour les Chauffeurs d’Orgères. Un vagabond fut arrêté par les gendarmes, puis interrogé sans ménagement. Il craqua et indiqua qu’il faisait partie de cette bande. Le vagabond avait pour nom « Germain Bouscand » dit le « Borgne de Jouy ». Il ne résista pas longtemps et se montra assez loquace pour révéler des noms et des renseignements sur plus d’une centaine de personnes. Le Beau François a été arrêté une première fois, avec un de ses adjoints, à la foire d’Étampes en juillet 1797. Condamnés à quatorze ans de fers, tous les deux réussissent à s’évader début août mais furent repris le 3 mars 1798.

– Il semble à t’attendre dire les noms que les membres en aient eu de bariolés, dit Ferdinand. As-tu des exemples ?

– Il y avait là des personnes dont les noms sentent bon l’arnaque : « Fleur d’Épine », Nicolas Tincelin dit « Jacques de Pithiviers » ou le « Père des Mioches », Robert Jean-Bernard dit « Jean le Canonnier », François Ringuette dit « Le Rouge d’Auneau ». Attends un peu… Il y avait aussi Richard Jacques dit « Le Borgne du Mans » avec son visage vérolé… et aussi Madeleine Barruet dite « la Grande Marie » avec sa face vigoureuse,… ou encore François Théodore-Pelletier, avec son curieux faciès car sa tête avait été enserrée dans un carcan quand il était enfant pour diminuer l’ampleur de sa dentition.

– Cela me fait froid dans le dos, commente Émilienne.

– L’enquête fut dirigée par le Juge de Paix d’Orgères, qui n’était autre qu’Armand-François Fougeron, propriétaire du château de Villeprévost, celui-là même où nous nous trouvons. Notre Juge y mit tout son honneur personnel et désigna pour mener l’enquête une personne de Nogent-le-Rotrou, le commandant de brigade Vasseur. Mon père m’a dit que c’était un grand type, sans peur. Du haut de son mètre quatre-vingts, il avait acquis une aura de bravoure en arrêtant une bande de malfrats dans la Forêt de Senonches. Se fiant aux indications données par le vagabond, dit « Le Borgne de Jouy », et peut-être un peu aussi celles révélées par la femme Bire, notre commandant de brigade, avec l’aide de trente gendarmes et de soixante hussards, dont les pieds des chevaux avaient été enveloppés de chiffons pour limiter les bruits ambiants, s’est invité en flagrant délit dans un coup d’importance de la bande. Le résultat, après quelques heures de lutte, est l’arrestation, de nuit, dans le bois de Méreville, du Beau-François et d’une trentaine de ses compagnons. La bande avait prévu cette nuit-là l’attaque du château de Faronville, près de Toury, et de plusieurs fermes de la région. Normalement, il devait s’agir de la dernière grosse affaire du Beau François qui envisageait alors de changer de région.

– Alors ça, c’est quand même pas de chance pour lui, dit Ferdinand.

– Non, mais tu exagères, s’insurge Ernestine. C’était bien fait pour lui. Il n’allait quand même pas continuer éternellement. Excuse-moi, Augustin, continue.

– C’est le Juge de Paix du canton d’Orgères qui fut chargé de l’instruction de cette affaire sous le titre de « Chauffeurs d’Orgères ». Armand-François Fougeron, le Juge en question, avait été quelques années auparavant conseiller de Louis XVI. À la libération des geôles révolutionnaires, il était venu se faire oublier dans son château de Villeprévost. À cette période, le château était bondé de plusieurs centaines de personnes. En effet, les brigands, plus de trois cents, étaient parqués dans les caves. Bien entendu, ils n’y étaient pas tous en même temps car, même en les tassant les uns sur les autres, l’endroit, comme vous le savez, ne pouvait recevoir plus d’une quarantaine de personnes à la fois. Un détachement de gendarmerie et deux pelotons du Deuxième Régiment de Hussards montaient la garde. Les interrogatoires se déroulèrent pendant plus de trois mois, du 30 janvier au 2 mai 1798. Le chef, le « Beau François », fut interrogé le 10 février 1798. Son second, le « Rouge d’Auneau » réussit l’exploit de recevoir treize condamnations à mort et cent soixante-dix-huit années de bagne. Il y eut cent vingt-cinq jours d’enquête et plus de trois cents arrestations. Finalement, quatre-vingt-deux personnes ont été jugées à Chartres les 11 et 14 octobre 1799.

– Rien que cela ! Trois cents arrestations !

– Oui, trois cents. Devant la volonté de la puissance publique d’un retour à la paix civile, se voulant exemplaire, le procès des « Chauffeurs d’Orgères » se termina, le 4 octobre 1800 par la décapitation de vingt-trois bandits, hommes et femmes, habillés de la camisole rouge des parricides, sur l’échafaud construit sur la Place des Épars à Chartres, dans l’allégresse des centaines de Beaucerons présents, venus de toutes parts. C’était des cris de joie mais aussi des soupirs de soulagement. Ceux qui avaient échappé à la mort furent envoyés au bagne ou dans des maisons de force. Cependant, il y en avait un qui a échappé à ce supplice, c’est le « Beau François ». Il avait réussi à s’évader de la prison de Chartres.

– Il y a eu une justice en tout cas, approuve Ernestine. Mais lui, le « Beau François » n’en a rien subi, c’est-y pas malheureux !

– Plus tard, la justice a décidé de faire porter des masques mortuaires des vingt-trois condamnés à mort pour qu’ils soient exposés au château de Villeprévost. Ainsi, la population a pu être informée et édifiée sur cette exécution à caractère social.

– C’est curieux comme idée, commente Ferdinand. Je n’y aurais pas pensé.

– Pour la petite histoire, le Beau François avait réussi à s’échapper au cours de l’instruction. Mais il fut de nouveau arrêté le 22 novembre 1800 dans les Deux-Sèvres. Il a été fusillé sur place, sans sommation ni autre procès, avec une bande d’une dizaine de brigands, détrousseurs de diligences et autres passants sur les chemins du Poitou.

– Tant mieux, dit Émilienne, bon débarras.

Un silence, presque religieux, suit pendant plusieurs minutes. Puis, je reprends :

– Bon, dites-donc, je parle, je parle. Mais il commence à se faire tard, bientôt minuit. Il faut que nous allions nous reposer car nous ne savons pas comment demain sera.

– Merci, Augustin, pour cette narration pleine de détails. Je ne connaissais point cet épisode. Nous allons nous retirer avec l’Ernestine et la Louise. Merci, aussi Émilienne pour la soupe. Allez, bonne nuit à tous les deux.

– Bonne nuit à vous aussi, à demain.

Après un bout de rangement de la table, Émilienne s’éloigne lentement vers la chambre, un brin coquine. Elle s’empresse ensuite, dès mon corps allongé à côté du sien, de mettre à exécution sa pensée lubrique et d’entreprendre des « agueroinchettes » (caresses) pour mon plus grand bien.


[1] D’après l’œuvre de Gaston Couté.

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison des Ecrivains et de la Littérature

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Première couverture Augustin
Première couverture Augustin

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Extrait d’AUGUSTIN ma bataille de Loigny

Intégralité du chapitre 2

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2

Les Prémices

Les jours s’étirent lentement pour qui n’a rien à faire de particulier. Je me promène dans les chemins alentour en humant l’air du moment. Il m’arrive de pousser sur plusieurs kilomètres mes pas, de m’asseoir sur une borne ou un petit tertre et de rester là à contempler la nature, à laisser vagabonder mon imagination. En cette période incertaine, mes rêveries sont souvent interrompues par les coups de canons ou les bruits des chevauchées des cavaliers militaires. Parfois, c’est réel. Parfois, c’est imaginaire. Souvent, je me laisse tellement aller que l’imaginaire est plus réel que le réel n’est imaginaire. Quand ce ne sont pas les canonnades qui me réveillent, ce sont des ouvriers agricoles ou des anciens collègues qui me demandent ce que je fais là, seul, dans la campagne, à rêvasser, avec tout ce danger qu’il y a dans le secteur. En général, je ne réponds pas, je continue. Aujourd’hui, mes pas m’ont porté à côté de chez moi, sur ma bille de bois.

Sans effort, je suis remonté en arrière, dans le temps de jadis. Je me souviens d’un épisode de ma vie. Monsieur Emile m’a conté qu’avant ma naissance, en 1756, Charles Le Juge, Seigneur de Villeprévost, a restauré et agrandi la construction. Il a aussi construit le parc en se faisant conseiller par un jardinier de Versailles, élève de Le Nôtre. Après bien des travaux et des vicissitudes financières, il en sort ruiné en 1784. N’ayant pas trouvé d’autre solution pour payer ses dettes, il vend sa propriété à Armand-François Fougeron qui est, à cette époque, Conseiller du Roi au Châtelet d’Orléans. C’est ce même Châtelet qui donne son nom aux notaires d’Orléans comme il y a les notaires du Châtelet à Paris. En novembre 1870, c’est encore cette famille qui en est propriétaire et qui, par voie de conséquence, se trouve être ma patronne. Je suis aux ordres de ses descendants Émile-Adrien Fougeron et de son épouse Marie-Amélie, après l’avoir été à ceux de Monsieur Armand-François, pendant quelques années.

Installé sur ma bille de bois, je me laisse aller dans les méandres de mes souvenirs. J’aime à me promener dans la cour et le parc, fouler les pelouses bien vertes, en forme de « Boulingrins », dominées par un magnifique platane plus vieux que moi, flâner dans le colombier à pied construit trois cents ans avant ma naissance. Sa toiture est en double pente. Une échelle tournante me permet d’aller visiter plusieurs centaines de « Boulins », ces appuis-niches dont les pigeons font leurs nids. Je passe de grands moments à contempler le cadran solaire horizontal accroché sur une colonne dans le parc. Je l’ai vu construire sur une plaque de zinc, il y a une trentaine d’années, en 1839. C’est l’œuvre du Docteur Edmond Modeste Lescarbault, médecin à Orgères-en-Beauce, enfant du pays, passionné de gnomonique et d’astronomie. Il fit la découverte de Neptune en 1846. À ce moment-là, il ne savait pas encore que sa passion le ferait mourir vieux et ruiné en 1894, après avoir néanmoins laissé plus de cent cinquante ouvrages et manuscrits.

Le dimanche, ou le soir en semaine, venu, après le travail journalier, je me promène, soit seul, soit avec mon épouse, Émilienne, de deux années plus jeune que moi. Nous nous sommes rencontré par hasard, un soir de bal à Orgères-en-Beauce. Nous nous sommes plu tout de suite. Depuis, nous ne sommes plus jamais quittés. Cela fait quarante-cinq ans désormais. Certain soir, Émilienne m’accompagne sur l’allée verte, puis nous bifurquons vers tel ou tel autre but non fixé à l’avance. De la cour d’honneur, une ligne toute droite aboutit à une échancrure dans le mur par laquelle l’on voit, chaque année, le soleil disparaître à l’horizon, le soir du 15 août. Ce jour-là, c’est la fête de la femme de Charles Le Juge, le précédent propriétaire. Nous l’avons bien connue et depuis, chaque soir du 15 août, nous allons voir le soleil descendre puis s’éteindre au loin dans le ciel. C’est une sorte de pèlerinage annuel que nous ne manquerions sous aucun prétexte. Malgré le contexte inquiétant cette année, nous l’avons fait le 15 août dernier. Il faisait beau ce soir-là. Nous en avions profité longuement.

Fin août ou début septembre, je ne sais plus, nous avons entendu parler d’une dépêche qui allait mettre le feu aux poudres. On n’a jamais su très bien de quoi il s’agissait, car nous n’avons les nouvelles que par oui dire. C’est souvent Monsieur Fougeron qui nous informe, quelquefois on nous donne une feuille de journal. Toujours est-il que Napoléon III a fini par déclarer la guerre à la Prusse à la suite de cette dépêche. C’est sûrement la faute à Bismarck qui, ayant besoin d’une guerre pour retrouver l’unité perdue de son peuple, a déformé les propos contenus dans la dépêche d’Ems pour provoquer Napoléon III qui se prend au jeu. Ce dernier se lance dans l’aventure alors que son armée n’est pas préparée. Dès le départ, le combat est inégal. D’un côté, l’alliance germano-prussienne compte 800.000 hommes, de l’autre côté, la France ne peut en aligner que 250.000. Il faut un mois et demi, à peine, pour que les armées prussiennes encerclent Sedan et capturent Napoléon III qui capitule et est fait prisonnier. Alors, l’Assemblée législative proclame la fin de l’Empire et le début de la Troisième République. Paris se retrouve encerclé par les troupes prussiennes. Nous sommes en septembre 1870. Je ne sais pas encore que le gouvernement provisoire de la France acceptera de payer une forte indemnité, la présence d’une armée d’occupation, la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, en échange de la Paix. En 1871, la défaite française sera concrétisée par l’évacuation de Verdun par les troupes allemandes et la France, certes plus petite, recouvrera son autonomie. Cela, je ne l’apprendrais que bien plus tard, après qu’il nous fut arrivé toutes sortes de péripéties.

L’après-midi écoulé au rythme de mes pérégrinations, mes pensées étant revenues en accord avec le présent vivant, ce soir, 9 novembre 1870, nous, Émilienne et moi, avisons un banc sur lequel nous allons nous asseoir, la main dans la main comme autrefois, quand nous étions jeunes. C’est une occasion à ne pas manquer qui nous permet d’échanger, dans un moment de calme qui est en opposition avec l’activité de la journée. En effet, depuis quelques jours, on imagine, on sent, on sait qu’il va se passer quelque chose. Ce sera dur, tragique, sanglant. La plaine en est consciente, complètement imprégnée et dans l’attente. Elle ne sait pas ce qu’elle attend. Mais elle sent qu’elle va payer. Quoi ? Elle ne devine pas. Elle n’imagine pas. Elle ne veut pas. Elle subira comme d’habitude. Quand les hommes décident d’en découdre, rien ne les arrêtent. Au loin, le canon tonne. On sent bien que l’atmosphère est à la guerre. Les mouvements de troupe nous sont rapportés. Des batailles ont lieu vers l’ouest. Et aussi à Orléans. Mais notre petit secteur local est pour l’instant un peu épargné.

– Tu sais, Augustin, je suis très inquiète de la situation actuelle, dit doucement Émilienne.

– Moi aussi, je suis inquiet. La situation n’est pas bonne. Toutes les nouvelles qui nous viennent d’Orléans sont mauvaises. Ces dernières années, nous avons vu beaucoup de choses au niveau national. Par exemple, en février 1848, à l’arrivée d’un train du matin, les Orléanais ont appris que Paris s’était soulevé. Notre jeunesse, si calme d’habitude, a cassé des réverbères. Ces manifestations violentes ont entraîné la dissolution du Conseil Municipal, alors que des travaux importants avaient été entrepris pour lutter contre le chômage. Les ateliers ouverts à cette occasion n’ont pas tenu. Ils ont connu la ruine.

– Je m’en souviens, continue Émilienne. Le fils du père François, tu sais François le boiteux, a été du voyage lui aussi. Quatre mois qu’il a travaillé, puis, hop, le chômage. Tu parles d’une affaire !

– Après, en décembre 1851, c’est Louis-Napoléon qui a fait son coup d’État. Après avoir appris l’annonce, tu te souviens, quatre cents Orléanais ont envahi la mairie. Ils avaient tous une inscription au chapeau. « Constitution Républicaine » qu’il y avait de marqué dessus. Le Général Grand n’a pas fait de détail. Il a envoyé ses soldats. Il en a fait arrêter cinquante-trois. Heureusement que le Second Empire s’est révélé plus tranquille dans notre région. On a même connu un peu de richesse. Orléans a conservé son député pendant dix-sept ans, le même. Tu te souviens, on ne pouvait plus se déplacer dans Orléans sans être ennuyé par des travaux. Tout y est passé : l’eau potable, le pavage des rues, les canalisations et les égouts, un lycée, les mails. Même l’Évêque a vu le clocher de sa cathédrale Sainte-Croix refait avec en dessous la pose des vitraux du chœur. Également, la Place du Martroi a vu sa statue de Jeanne d’Arc changée en 1855.

– C’est bien vrai que c’était un drôle de chantier à cette époque. On ne savait pas où garer sa carriole ni laisser son cheval. C’est un peu plus tôt que le train est arrivé à Orléans. En 1843. On avait tous peur de cette grosse bête de fer qui faisait du bruit et crachait de la vapeur à qui mieux mieux. C’est depuis ce temps qu’Orléans décline. C’est le Chemin de Fer qui a tout cassé.

– Auparavant, Orléans était une ville très prospère. La dixième ville, peut-être même la neuvième, la plus riche de France ! Aujourd’hui, en 1870, le classement a baissé, à peine la quinzième, peut-être même pas, je ne sais pas. La ville a complètement raté la croissance qu’il y a eu dans la France entière et même, si on va par-là, la croissance de l’Europe. Les entreprises ont toutes fermé leurs portes pour la plupart. Avant, Orléans était un point de passage obligatoire entre La Loire et la Seine, par l’intermédiaire des canaux. Tout le sucre des Antilles remontait jusqu’à Orléans où il y avait le poste de douane. Les Nantais n’étaient pas contents de cette situation. En revanche, nous, on en a profité pendant de belles années. Certes, la navigation sur la Loire n’était pas de tout repos. Elle était, elle est d’ailleurs toujours, très difficile à cause de ses sautes d’humeur. Mais les mariniers de Loire y arrivaient. Depuis Nantes, ils transportaient du sel, des ardoises d’Angers, du sucre des Îles et ils descendaient du vin de Touraine. Du Midi, par Roanne, arrivaient des vins, du charbon et diverses marchandises. Et tout ça était transformé, raffiné, puis envoyé et marchandé sur Paris. Par contre, depuis que le train nous relie à Paris et aussi relie les autres villes d’importance entre elles, les industries de transformation, les vinaigreries, les raffineries, les bonneteries, les maisons de commerce ont fermé leurs portes. Leurs propriétaires et dirigeants ont préféré aller à la chasse en Sologne avec le magot qu’ils avaient accumulé auparavant. C’est-y pas malheureux !

– Oui, tout s’est effondré. Il n’y a plus de grand négoce à Orléans. Ah, tiens, voilà Monsieur et Madame Fougeron qui prennent le frais eux aussi. Bonsoir, Madame, Bonsoir, Monsieur.

– Bonsoir, Émilienne, bonsoir, Augustin. Il fait bon ce soir, vous avez bien raison de profiter de cette douceur de novembre, car cela ne va pas durer. Le brouillard est froid le matin.

– Bonsoir, Madame, bonsoir, Monsieur, dis-je. Merci. C’est vrai que nous en profitons et puis, dans un moment, nous irons manger la soupe. Avec l’Émilienne, on parlait de la situation qui nous inquiète beaucoup. Surtout que l’on ne sait pas tout et que l’on ne comprend pas tout.

– Vous avez raison. Avec tous ces changements, on ne sait pas où l’on va. La République, la Troisième, vient d’être proclamée en septembre, après la défaite de Sedan, et nous sommes toujours en guerre. En province, les responsables politiques sont plutôt favorables à une paix avec les Prussiens, mais ce ne semble pas être le cas de Gambetta qui organise une défense nationale. Il est en train de faire un tour de France. Comme l’armée prussienne assiège Paris depuis septembre dernier, il a été obligé de partir en ballon, « l’Armand Barbès », pour rallier Tours. Il a mis une journée entière. Avec la délégation gouvernementale, Gambetta a ordonné l’organisation de l’armée de La Loire à partir de diverses troupes, les rappelés d’Algérie, les soldats des dépôts, les réservistes. C’est le général Joseph Edouard de La Motte-Rouge qui la commande, mais il a peu d’officiers ayant déjà servis, avec des soldats sans grande expérience et une toute petite artillerie. Je ne donne pas bien cher du succès de cette aventure. D’ailleurs, depuis, l’ennemi s’approche d’Orléans. Je ne sais pas si vous savez, mais les troupeaux ont été emmenés sur la rive gauche de la Loire. Le Général De Polès commande. Le général Peytavin assurait la défense d’Orléans. Depuis, il a été remplacé par le général Faye.

Un énorme éclatement d’obus se fait entendre. Plus près que les autres. En effet, pendant que l’on reste là à deviser calmement, le canon gronde tout alentour, principalement dans la direction de Châteaudun et aussi à l’opposé, du côté de Pithiviers.

– 10 ou 12 kilomètres d’ici. C’est la distance que j’estime de cet obus. Au son, je crois qu’il s’agit d’un tir des prussiens, reprend Monsieur Fougeron. Il ne reste plus que deux ponts à Orléans. La ville a été laissée aux soldats. Des combats ont lieu dans la forêt d’Orléans. Pithiviers est tombée. Puis, le général de Lamotte-Rouge a pris le commandement, à la suite d’un cafouillage au niveau le plus haut, pour défendre de nouveau la ville. Il a ordonné une offensive sur Toury et repoussé les Prussiens en dehors du Loiret sur le territoire de l’Eure et Loir. Il y a des combats sur Artenay, Cercottes, sur tout le côté nord-est de chez nous. Nous sommes entourés de toute part. Les forces sont inégales. Le Général Von der Tann dispose de 15000 bavarois et de cent canons. Lamotte-Rouge n’a que 10000 hommes et une vingtaine de canons.

– Effectivement, la différence est sensible et pas à notre avantage, me permets-je de dire. Pourtant, on entendait moins les canons ces derniers jours. On croyait que c’était plutôt sur Orléans que les combats étaient plus fournis. On espérait être épargnés.

– Vous avez raison. C’est Orléans qui trinque, si je puis dire, en ce moment. Les Bavarois ont envahi la ville, ont pillé les épiceries, saccagé tous les commerces de bouche. Le général Von der Tann exige d’ailleurs une rançon. 1500000 francs, je crois, plus 500000 réquisitions en nature. À la suite de négociations entre les Bavarois, qui sont catholiques, et Monseigneur Dupanloup, notre archevêque, avec Adolphe Crespin, en raison de la correspondance épistolaire qu’il entretient avec la reine de Prusse, le général Von der Tann a réduit ses prétentions à 1000000 Francs. Le maire d’Orléans a mis deux jours pour réunir la rançon et pour payer.

– Alors, comme ça, dit Émilienne, on va capituler devant les Prussiens ! On ne va pas riposter ! Et en plus, ils vont nous mettre à l’amende !

– Ce n’est pas si simple, dit Monsieur Fougeron. L’armée de la Loire s’est repliée du côté de la Ferté-Saint-Aubin. Aujourd’hui, c’est Aurelle de Paladines qui est à sa tête. Il a l’appui de quelques francs-tireurs. Il contre-attaque à l’ouest et à l’est, en ce moment même. Les troupes font le maximum pour bouter dehors les Prussiens, mais elles sont fatiguées, mal armées et l’artillerie fait défaut.

– Il commence à faire froid, dit Madame Fougeron. J’aimerais que nous puissions rentrer.

– Oui, bien sûr. Bonsoir, Émilienne, bonsoir Augustin.

– Bonsoir, Madame, bonsoir, Monsieur, nous allons rentrer, nous aussi. Je crois que l’on va faire un feu en attendant que chauffe la soupe. Tu viens, Émilienne, on va rentrer chez nous.

Sur le chemin du retour, Émilienne me dit :

– Tu as vu comme ils étaient bien habillés ?

– Oui, j’ai vu, dis-je dubitatif.

C’est vrai qu’ils sont toujours bien vêtus, Monsieur et Madame Fougeron. Madame suit à peu près la mode qui nous vient de Paris, du moins celle dont nous pouvons avoir connaissance. Ses robes ont une certaine élégance, faite de simplicité, en soie ou en toile, mais sans ornement. Les corsages se portent sur les épaules, sans jabot ou dentelles. Peu à peu, nous avons vu la crinoline remplacer le jupon. Monsieur revêt des habits noirs, avec une veste large sur une chemise ornée d’une cravate blanche jusqu’au col. Entre les deux, il porte un gilet droit discrètement bardé de boutons. Son pantalon est droit et ses bottes noires sont vernies. Quand il fait froid, il recouvre le tout d’un paletot ou d’une redingote.

Au fil du temps, en regardant Madame Fougeron, Émilienne me fait remarquer que le drapé revient pour les robes, les capes, châles et capelines, que les chapeaux s’élargissent et qu’il y a de plus en plus de bijoux. Les rayures font leur apparition, de même que les robes avec jupe et corsage cousus. Elle ne sait pas encore que, quelques années après, la robe s’ajuste au corps, les chapeaux reviennent petits, garnis de fleurs ou de voiles. Alors, les manteaux s’allongent et se portent assortis à la robe. Pour les hommes, la tenue reste sobre, gagne en ampleur. Le nœud papillon arrive. La coiffe est toujours le haut-de-forme noir.

Nous restons silencieux à l’évocation des beaux atours. Évidemment, Émilienne et moi ne peuvent envisager, un seul instant, de se vêtir ainsi. Notre pauvreté est grande et notre richesse petite. Mais nous n’envions pas. Nous contemplons simplement. Cela ne coûte rien.

Chez nous, ce n’est pas bien grand. Dans une branche des communs, Monsieur Fougeron nous a autorisés à occuper deux pièces sans confort. Une grande salle de séjour au centre de laquelle trône une grande table en bois d’arbre, bien épaisse, qu’escortent deux grands bancs en bois aussi. Ce sont des bancelles, avec des empiètements en biais groupés par deux et solidifiés par une barre transversale. Les deux paires d’empiétements sont elles-mêmes solidifiées par une barre transversale.[1] Sur le pignon, une grande cheminée permet non seulement de chauffer les deux pièces mais aussi de cuire. Un buffet en noyer noueux habille un mur. L’autre pièce est affectée à la chambre à coucher, qui ne reçoit qu’un lit sans sommier, une paillasse pas bien large pour que l’on puisse avoir chaud en se serrant l’un contre l’autre. Deux trépieds en cerisier noueux nous servent de reposoir de chaque côté du lit. On s’éclaire à la bougie et on a l’eau du puits. Une espèce de placards permet de poser nos quelques hardes. C’est presque le luxe, car notre logis est pris dans les communs du château.

– Augustin, tu as entendu ce qu’a dit Monsieur Émile : la troupe va bientôt venir jusque chez nous puisque l’armée de la Loire attaque vers l’ouest d’Orléans.

– Oui, je crois que nous allons y avoir droit assez rapidement, sûrement dans les jours qui viennent. Je ne sais pas ce que décideront alors de faire Monsieur et Madame Émile. Si tu allais chercher Ferdinand et Ernestine, nous pourrions prendre la soupe ensemble et les informer des nouvelles.

– C’est une bonne idée. Je vais les chercher. Je reviens. Tu n’as qu’à mettre les assiettes sur la table quand ton feu sera bien pris. La soupe sera vite prête.

Émilienne enfile un vêtement chaud et s’élance dans la cour. Ferdinand et Ernestine habitent aussi une partie des communs du château avec leur fille Louise. Ferdinand a eu quarante ans cette année. Il est à la fois jardinier, chargé de l’écurie, des animaux, des carrioles. C’est un domestique attaché au château. C’est un homme à tout faire. Un peu comme moi, quoique j’étais plus sur la ferme et la marche de celle-ci. Sa femme, Ernestine, a deux ans de moins que son mari. Elle est la cuisinière du château. Leur fille, Louise, qui vient d’avoir vingt ans, est au service de Madame Fougeron pour tout ce qui se trouve à l’intérieur de la gentilhommière. Nous nous entendons bien et c’est tant mieux car les adversités ne manquent pas.

Après avoir mis les assiettes sur la table, je vais chercher une bouteille de vin rouge d’Orléans-Cléry, élevé de l’autre côté de la Loire, quelques noix, des châtaignes cuites de ce matin et un jus de pommes de Semoy pour Louise. Déjà, Émilienne revient.

– Ils arrivent dans un quart d’heure. Cela leur fait plaisir de venir discuter un peu. De plus, Ernestine n’avait pas encore commencé à faire à manger. Elle est contente de l’aubaine.

– Tant mieux, et nous, nous passerons une bonne soirée.

Tandis qu’Émilienne s’affaire pour faire chauffer la soupe, je me mets en peine de casser avec un petit marteau la coque de quelques noix et de décortiquer la peau des châtaignes. Au bout de quelques minutes, nos voisins arrivent avec leur bonne humeur mais aussi leur appréhension des événements.

– Bonjour, Augustin, dit Ferdinand, comment vas-tu depuis hier. Je ne t’ai pas vu aujourd’hui. Où étais-tu donc passé ?

– Je suis allé voir le grand champ de l’autre côté de la route pour savoir ce que l’on pourra bien y semer le moment venu. Il m’a fallu réfléchir un peu. Normalement, la première année on récolte des céréales d’hiver, la deuxième année des céréales de printemps et la troisième c’est la jachère. Cependant, je crois que pour ce champ, cela fait trois ans qu’il est en jachère. Je pense qu’il ne sera pas mal pour le blé d’hiver.

– Tu as raison, cela doit bien faire trois ans. Mais, ce n’est pas un peu tard pour le blé d’hiver ?

– Si, c’est trop tard. Je vais devoir prendre la décision de faire du blé ce printemps.

– À condition que l’on y arrive au printemps, Augustin, avec tout ce qui se passe en ce moment, réplique Ernestine. Bonjour, tu vas bien ?

– Oui, bonjour, Ernestine. Ah ! Louise, bonsoir, tu embellis de jour en jour.

– Veux-tu te taire, Augustin ! Espèce de gros dragueur, ce n’est plus de ton âge, monte la garde aussitôt Émilienne.

– Bonsoir, Augustin, merci pour le compliment, susurre Louise.

C’est vrai que la petite, comme on l’appelait autrefois, a bien profité. Elle n’est pas très grande mais est devenue bien gironde. Elle a ce qu’il faut là où il faut, le sait et ne se gêne pas pour le mettre en valeur. Elle a des cheveux châtains foncés longs jusqu’aux épaules. Et des yeux verts coquins, à faire damner un saint. Sans oublier ces petites fossettes qui lui font un sourire taquin. Louise n’est pas exactement la fille d’Ernestine et Ferdinand. Malheureusement, ils n’ont pas pu avoir d’enfant. Elle n’a pas été adoptée par eux non plus. Elle a été recueillie quand elle n’avait pas encore un an. On avait appris depuis cette période où Ferdinand l’avait trouvé dans le fossé que sa mère était décédée suite à ses couches. On ne lui connaît pas de père. Sûrement une aventure d’un soir, féconde hélas ! Louise a de temps en temps un ami de trois ans son aîné. Fernand qu’il s’appelle. Il est garçon de ferme et réside provisoirement au château, dans une mauvaise pièce aménagée au-dessus des écuries. Les relations entre Louise et ses parents nourriciers, si l’on peut dire, ne sont pas faciles. Louise a son caractère et Ernestine aussi. Ils font avec.

– Alors, Augustin, quelles sont les nouvelles ? Je vous ai vu parlé avec Monsieur Émile tout à l’heure, je suppose qu’il avait des informations, questionne Ferdinand.

– Elles ne sont pas fameuses. Orléans est à la peine. Des magasins ont été pillés. Les Bavarois occupent la ville. Gambetta fait des voyages en ballon pour prendre des décisions avec la délégation gouvernementale. Mais le succès est rare. Il y a eu une bataille à Artenay, perdue. Il y a eu une bataille à Coulmiers, perdue. Il y a eu une bataille à Orléans, perdue. Même les troupeaux sont passés au sud de la Loire. Pithiviers est tombée. Il n’y a qu’à Toury que l’on a repoussé l’ennemi. Pour l’instant, nos soldats seraient du côté de La Ferté-Saint-Aubin.

– Pas réjouissant, tout cela… ! Pour nous remonter le moral, verse un verre de vin. Dans quelques minutes, les femmes, vous servirez la soupe et nous ferons chabrot.

– Non, mais, dis donc, nous ne sommes pas à tes ordres ! le rabroue Ernestine. Nous ferons comme nous le voudrons.

– Je disais ça pour vous taquiner un peu. Ne m’en veuillez pas ! s’excuse Ferdinand.

– Je ne sais pas ce que fera Monsieur Émile en cas d’attaque proche. Peut-être qu’il fera comme à la fin du siècle précédent ?

– Ben, qu’a fait le seigneur des lieux à l’époque ? Raconte-nous, nous nous coucherons ce soir moins bête.

– En janvier 1798, dans la nuit du 15 au 16 Nivôse An VI de la République, il y a eu l’affaire des « Chauffeurs d’Orgères ». C’est mon père qui m’a raconté cela, car je n’étais pas encore né et je n’étais même pas une lueur d’espoir dans le ventre de ma mère. Je suis de 1800 tout rond. En fait, c’était des brigands, une bande bien organisée. La Beauce, qui est tranquille aujourd’hui, mis à part la guerre prussienne, a eu des années sanglantes. Une véritable tribu terrorisa la Beauce.

– Continue, développe un peu, merci d’avance, demande Louise.

– La bande était composée d’hommes, de femmes et mêmes d’enfants. Ils tuaient, volaient, pillaient, assassinaient. Il y avait des chefs, des sous-chefs, des gardes-magasins, des espions. Les chemins étaient alors, à cause d’eux, devenus peu sûrs. Chaque membre de la bande savait ce qu’il avait à faire. Pour entrer dans les maisons ou les fermes, ils n’hésitaient pas à fracturer les portes, à escalader les murs, les toits, à défoncer les portes avec un bélier. Ils assommaient les gens, les bâillonnaient, les enfermaient dans les caves, parfois leur coupaient la gorge. Ils violaient les femmes et les jeunes filles. Ils avaient une technique bien particulière pour faire parler les victimes. Elle était imparable. Les brigands, dont la figure était toujours passée à la suie ou en tout cas avec quelque chose de noir, allumaient un feu, grand de préférence. Ils attrapaient le maître des lieux et lui chauffaient les pieds avec des tisons ou de la braise. Tout cela, dans l’espoir de faire parler la victime qu’ils avaient choisie. Ce qu’ils voulaient, c’était de l’argent. Si le maître des lieux ne parlait pas, ils passaient à la vitesse supérieure. Ils arrosaient alors ses pieds avec de l’eau-de-vie. Ils attrapaient, à deux, le malheureux qui se débattait comme il le pouvait, et présentaient ses pieds au-dessus de la flamme dans la cheminée. Après quelques brûlures et sûrement beaucoup de cris, la victime indiquait où se trouvait le butin. Il n’y avait pas d’échec.

– C’est t-y pas malheureux d’entendre ça quand même, se lamente Ernestine.

Après un moment de silence, pendant lequel les personnes autour de la table tentent de visionner ce que je viens de dire, je continue :

– Dans la grande tradition du banditisme sous l’ancien régime, c’était Fleur d’Epine qui avait fédéré une bande malfaisante. Il s’était installé à Orgères-en-Beauce. Dans cette période troublée par la Révolution, Fleur d’Epine s’est senti l’âme d’un politique et s’est acoquiné avec des conspirateurs royalistes. Il n’a pas eu grand avenir puisqu’il fut arrêté à Versailles en juillet 1792 et égorgé pendant les massacres de septembre. C’est alors que son bras droit, François Girodot, surnommé le « Beau François », prit la direction de la bande qui était forte d’environ quatre cents membres, dont un quart de femmes. S’appelant eux-mêmes les « Pingres », ils ont sévi de 1792 à 1798. La bande était superbement organisée. Le jour, les membres avaient des activités parfaitement respectables  au vu et au su de tout le monde.

– Comme quoi par exemple ? questionne Ferdinand.

– Je ne sais pas moi : des artisans, des commerçants. Que pourrais-je vous citer ? Attends… je réfléchis… des tonneliers, des vignerons,… des cafetiers, des charcutiers, des épiciers,… des forgerons, et même des ouvriers agricoles. Il y avait également des officiers, des prêtres, des instituteurs, et même un garde-champêtre. Vous vous rendez compte des officiers, un garde champêtre ! Tout ce petit monde faisait ses coups la nuit sous la direction du Beau François. Son bras droit était un homme d’une cruauté inimaginable. Il s’appelait « le Rouge d’Auneau ». La bande a ainsi écumé, pendant plusieurs années, les bourgeois, les châtelains, les gendarmes, parfois de pauvres bougres. Leur secteur d’activités était grand, particulièrement en Eure-et-Loir et dans le Loiret, toute la portion comprise entre Orléans, Chartres, Pithiviers et Marchenoir.

– Et cela a duré longtemps, interroge Ferdinand ?

– Tout a une fin bien sûr. Un jour, la bande a attaqué une ferme entre Pourpry et Sougy. Nicolas Fousset, le propriétaire d’un riche domaine, Le Millouard, fut torturé avec une telle violence qu’il en mourut quelques jours plus tard. Compte tenu de la qualité de cet homme, qui était très apprécié dans la région, et l’émotion dans la population étant très grande, une enquête fut diligentée avec beaucoup de sérieux sous la pression insistante des villageois locaux. Le commencement de la fin avait sonné pour les Chauffeurs d’Orgères. Un vagabond fut arrêté par les gendarmes, puis interrogé sans ménagement. Il craqua et indiqua qu’il faisait partie de cette bande. Le vagabond avait pour nom « Germain Bouscand » dit le « Borgne de Jouy ». Il ne résista pas longtemps et se montra assez loquace pour révéler des noms et des renseignements sur plus d’une centaine de personnes. Le Beau François a été arrêté une première fois, avec un de ses adjoints, à la foire d’Étampes en juillet 1797. Condamnés à quatorze ans de fers, tous les deux réussissent à s’évader début août mais furent repris le 3 mars 1798.

– Il semble à t’attendre dire les noms que les membres en aient eu de bariolés, dit Ferdinand. As-tu des exemples ?

– Il y avait là des personnes dont les noms sentent bon l’arnaque : « Fleur d’Épine », Nicolas Tincelin dit « Jacques de Pithiviers » ou le « Père des Mioches », Robert Jean-Bernard dit « Jean le Canonnier », François Ringuette dit « Le Rouge d’Auneau ». Attends un peu… Il y avait aussi Richard Jacques dit « Le Borgne du Mans » avec son visage vérolé… et aussi Madeleine Barruet dite « la Grande Marie » avec sa face vigoureuse,… ou encore François Théodore-Pelletier, avec son curieux faciès car sa tête avait été enserrée dans un carcan quand il était enfant pour diminuer l’ampleur de sa dentition.

– Cela me fait froid dans le dos, commente Émilienne.

– L’enquête fut dirigée par le Juge de Paix d’Orgères, qui n’était autre qu’Armand-François Fougeron, propriétaire du château de Villeprévost, celui-là même où nous nous trouvons. Notre Juge y mit tout son honneur personnel et désigna pour mener l’enquête une personne de Nogent-le-Rotrou, le commandant de brigade Vasseur. Mon père m’a dit que c’était un grand type, sans peur. Du haut de son mètre quatre-vingts, il avait acquis une aura de bravoure en arrêtant une bande de malfrats dans la Forêt de Senonches. Se fiant aux indications données par le vagabond, dit « Le Borgne de Jouy », et peut-être un peu aussi celles révélées par la femme Bire, notre commandant de brigade, avec l’aide de trente gendarmes et de soixante hussards, dont les pieds des chevaux avaient été enveloppés de chiffons pour limiter les bruits ambiants, s’est invité en flagrant délit dans un coup d’importance de la bande. Le résultat, après quelques heures de lutte, est l’arrestation, de nuit, dans le bois de Méreville, du Beau-François et d’une trentaine de ses compagnons. La bande avait prévu cette nuit-là l’attaque du château de Faronville, près de Toury, et de plusieurs fermes de la région. Normalement, il devait s’agir de la dernière grosse affaire du Beau François qui envisageait alors de changer de région.

– Alors ça, c’est quand même pas de chance pour lui, dit Ferdinand.

– Non, mais tu exagères, s’insurge Ernestine. C’était bien fait pour lui. Il n’allait quand même pas continuer éternellement. Excuse-moi, Augustin, continue.

– C’est le Juge de Paix du canton d’Orgères qui fut chargé de l’instruction de cette affaire sous le titre de « Chauffeurs d’Orgères ». Armand-François Fougeron, le Juge en question, avait été quelques années auparavant conseiller de Louis XVI. À la libération des geôles révolutionnaires, il était venu se faire oublier dans son château de Villeprévost. À cette période, le château était bondé de plusieurs centaines de personnes. En effet, les brigands, plus de trois cents, étaient parqués dans les caves. Bien entendu, ils n’y étaient pas tous en même temps car, même en les tassant les uns sur les autres, l’endroit, comme vous le savez, ne pouvait recevoir plus d’une quarantaine de personnes à la fois. Un détachement de gendarmerie et deux pelotons du Deuxième Régiment de Hussards montaient la garde. Les interrogatoires se déroulèrent pendant plus de trois mois, du 30 janvier au 2 mai 1798. Le chef, le « Beau François », fut interrogé le 10 février 1798. Son second, le « Rouge d’Auneau » réussit l’exploit de recevoir treize condamnations à mort et cent soixante-dix-huit années de bagne. Il y eut cent vingt-cinq jours d’enquête et plus de trois cents arrestations. Finalement, quatre-vingt-deux personnes ont été jugées à Chartres les 11 et 14 octobre 1799.

– Rien que cela ! Trois cents arrestations !

– Oui, trois cents. Devant la volonté de la puissance publique d’un retour à la paix civile, se voulant exemplaire, le procès des « Chauffeurs d’Orgères » se termina, le 4 octobre 1800 par la décapitation de vingt-trois bandits, hommes et femmes, habillés de la camisole rouge des parricides, sur l’échafaud construit sur la Place des Épars à Chartres, dans l’allégresse des centaines de Beaucerons présents, venus de toutes parts. C’était des cris de joie mais aussi des soupirs de soulagement. Ceux qui avaient échappé à la mort furent envoyés au bagne ou dans des maisons de force. Cependant, il y en avait un qui a échappé à ce supplice, c’est le « Beau François ». Il avait réussi à s’évader de la prison de Chartres.

– Il y a eu une justice en tout cas, approuve Ernestine. Mais lui, le « Beau François » n’en a rien subi, c’est-y pas malheureux !

– Plus tard, la justice a décidé de faire porter des masques mortuaires des vingt-trois condamnés à mort pour qu’ils soient exposés au château de Villeprévost. Ainsi, la population a pu être informée et édifiée sur cette exécution à caractère social.

– C’est curieux comme idée, commente Ferdinand. Je n’y aurais pas pensé.

– Pour la petite histoire, le Beau François avait réussi à s’échapper au cours de l’instruction. Mais il fut de nouveau arrêté le 22 novembre 1800 dans les Deux-Sèvres. Il a été fusillé sur place, sans sommation ni autre procès, avec une bande d’une dizaine de brigands, détrousseurs de diligences et autres passants sur les chemins du Poitou.

– Tant mieux, dit Émilienne, bon débarras.

Un silence, presque religieux, suit pendant plusieurs minutes. Puis, je reprends :

– Bon, dites-donc, je parle, je parle. Mais il commence à se faire tard, bientôt minuit. Il faut que nous allions nous reposer car nous ne savons pas comment demain sera.

– Merci, Augustin, pour cette narration pleine de détails. Je ne connaissais point cet épisode. Nous allons nous retirer avec l’Ernestine et la Louise. Merci, aussi Émilienne pour la soupe. Allez, bonne nuit à tous les deux.

– Bonne nuit à vous aussi, à demain.

Après un bout de rangement de la table, Émilienne s’éloigne lentement vers la chambre, un brin coquine. Elle s’empresse ensuite, dès mon corps allongé à côté du sien, de mettre à exécution sa pensée lubrique et d’entreprendre des « agueroinchettes » (caresses) pour mon plus grand bien.


[1] D’après l’œuvre de Gaston Couté.

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Scribo-Masque d’Or Merci

Les deux livres publiés aux EDITIONS DEDICACES sont référencés sur SCRIBO – MASQUE D’OR

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couvbatailleloigny.jpg    AUGUSTIN – Ma bataille de Loigny

Récit de Jean-Louis RIGUET

Éditions Dédicaces www.dedicaces.ca

1870, Loigny la Bataille. La guerre franco-prussienne fait rage. En décembre, Loigny la Bataille est le théâtre d’une bataille meurtrière. Le Château de Villeprévost, réquisitionné par les bavarois, est transformé en hôpital de campagne. Les Prussiens se sont, côté nord, déployés de La Maladrerie à Lumeau en passant par Fougeu, Beauvilliers, Goury. Côté sud, les Français font front sur Nonneville, Villepion, Villours, Faverolles, Terre Rouge. Au milieu de ces deux lignes : Loigny est prise en étau. La bataille dans Loigny se fait pour une rue, un passage, une impasse, un quartier, une maison, une cave, pour rien. On se bat, c’est tout. Il faut avancer, ne pas reculer, mourir s’il le faut. Cela fait quand même en une seule journée environ 15000 victimes, soit environ 100 par kilomètre carré. … Quand même… une victime par cent mètres carrés ! L’ancien régisseur, Augustin, vit avec les siens au château cet épisode guerrier de l’histoire locale. Sa petite fille adoptive rencontrera-t-elle l’amour ? S’en sortiront-ils ?

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vie-archives-front.jpg   Vie en archives d’un petit gars

Récit de Jean-Louis RIGUET

Éditions Dédicaces www.dedicaces.ca

Anonyme, un petit gars naît dans une campagne poitevine, d’une famille modeste, artisane jamais dans le même métier. Mis au travail dès l’âge de 15 ans 1/2, il entre en notariat comme on entre en religion. Il travaille à plein temps, dans sa ville natale, tout en suivant parallèlement des cours par correspondance. Ses parents ayant adopté une nouvelle région, plus au nord, il les suit deux ans plus tard, dans une ville voisine, où il continue son activité, travaille en sus de son travail officiel pour un conseil juridique et fiscal, passe l’examen de premier clerc, se marie trop jeune et divorce à la suite. Pendant cette période, il connait un patron d’une stature hors du commun. Transmuté à Paris, il côtoie un autre grand personnage du notariat parisien. Il gravit les échelons pour terminer numéro 4 d’une étude de 35 personnes, réussit avec succès l’examen de notaire, le plus jeune de sa promotion. Un nouveau mariage, avec une femme d’une générosité inouïe, avec une culture intéressante et un métier formidable, l’enrichit par la naissance de deux beaux enfants. Il a la chance de rencontrer des personnages hors du commun (Franck Alamo, Brigitte Bardot, Guy Bedos, Sœur Emmanuelle, Jean et Brigitte Massin,) ou des situations particulières (succession des descendants de la grande famille de Noailles, renouveau du Paradis Latin) (extrait du résumé de l’auteur)

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Thierry ROLLET au Salon de Paris 2013

Scribo La Masque d’Or

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Exemples de référencement :

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couvvoiledecristal.jpg   VOILE DE CRISTAL, par  Dany ZAHN

Ce recueil s’adresse à un personnage féminin. Il s’agit d’une « arlequine », c’est-à-dire d’une femme parée de multiples couleurs.

Couleurs que peut susciter une violente passion, qui ne semble faiblir nulle part, bien qu’elle soit source de conflits, de tourments, d’incertitudes multiples…

EDILIVRES, 2013

ISBN 978-2-332-56662-1

Préface de Thierry ROLLET, Agent littéraire

Prix : 11,50 €

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dans-l-ombre-du-soleil-new.jpg   DANS L’OMBRE DU SOLEIL, par  Annie BARRAL

Si un seul roi de France devait ressurgir de nos mémoires d’écoliers, ce serait pour la plupart d’entre nous Louis XIV. Le roi soleil, ce sont les fastes, la cour, les splendeurs, Versailles, les femmes, mais aussi le pouvoir absolu, la guerre, la misère du peuple.

Et si ce souverain hors du commun avait été influencé par une femme ? La seule qu’il ait aimée, une femme du peuple qui aurait été involontairement à l’origine de tout ce qui a constitué les bons et les mauvais côtés, ainsi que les excès d’un règne unique dans l’histoire de France, une femme qui serait restée dans l’ombre du soleil… ?

Et si tout avait commencé dans un tout petit village des Monts d’Or, au bord de la Saône… ?

Annie BARRAL a su dans ce roman allier une vérité historique, presque identique à l’originale et nous entraîner sur les pas des carriers des Monts d’Or, au travers d’une histoire d’amour hors temps et hors norme pour l’époque. Un roi qui a régné plus de 70 ans sur la France et Perrette, humble fille de carriers, c’est leur vie qui vous est contée, avec le talent d’une vraie romancière.

LA PLUME EDITIONS, 2012

ISBN 978-2-914521-65-9

Illustré par une photo de Thierry CAZALS

Prix : 17,80 €

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deux-visages-de-l-amour-new.jpg   DEUX VISAGES DE L’AMOUR, par Maurice Jean GUERENNEUR

Dans sa jeunesse, un lecteur d’André Maurois découvre Lettre ouverte à un jeune homme sur la conduite de la vie.

Ensuite, il lira presque tout de lui. L’âge mûr est là, se découvrant peut-être un petit brin de plume, il a souhaité par ce livre rendre un hommage à cet écrivain qui lui a tant donné.

Maurice Jean Guérenneur est né à Brest en 1938. Il a navigué sur les navires de la TRANSAT comme officier mécanicien avant de faire escale à terre. Ingénieur dans l’industrie automobile, il met son savoir au service de la formation des hommes. Il reçoit la distinction de Chevalier des Palmes académiques.

LA PLUME EDITIONS, 2011

ISBN 978-2-914521-64-2

Illustré par une aquarelle de l’auteur

Prix : 9,50 €

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Liens :

http://dedicaces.org/2012/08/05/augustin-ma-bataille-de-loigny-chez-dedicaces/

http://dedicaces.org/2013/02/24/actualites-daugustin/

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison des Ecrivains et de la Littérature

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Amalgame 5 – Le faux conte

Amalgame 5 – la nouvelle LE FAUX CONTE

Sous ce titre « AMALGAME », qui suggère un mélange de plusieurs choses ou des éléments divers, j’ai voulu tenter une expérience. J’ai pris un livre, n’importe lequel, en l’occurrence il s’agit de CONTES CHAPARDES AU FIL DE LA LOIRE de Gérard BOUTET publié à CPE EDITIONS dans la série LES CONTES DES BONS AMIS.

Ensuite, j’ai décidé de prendre la deuxième phrase de chaque page, sautant ainsi d’un conte à l’autre, de les assembler les unes derrière les autres et de voir le résultat. Puis, j’ai, sans modifier les phrases, mais en mettant par-ci par-là un mot et en changeant l’ordre des paragraphes, composé une nouvelle plus ou moins cohérente. C’est à vous de le dire.

Voilà le résultat :

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Le Faux Conte

Trinquons aux savoureuses histoires qu’il me plaît de vous conter et qu’il vous plaira peut-être de lire.

 

Le pêcheur de lune touille l’onde – on dit la « rabouille » – dans l’espoir d’appâter les bonnes fortunes. Là-dessus, les avis restent partagés. Pourtant, je les ai ramassées, puis époussetées.

Nous eûmes notre déluge, comme tout le monde, en nos vallées fluviales. L’Éternel en ressentit un amer mécontentement, et Il se repentit d’avoir guidé les hommes de la tribu jusqu’en notre région.

C’était une ardoise.

 

Parlons de moins haut, je vous prie, et causons en toute bonne franquette.

 

Nous tenons l’anecdote de l’abbé Cordier, un latiniste de l’avant-dernier siècle qui ne laissait jamais sa foi entraver son imagination.

Silène était un brave satyre, mais elle avait l’ivresse hargneuse. Afin de se concilier les faveurs de Cérès, la belle déesse nourricière des hommes, les croquants des Mauves entassèrent leurs maigres gerbes en une seule meule, qu’ils décidèrent d’offrir en holocauste. On les surnomma les « nattaires », parce qu’ils dormaient sur une natte de jonc.

Notre val accueillit alors un véritable contingent d’anachorètes, une confrérie si fournie que la principale difficulté pour ses membres devient moins, par manque d’espace, d’atteindre la sainteté que de s’assurer un réel isolement.

 

On ne le découvrit que le lendemain matin, alors qu’il achevait d’user ses galoches sur la pierraille du chemin. Donc, on ne badinait pas avec les saints ermites parmi les « voituriers d’eau », pour reprendre le titre attribué jadis aux mariniers de la Loire. Un tourbillon – certainement le même qui avait autrefois étourdi le voleur de calice – se forma autour du médisant, le souleva dans les airs comme un fétu et, sous les mines ahuries des quatre autres compagnons d’équipage, le lâcha au-dessus d’un terrible remous.

La notoriété de l’ermite franchit alors les limites de la région.

On évoque le monstre à tort et à travers, on le gonfle jusqu’à en cauchemarder la nuit, on lui reproche toutes sortes de méchancetés que, sans les inventions tourmentées des hommes, il n’aurait jamais eu l’idée de commettre.

La seule échappatoire : se signer devant la menace.

 

Agyle le traquait de près. On avait donc rapidement localisé l’endroit où se terrait le dragon : il n’y avait qu’à suivre les relents de charogne pour y arriver sans détours.

C’est alors qu’intervient le bon Saint Mesmin.

Le corps du patriarche fut inhumé près du caveau de saint Aignan, en l’église Saint-Pierre-aux-Boeufs, depuis placée sous la dédicace dudit protecteur de la cité épiscopale. Clovis s’en félicita et rattacha aussitôt maints domaines au monastère, se disant qu’ainsi administrés, lesdits domaines émergeraient vite de leur pitoyable situation.

On ne cherche pas impunément des crosses à un évêque, pas davantage à un abbé, tout dragon que l’on soit !

 

L’époque était incertaine.

Elle mentionne qu’en « l’an du Seigneur 1857, Napoléon III étant Empereur, sous le Pontificat de Pie IX, le tombeau de Saint Mesmin, autrefois vénéré, depuis longtemps muré, enfin retrouvé, a été restauré, Dieu aidant, par Félix (Dupanloup), évêque d’Orléans ».

Pour conclure, revenons à la délivrance de la région par l’audacieux saint Mesmin.

La guivre de saint Mesmin projetait une haleine empestée qui « corrompait l’air et donnait la mort aux hommes et aux animaux » ; le serpent de saint Liphard lançait un venin fétide et fatal.

S’impose aussitôt à l’idée le roi Clodomir, le propre fils de Clovis, un despote brutal et sans pitié.

Et lorsque l’évêque de Blois, un fieffé gâcheur de croyance du nom de Thémines, décida d’interdire le culte qu’on lui rendait à Sambin, il souffla comme un vent de jacquerie qui faillit dégénérer en révolution, rien moins ! La terre, d’ordinaire nourricière, ne nourrissait plus son monde, et surtout pas celui qui s’éreintait à la piocher. Puisqu’elle était en bois noirci, on crut bon de la nommer « Notre-Dame d’Ebène ».

La Belle Dame était apparue quelquefois, il y avait fort longtemps, à des enfants du bourg ; son fidèle chevalier l’escortait toujours dans sa mélancolique promenade. La belle se serait cloîtrée par dépit, son vilain père n’entendant point accorder la main qu’elle avait promise au beau prétendant.

Pendant qu’ils disputaient de l’invalidation de son union conjugale avec Louis Six, la primesautière Eléonore de Guyenne, duchesse d’Aquitaine, avait d’autres chats à fouetter que ceux de la ville : elle s’employait, dans une paroisse des alentours, à réprimander vertement le capitaine Bedford, un haut officier de sa garde.

 

Eclata la Révolution, qui se propagea en Blésois comme ailleurs.

Ils étaient quatre à tailler des croupières aux Infidèles, quatre à planter la Sainte Croix sur les hamadas sarrasines. L’oubliette au fond de laquelle ils croupissaient maintenant avait été creusée sous la forteresse égyptienne de Mansourah, dont les remparts verrouillaient le delta du Nil. La prise de Mansourah se solda par l’anéantissement des Templiers envoyés en avant-garde.

« Si vous avez faim, ricanaient-ils dans leur charabia, mangez donc les rats qui grouillent autour de vous, avant qu’ils ne vous mangent ? »

Ils se pincèrent pour être certains de ne plus rêver.

La cause en fut, tantôt, la scélératesse d’un indélicat ; tantôt, l’indélicatesse d’une scélérate.

 

Belle, tellement belle ! Tiens : belle à en damner un frère lai.

Ces filles-là sont les ribaudes ; elles traînassent à l’arrière-garde, maraudent sur les bordes d’alentour et profitent des pillages que ne manquent pas de commettre les routiers. Les capitaines approuvent en chœur, certains de bon gré, d’autres moins. Adoncques, privés de leurs gotons, les reîtres décampent de bon matin et s’ébranlent en se remémorant certaines bougreries désormais interdites.

Elle prouva simplement que la bonne Vierge veillait toujours infatigable, sur les restes de son fidèle roi, mais que sa générosité l’avait poussée à trop de zèle.

Ceux-ci la dépeignent épanouie, parfaite, auréolée de grâce.

Elle repousse toute avance des caudataires comme elle repousserait un assaut de ces infatués d’Anglais… La Pucelle y aurait prédit, parlant de l’ennemi : « Entre la croix Blon et la croix Faron, nous le vaincrons. » Durant l’été 1993, rebelote : un second découpage de la plaine a quasiment livré aux charrues le Grand Chemin.

 

Une troupe de cavaliers prenait position à grand bruit, nuitamment, dans leur village endormi, d’ordinaire si paisible. Ils déferlaient sur nos campagnes et rapinaient sans vergogne tout ce qui leur tombait sous le gantelet, de la maison forte la plus riche à la plus miséreuse des chaumines. Le colon de Champré avait failli le truffer de mitraille en le surprenant dans sa bergerie ; le fermier de Champvin l’avait pilonné comme raison, alors que l’animal tentait de soutirer un baril du cellier ; le métayer de Champgrain s’était amusé à le rouer de son fléau, après l’avoir acculé dans sa grange … Goupil, son compère renard, prétendit le surlendemain l’avoir rencontré au loin. Puis ils s’attelaient de nouveau, servilement, à l’ouvrage.

Nenni : ce n’étaient ni les uns, ni les autres.

Ce louage était généralement fixé au denier parisis, c »est-à-dire à un denier de Paris.

En clair, les paysans ne devaient plus poser le sabot sur les communaux s’ils ne voulaient point se balancer sous le gibet, écharpe au cou et chaînes aux poignets. Un matin, les pauvrets ouïrent que le duc de La Trémouille avait décidé que les communaux seraient divisés en lots et vendus ainsi à la gent d’alentour.

Pour finir, les gardes flambèrent le misérable gîte. Il déroula un parchemin préparé de longue date, déplia son écritoire et tendit la plume d’oie au paysan. La Fouquette et les fouqueteaux en étaient, qui se serraient contre leur homme retrouvé. Ici, comme partout ailleurs, les affrontements déchiraient le pays.

Quand la pitié le suppliait de secourir les braves gens, la raison lui rappelait un autre village, son village à lui, qui l’attendait avec espoir. Personne ne le vit, et il ne vit personne. À l’approche de la Croix-Briquet, trois filous de basse espèce le rouèrent à plates coutures, d’une volée de bois vert, dans l’espoir de lui rafler quelques testons sonnants et trébuchants.

Pourtant, semoncer monsieur de La Trémouille soulevait problème. Tout juste se plaisait-il à évoquer, au soir de son âge, le souvenir d’une veuve fortunée qui, là-bas, à l’orée de Mérobert, guettait peut-être encore son passage …

 

C’est là, à Beaugency, près du chaume sous lequel je gîte, que vous sauterez la Loire. Et surtout, surtout, défiez-vous des bourgeois de Beaugency. Hélas, tout cela n’était vrai qu’à la belle saison. L’ouvrage avançait. Dès qu’il devina que l’or manquait, il quitta son observatoire et s’approcha de la gent désespérée. Le bailli s’empara du sac et le lança avec force au milieu du pont.

Pourtant, les gens y vivaient paisiblement, loin des turpitudes qui agitaient le vaste monde. C’est aujourd’hui un chapelet de merveilles que le touriste ne se lasse pas d’égrener, le ravissement se renouvelant à chaque visite. On le croyait originaire des lointaines Germanies, le pays des plus redoutables envahisseurs ; en vérité, il venait des profondes forêts d’Armorique, d’où la faim l’avait éloigné. Semer du méteil sur cette hauteur pierreuse leur paraissait peine perdue. Et si elle lui avait révélé la réalité ?

Le pont-levis resta dressé, la herse ne bougea pas d’un pouce.

La journée s’achevait et lui, le gaminet, était fort heureux à l’idée qu’une soupe chaude fumait à son intention sur la table des domestiques. Or donc, Matthieu s’en revenait au bercail après une journée bien utilisée. D’arbres guère, de maisons, point.

Là différaient les témoignages.

Le garçonnet ferma les yeux, comme pris de vertige. Les deux tourtereaux s’étaient déclarés fidélité mutuelle.

 

Je me rince la glotte d’une lichette de marc et, d’une voix claire, je reprends mes conteries.

 

Celui-ci avait élu repaire près du lieudit « Nanteuil », là où le ruisseau vaseux du Ponchet se perd en marécages nauséabonds, où les bois gris se font bosquets griffus, où l’étroit sentier s’enlise dans la boue glaiseuse. Pas le moindre osselet.

« N’emportes-tu point d’armes, lui demanda timidement le prêtre, et n’emportes-tu point de cuirasse ? »

Alors qu’il agonisait, ses flancs dégageaient une épaisse puanteur de charogne. En cette douce nuit d’hiver, tout geste devrait prendre des allures de magie ; toute chose devrait s’illuminer de merveilleux. Peut-être auront-ils plus de veine au Noël suivant : peut-être seront-ils enfin les prochains élus de l’autre échéance …

La nature endurait un interminable supplice.

Le bourg semblait inhabité, comme si la peste les y avait précédés de plusieurs jours. Une manière de Petit Jésus, une sorte d’Enfant Dieu comme le sont tous les nouveau-nés. On avait beau placer la statue dans quelque confortable église, elle revenait toujours, d’elle-même, à cet endroit de Ferrières, là où coulait une eau claire (d’où le nom de la rivière : la Cléry).

Ce village marque une fin de Sologne.

Cette étrange dévotion leur donne à coup sûr de la réflexion dans le crâne. Mais de toutes ces fariboles de galantins, l’honnête bergère ne voulait rien entendre. Ce dernier ne croyait pas si bien dire : soudain, les chenapans restèrent de glace, alors que le désir les échauffait pourtant depuis fort longtemps. Seul le forgeron était debout avant lui, quelquefois, les jours de commandes pressantes. Pour le laboureur, labourer, c’était là son unique labeur. Mais les jours défilaient sans rien soulager : le dos restait en capilotade et la couenne ne s’éclaircissait guère.

Le menuisier habitait dans une antique rue aujourd’hui disparue, la rue du Lacet-d’Amour, qui s’enfonçait jusqu’au cœur de l’ancien quartier de Bourgogne, à Orléans. Une chanson revenait souvent à son répertoire : Les filles de la Louère, dont la paillardise rebattait les chastes oreilles des bourgeois bien-pensants. Notre François perdit tous ses chalands attitrés, puis tous ses amis fidèles. Notre François, quant à lui, puisqu’il n’avait plus rien à perdre, y déambulait sans appréhension. Plus de François, plus de menuisier chansonnier. On n’en croyait plus ses oreilles : François se remettait à beugler de plus belle, sapristi !

Le mot était lâché : on venait de déterrer l’un des plus vieux mythes de l’Orléanais, celui de la barge d’or laissée jadis par Jules César. À en croire la tradition séculaire, il avait amassé un butin mirobolant en pillant Genabum. Car plus jamais il ne manqua d’ouvrage, le brave François.

 

Or, donc, précédemment, je vous ai entretenus des affres qui turlupinaient les riverains de la Loire quand il s’agissait pour eux de jeter une passerelle sur le fleuve. Là, le pont actuel ne doit rien à Satan. Le gouffre l’ayant rejetée, elle surnagea dans la tourmente.

La Vierge des Mariniers demeura en Vienne jusqu’à ce qu’éclatassent les émeutes révolutionnaires. Les quatorze plans du château furent ébauchés par la Marquise soi-même. Les petites gervaises devaient donc longer le fleuve par l’unique chemin qui existait, côté solognot, puis, arrivées à hauteur du vilainage de Nozieux, en face du château, traverser la Loire en empruntant la toue du passeur.

Macaire camoufla sa victime, en toute hâte, sous une couverture de mousse, au pied d’un chêne. Les froidures redoublaient de jour en jour, les pierres se fendaient sous la gelée et les fagots venaient à manquer. D’ordinaire, les gens étaient les seuls à souffrir des rigueurs du mauvais temps, car la Nature n’avait point daigné les couvrir de plumes ou de poils, seulement d’oripeaux.

« Où vas-tu donc de si bon matin ? » lui demanda le coq en guise de bonjour.

– Ah ! Mes pauvres amis, cacarda l’oie, figurez-vous que le mal me frappe durement.

J’ai tant de fatigue que je m’endors dès la tombée de la nuit.

 

C’était celle d’un misérable refuge qui tenait autant de la cahute que de la tanière. Oserai-je l’avouer ?

Le sanctuaire reçut même l’insigne visite de plusieurs seigneurs des alentours. Pour finir, il tint à ce qu’on l’inhumât, en sa bien chère collégiale, où il repose toujours aux côtés de la reine et du bâtard Dunois. « Comme on revenait du cimetière, le chien aperçut l’assassin de son maître et se jeta sur lui. » Une fresque fut brossée, par un artiste local, sur la hotte d’une cheminée de son castel.

De la belle, on ne retint que sa prodigieuse délicatesse, une grâce qui suffisait à ensorceler le plus perfide des félons. La vieille se releva de sa besogne pour se porter à la rencontre des flâneurs. N’y voyez là aucune compassion maternelle : c’était pour faire bonne mesure à son bliaud, la veille encore rondelet de postérité. La dénonciation, pour triviale qu’elle fut, était sans ambiguïté.

De la rive, alors que le fût dépassait les jonchères de son village, il parvint à jeter un triste guenillon qu’il traînait partout, un froid manteau dont la malheureuse essaya de s’envelopper, tant bien que mal. À force de compulser les vieux bouquins, ces rongeurs-là sont aussi poussiéreux, aussi moisis, aussi jaunasses que les grimoires qu’ils se plaisent à grignoter.

 

Les citadins d’Orléans, les « guêpins », tiraient leur surnom de ce qu’ils avaient parfois l’esprit piquant. Autres temps, autres problèmes. La nue est plus bistrée qu’une cheminée en peine de ramonage, de sorte que, perdu dans la grisaille fuligineuse et frisquette, on se prend à rêver au sable fin des plages inondées de soleil.

Un Noël de misère, cela va sans dire. On arrivait au crépuscule de l’année et, comme par un fait exprès, son sacré bonhomme tardait à rentrer. Alors la brave femme s’adoucit – bonne pâte qu’elle était ! – et, contre toute attente, déborda même d’amabilité. Désormais, les petits garnements n’auraient plus à redouter la malignité d’un tel croquemitaine.

C’est à peu près ce que grommela Ursule Leclodo, quand il se retrouva seul sur le pavé d’Angers, dans la nuit de cet hiver glacial. En un mot : jouer au Bonhomme Noël avec des pestes qui, les autres jours, s’amusaient à lui tirer la langue ! Elle, la femme, on la connaissait dans ce quartier.

Le cahors aidant, l’auguste invité racontait mille calembredaines où se mêlaient astucieusement sa qualité d’un soir et ses défauts de tous les jours. Car entre nous, franchement, qui pense à la naissance du Petit Jésus en attendant ce mécréant de Père Noël, hein, je vous le demande ? Tombait-il de la neige sur la Judée ? Les coquillards s’abattaient là comme corbeaux en plaine, et maintes fois on les surprit qui perpétraient leurs larcins autour du manoir de Montpipeau. Mais pour agiter les gambettes d’une alerte mesure, il fallait un croque-notes de qualité.

Hégésippe Jacquelin fut donc le grillon du manoir de Montpipeau pendant la belle saison de cette année-là. Le serviteur répondit que ses maîtres étaient revenus au château. C’était Pinchebec. « A étreindre si fort ton violon, tu vas finir par lui briser l’âme ! »

Cavalcadaient de près, froufrous émoustillants et jarretières de catins, les courtisanes invitées à la bamboche du manoir. L’assemblée entière reforma la sarabande dès les premiers accords égrenés. Le voyant, on l’aurait pris pour un de ces noctambules qui brûlent leur chandelle par les deux bouts, sans voir plus loin que le bout de leur nez. Le chêne du violoneux fut baptisé le « Rond des dames » en souvenir des filles perdues qui, plus tard, se dévergondèrent sous son couvert. Julien, mon grand fiston chevelu et barbu, n’était alors qu’un trousse-pet de trois ans à peine. Car devenu un pépé à la tête chenue, Julien racontera peut-être à des marmots que son père à lui, excusez du peu, pétait le feu de Dieu.

 

Voilà, je vous ai confié ce qui me pèse sur le cœur lorsque je pense aux colporteurs de contes du temps jadis.

 

Ainsi chantaient, amis liseurs, nos ménestrels du Haut Moyen Age. Ainsi connaît-on la louve de Rome, le lion de Belfort, la mule papale d’Avignon et, plus près de nous, les ânes de Meung. Cette version, on pouvait la lire sur une image d’Epinal de l’ancien temps.

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Voilà, ce sont, transformées en nouvelle, les deuxièmes phrases des pages du livre CONTES CHAPARDES AU FIL DE LA LOIRE de Gérard BOUTET publié par CPI EDITIONS.

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Le faussaire plagieur

Jean-Louis RIGUET

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Jean-Louis RIGUET

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Amalgame 4

Sous ce titre « AMALGAME », qui suggère un mélange de plusieurs choses ou des éléments divers, j’ai voulu tenter une expérience. J’ai pris un livre, n’importe lequel, en l’occurrence il s’agit de CONTES CHAPARDES AU FIL DE LA LOIRE de Gérard BOUTET publié à CPE EDITIONS dans la série LES CONTES DES BONS AMIS.

Ensuite, j’ai décidé de prendre la deuxième phrase de chaque page, sautant ainsi d’un conte à l’autre, de les assembler les unes derrière les autres et de voir le résultat.

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Voilà, à partir de la page 145 :

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Or, donc, précédemment, je vous ai entretenus des affres qui turlupinaient les riverains de la Loire quand il s’agissait pour eux de jeter une passerelle sur le fleuve.

Là, le pont actuel ne doit rien à Satan.

Le gouffre l’ayant rejetée, elle surnagea dans la tourmente.

La Vierge des Mariniers demeura en Vienne jusqu’à ce qu’éclatassent les émeutes révolutionnaires.

Les quatorze plans du château furent ébauchés par la Marquise soi-même.

Les petites gervaises devaient donc longer le fleuve par l’unique chemin qui existait, côté solognot, puis, arrivées à hauteur du vilainage de Nozieux, en face du château, traverser la Loire en empruntant la toue du passeur.

Les citadins d’Orléans, les « guêpins », tiraient leur surnom de ce qu’ils avaient parfois l’esprit piquant.

Autres temps, autres problèmes.

Il habitait dans une antique rue aujourd’hui disparue, la rue du Lacet-d’Amour, qui s’enfonçait jusqu’au coeur de l’ancien quartier de Bourgogne, à Orléans.

Une chanson revenait souvent à son répertoire : Les filles de la Louère, dont la paillardise rebattait les chastes oreilles des bourgeois bien-pensants.

Notre François perdit tous ses chalands attitrés, puis tous ses amis fidèles.

Notre François, quant à lui, puisqu’il n’avait plus rien à perdre, y déambulait sans appréhension.

Plus de François, plus de menuisier chansonnier.

On n’en croyait plus ses oreilles : François se remettait à beugler de plus belle, sapristi !

Le mot était lâché : on venait de déterrer l’un des plus vieux mythes de l’Orléanais, celui de la barge d’or laissée jadis par Jules César.

A en croire la tradition séculaire, il avait amassé un butin mirobolant en pillant Genabum.

Car plus jamais il ne manqua d’ouvrage, le brave François.

La nue est plus bistrée qu’une cheminée en peine de ramonage, de sorte que, perdu dans la grisaille fuligineuse et frisquette, on se prend à rêver au sable fin des plages inondées de soleil.

Un Noël de misère, cela va sans dire.

On arrivait au crépuscule de l’année et, comme par un fait exprès, son sacré bonhomme tardait à rentrer.

Alors la brave femme s’adoucit – bonne pâte qu’elle était ! – et, contre toute attente, déborda même d’amabilité.

Désormais, les petits garnements n’auraient plus à redouter la malignité d’un tel croquemitaine.

C’est à peu près ce que grommela Urusule Leclodo, quand il se retrouva seul sur le pavé d’Angers, dans la nuit de cet hiver glacial.

En un mot : jouer au Bonhomme Noël avec des pestes qui, les autres jours, s’amusaient à lui tirer la langue !

Elle, la femme, on la connaissait dans ce quartier.

Le cahors aidant, l’auguste invité racontait mille calembredaines où se mêlaient astucieusement sa qualité d’un soir et ses défauts de tous les jours.

Car entre nous, franchement, qui pense à la naissance du Petit Jésus en attendant ce mécréant de Père Noël, hein, je vous le demande ?

Tombait-il de la neige sur la Judée ?

Les coquillards s’abattaient là comme corbeaux en plaine, et maintes fois on les surprit qui perpétraient leurs larcins autour du manoir de Montpipeau.

Mais pour agiter les gambettes d’une alerte mesure, il fallait un croque-notes de qualité.

Hégésippe Jacquelin fut donc le grillon du manoir de Montpipeau pendant la belle saison de cette année-là.

Le serviteur répondit que ses maîtres étaient revenus au château.

C’était Pinchebec.

« A étreindre si fort ton violon, tu vas finir par lui briser l’âme ! »

Cavalcadaient de près, froufrous émoustillants et jarretières de catins, les courtisanes invitées à la bamboche du manoir.

L’assemblée entière reforma la sarabande dès les premiers accords égrenés.

Le voyant, on l’aurait pris pour un de ces noctambules qui brûlent leur chandelle par les deux bouts, sans voir plus loin que le bout de leur nez.

Le chêne du violoneux fut baptisé le « Rond des dames » en souvenir des filles perdues qui, plus tard, se dévergondèrent sous son couvert.

Julien, mon grand fiston chevelu et barbu, n’était alors qu’un trousse-pet de trois ans à peine.

Car devenu un pépé à la tête chenue, Julien racontera peut-être à des marmots que son père à lui, excusez du peu, pétait le feu de Dieu.

Voilà, je vous ai confié ce qui me pèse sur le coeur lorsque je pense aux colporteurs de contes du temps jadis.

Voilà, ce sont les deuxièmes phrases des pages 145 à 187 du livre CONTES CHAPARDES AU FIL DE LA LOIRE de Gérard BOUTET publié par CPI EDITIONS.

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La suite dans les prochains jours. Une surprise ?

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Le faussaire plagieur

Jean-Louis RIGUET

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Liens :

http://dedicaces.org/2012/08/05/augustin-ma-bataille-de-loigny-chez-dedicaces/

http://dedicaces.org/2013/02/24/actualites-daugustin/

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison des Ecrivains et de la Littérature

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