Entretien Ilham Bakal

JL à l’écoute de… entretien avec Ilham Bakal

Ilham Bakal artiste multicarte
Ilham Bakal

 

Dans cet entretien avec Ilham Bakal, JL a conduit un échange intéressant avec cette humoriste, comédienne, réalisatrice-scénariste, metteure en scène-dramaturge, conteuse, qui se rapproche beaucoup de la pensée de Peter Brook. Ilham Bakal s’est livrée sans retenue sur elle et sur ses travaux et réalisations.

Entretien avec Ilham Bakal

Ilham se confie sur sa formation, ses travaux personnels, ses relations avec les autres, sur les personnes qui l’ont influencée ou guidée.

Ilham Bakal artiste multicarte
Ilham Bakal comédienne

Entretien avec Ilham Bakal

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Ilham Bakal. Je suis humoriste, comédienne, réalisatrice-scénariste, metteure en scène-dramaturge, conteuse.

Alors, je suis née à Orléans et y ai passé toute mon enfance. J’y ai fait mes premières armes artistiques à l’école Diderot, puis Montesquieu puis Voltaire, notamment avec un projet autour des Nouvelles théâtralisées en partenariat avec la Compagnie Clin d’Oeil. En même temps, j’ai également monté mon premier atelier théâtre avec une bande de copines du lycée Marie, Héloïse, Céline, Caroline. Et à 15 ans, j’ai fait avec mes premiers essais de metteure en scène autour de textes de Tchekov et Ionesco.

Nicole Merouze (ancienne pensionnaire de la Comédie Française)

Ensuite j’ai fait le Conservatoire d’Art Dramatique à Orléans à mes 18 ans, en parallèle de mes études de mathématiques et d’informatique. En peu de mots, j’ai joué alors sous la direction de Jean Claude Cotillard, Nicole Merouze (ancienne pensionnaire de la Comédie Française), Bruno Sachel, Amédée Bricolo, Niseema Theillaud-Cotillard, et Jan Gabriel Nordman.

Isabelle Hurtin a joué un grand rôle dans votre vie

C’est lorsque j’ai joué sur la pièce de Mozart Wolgang Suite et Fugue sous la mise en scène d’Isabelle Hurtin pour la Scène Nationale d’Orléans que j’ai eu envie d’être comédienne professionnelle. D’abord, j’ai été épaulée par Isabelle Hurtin pour la préparation des concours des écoles nationales. Puis j’ai travaillé avec Niseema qui continue de me suivre et de m’épauler suite au cursus « Contes du Monde » de 5 mois qu’elle nous a proposé au Conservatoire d’Orléans.

l’équipe du Costume de Peter Brook

Ensuite j’ai rencontré l’équipe du Costume de Peter Brook, et notamment Hassane Kouyaté qui m’a invité sur le festival international Yeleen du Conte au Burkina Faso. Ce qui m’a permis d’être propulsée sur la scène internationale et de sillonner les routes du conte en Europe et en Afrique jusqu’en 2009.

Puis j’ai fait de la mise en scène et écrit pour le jeune public en France et à l’Etranger et depuis 3 ans, je suis également réalisatrice et scénariste.

Ilham Bakal réalisatrice scénariste comédienne
Ilham Bakal réalisatrice scénariste comédienne

Quelle est votre activité principale ?

Actuellement, je suis plus humoriste, comédienne et réalisatrice.

Mais, avant de faire ces 3 activités artistiques, j’ai d’abord été informaticienne suite à des études de mathématiques et d’informatique puis conteuse et metteuse en scène. Dès que je n’avais plus de contrat, j’écrivais des scénarios, mes contes, des pièces de théâtre pour enfants. Je participais aussi à des projets bénévoles ou à participation, j’ai ainsi joué dans près d’une cinquantaine de court métrage. Contrat ou pas, j’ai besoin de créer, dès que je me sens trop seule sur mon chemin artistique et qu’il n’y a pas de propositions, j’invite d’autres artistes sur des projets que je crée.

Parlez-nous de vos passions ?

Somme toute, j’aime le cinéma, l’humour, la création (notamment créer des histoires, quelle qu’en soit leur forme finale artistique), le théâtre et le conte. Les arts martiaux, le dessin, la peinture, ensuite côté lecture j’aime les thrillers et le fantastique. Egalement, j’aime les voyages à l’étranger, mais aussi en France, la France est incroyable, chaque coin de terroir est différent.

(suite de l’interview d’Ilham Bakal)

Comment vous faites-vous connaitre ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

Par le bouche-à-oreille, c’est d’abord le premier moyen qui m’a permis de me faire connaitre. Ainsi, la presse locale m’avait beaucoup aidé à Orléans. Une fois arrivée à Poitiers, il m’a fallu tout reprendre à zéro. Certes, cela a été un peu difficile et mon époux m’a alors très vite conseillé de développer mon réseau par les réseaux sociaux Facebook, YouTube, et maintenant Instagram…

Depuis peu, je commence à être sollicitée par des radios et TV, mais tout dépend de mon actualité. Ce que j’attends de mes fans ? Heu, c’est une drôle de question. Mais je sais que j’apprécie l’interactivité, les réactions qu’ils expriment sur les statuts, les échanges que je peux avoir à travers les commentaires ou les discussions en message.

Spectacle d'Ilham Bakal
Spectacle d’Ilham Bakal

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Qu’attendez-vous de vos fans ?

Ce que j’attends aujourd’hui le plus de leur part, c’est un public qui bouge, qui vient en spectacle. Malheureusement, beaucoup de personnes vivent les spectacles ou les activités artistiques par le net, derrière leur écran, alors que le moment que j’aimerai leur partager en live, sur scène est à mes yeux beaucoup plus fort, si précieux que ce que l’on peut vivre sur écran. Faire confiance, accepter de ne pas tout voir (sur écrans), pour vivre l’instant présent, dans ces moments de partage entre acteurs et spectateurs, c’est un moment unique qui d’ailleurs m’avait beaucoup manqué durant ma période où j’étais metteure en scène pour le jeune public, en France et à l’Étranger (pendant presque 7 ans). Ainsi, j’ai besoin de ce contact avec le public, de vivre ce lien invisible, mais d’une grande force avec le public sur scène.

Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur votre activité ou autre thème ?

Dès que l’occasion se présente, c’est important de pouvoir partager, discuter, écouter le public. Mais, mon activité de conteuse s’est réduite, car c’est un domaine encore trop peu connu du grand public. Cependant je continue de faire des dates pour de petites structures, de petites associations, de petits festivals qui souhaitent ce type de formule, j’y mêle de l’humour au milieu d’histoires merveilleuses. Depuis 2 ans, j’ai repris le chemin de l’humour. J’écris et interprète des sketchs pour des maisons de quartier qui veulent parler de sujets de société qui concernent les familles, aux côtés très souvent de professionnels de la santé pour ouvrir le débat. Le rire détend et facilite la réflexion, l’échange.

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Comment partagez-vous les films ?

Pour ce qui est des films, que je réalise ou dans lesquels j’ai joué, je suis heureuse de partager le visionnage avec le public. En effet, j’aime sentir leur ressenti silencieux dans la salle obscure, de voir les sentiments que j’espérais leur faire ressentir se produire au moment de la projection. Ensuite le temps d’une discussion où les questions et les observations du public sont intéressantes à entendre et à écouter, car parfois on déclenche quelque chose auquel on n’aurait pas pensé. Et j’aime aussi quand des spectateurs bien après le film nous font leurs retours personnels.

Le travail est long sur un tournage

Effectivement, ce sont des moments que j’apprécie beaucoup. Le travail sur un tournage, que l’on soit actrice ou réalisatrice, est long avant d’enfin connaître le retour du public — même si évidemment le travail du réalisateur est beaucoup plus long. Bien sûr, ces temps de partage avec le public sont indispensables et nous permettent de consolider notre boussole interne artistique.

ateliers pour enfants

À côté de ces temps de projections et de représentations, je fais des ateliers avec des enfants, des jeunes (adolescents et jeunes adultes), des adultes, primo-arrivants, personnes en situation de handicap. Depuis quelques années je travaille de plus en plus avec des familles en atelier, en milieu rural, urbain et à l’étranger. Ces moments me permettent d’avoir une sorte de thermomètre social, ils sont très importants à mes yeux, car ils me permettent d’orienter mes créations selon les besoins sociaux du moment.

Vous avez un nouveau spectacle Les Lunes.

Depuis plusieurs mois, je suis sur un nouveau spectacle création d’Isabelle Hurtin, avec qui j’avais travaillé sur son premier spectacle et que j’avais invitée sur mon premier spectacle (sourire). Ainsi, ce spectacle s’appelle Les Lunes, nous le jouons actuellement au théâtre de l’épée de Bois, à Paris, à la Cartoucherie. C’est génial de rencontrer le public après les représentations, évidemment il y a les amis et les proches qui viennent, mais aussi les curieux et le public que nous ne connaissons pas.

l’auteure-poétesse Marina Tsvetaeva

De plus, les échanges sont étonnants, pour le moment le public est ravi de cette pièce, les échanges sont très forts et vivants, et nous sommes heureux de faire (re) découvrir cette auteure-poétesse Marina Tsvetaeva. Souvent, j’ai l’impression de revivre, ce que moi-même je vivais, lorsque je rencontrais les comédiens, adolescente, et que je partageais avec eux mon ressenti.

Spectacle d'Ilham Bakal
Spectacle d’Ilham Bakal

(suite entretien avec Ilham Bakal)

Quel genre de pièces ou de films aimez-vous jouer ou réaliser ? Où va votre préférence : comédie, tragédie ou autres genres ?

Sur ces points, le registre comique est celui qui me plait, mais sincèrement contrairement aux apparences, c’est aussi celui qui me demande le plus de défis, de challenges, et de précision, d’assiduité, et de travail. Cependant, je ne dis pas que le travail dramatique ne demande pas de travail, bien au contraire. Disons que pour le dramatique, il y a quelque chose de plus interne, de plus profond, peut-être même l’ordre du mystérieux. Par exemple, je n’aime pas tout dévoiler à un metteur en scène. Lorsqu’il m’embarque sur le registre dramatique, c’est une relation assez particulière.

je reste silencieuse

J’ai eu un passé triste, donc je reste silencieuse, secrète, mais très à l’écoute de ce qu’un metteur en scène me demande. Parfois les metteurs en scène voient des choses de nous que nous ne sommes pas capables de voir. Et parfois le résultat est très étonnant et très éloigné de ce que je suis ou de ce que je crois être (lol). Mais dans tous les cas, j’ai besoin de rendre heureux le metteur en scène dans son processus de création, et de pouvoir sentir et lui apporter ce qu’il désire comme personnage.

Comment cela se passe-t-il avec vos coéquipiers de spectacle ?

Pour ma part, j’ai besoin aussi d’étonner mes camarades de jeu, et de transcender quelque chose, si je réussis à étonner mon équipe, alors je sens que le pari est gagné pour le public. Cependant avec le comique il y a une mécanique du rire presque sévère, qui demande une constante vigilance. Donc, on ne peut jamais se reposer sur ses lauriers des prestations précédentes, et je dois aussi avec le comique être vigilante à ma forme physique.

Difficile de faire rire les autres

Difficile de faire rire les autres, si je suis fatiguée ou plutôt épuisée. Aujourd’hui, je fais de plus en plus attention à ma condition physique. Je fais du sport de combat, de la natation et de la marche « active », et un peu de course à pied, le tout en dehors des périodes de résidence et de tournée. Sinon j’aime le fantastique (d’où mon côté conteuse), mais en tant qu’actrice au cinéma, je n’ai pas encore eu l’opportunité de jouer dans ce registre-là. En tant que conteuse, j’aime raconter ce registre du merveilleux qui surprend les enfants et adolescents et même les parents, tout en rajoutant une dose d’humour, là c’est du bonheur.

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Pourquoi avez-vous particulièrement retenu ce genre ?

Le comique, et bien pour être honnête c’est pour fuir ma tristesse, la contourner, ou la transformer. Je n’aime pas être triste longtemps. Et je pense que c’est de famille. Plutôt qu’être triste, on préfère rire de nous-mêmes (bon et aussi des autres, notamment des gens qui peuvent être méchants ou prétentieux), se fendre la poire, rire des situations cocasses. Le rire fait tellement de bien dans ce genre de situation. Ainsi, le rire était une arme presque naturelle pour tenir contre la pauvreté, la faim, la frustration, la violence et l’ennui.

Fernandel et Fernand Reynaud

Ma mère écoutait Fernandel et Fernand Reynaud sur Vinyle et quand est arrivé le petit poste de télévision, forcément on a regardé les sketchs du samedi soir. Et avec les copains de Saint Jean de la ruelle, Sandillon et de Saint-Denis en Val, on se faisait des battles de blagues et de sketchs. On imitait Smaïn, les Inconnus, les Nuls ou les Guignols, de mes 7 ans jusqu’à mes 13 ans. Ce n’est qu’à l’arrivée des jeux vidéo que mes copains se sont désintéressés des sketchs.

 

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L’entretien avec Ilham Bakal se poursuit ainsi.

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Et je me suis tournée vers les ateliers de théâtre au collège et au lycée puis j’ai tenté le concours du conservatoire (que j’ai réussi à mon grand étonnement). Et puis, il y a une jouissance à faire rire les gens qui est incroyable, j’adore quand les gens me disent « il faut que tu nous laisses respirer, on avait mal au ventre, on rigolait trop, là ! ». Juste heureuse, mais vraiment heureuse de faire rire à ce point, c’est un bonheur unique. 

Parlez-nous de votre dernière activité artistique, pourquoi vous l’avez choisie ?

Actuellement, je travaille sur le spectacle théâtral Les Lunes d’Isabelle Hurtin, d’après Marina Tsvetaeiva, une poétesse russe. Un projet en termes de création sur 9 mois, c’est-à-dire près de 7 semaines de résidence dans 7 lieux différents à Paris et en région parisienne (Agitakt, L’épée de Bois, le Théâtre 13, le T2G. En fait, il avait deux temps de partage avec le public autour d’une lecture d’une correspondance amoureuse exceptionnelle de Marina Tsvetaeva à un éditeur, une première fois au théâtre 13, puis à l’édition Triartis. Là, nous jouons enfin la pièce Les Lunes au théâtre de l’épée de Bois, dans la salle en pierre, qui est ma-gni-fique… Vraiment, c’est une expérience unique. Je suis touchée par la confiance que m’a accordée Isabelle Hurtin sur ce projet très ambitieux.

Marina Tsvetaeva

Je joue une facette de Marina Tsvetaeva, une facette étonnante d’elle, son rapport à l’écriture dans l’exil, son quotidien pour nourrir sa famille malgré le peu d’argent de son métier de traductrice et de poétesse, les femmes qui l’ont soutenu à continuer d’écrire. Ainsi, je crois beaucoup au soutien des femmes, car en réalité ce sont les femmes qui m’ont aidé à réussir, à avancer dans mon parcours. Au contraire, les quelques hommes qui ont changé ma carrière sont rares finalement. Il y a mes frères évidemment, mon époux, et quelques collègues, mais globalement, les femmes y sont beaucoup dans la réussite des hommes et des femmes célèbres, malheureusement, elles sont peu valorisées.

Isabelle Hurtin

Là, Isabelle Hurtin, à travers cette pièce, valorise incroyablement la patte artistique et mécène que les femmes ont apportée à Marina Tsvetaeva.

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Ilham Bakal artiste multicarte
Ilham Bakal

Ce texte vous a marquée ?

Ce texte m’a été incroyable dur, non pas par les mots, mais par la « notion grammaticale » de son écrit, d’autant que je suis en interaction avec 5 comédiennes en moins de 15 minutes sur mon passage. Ainsi, je joue au second tableau, je ne dois rien lâcher pour mes camarades de jeu qui suivent. Alors, le travail s’est fait « à la russe ». On travaille son texte en peu de temps sur place avec la metteure en scène.

les notes et le retour

Le comédien doit beaucoup travailler seul son texte avec les notes et le retour de la metteure en scène et de l’assistant-metteur Bruno Bisaro. Heureusement, celui-ci, étant lui-même poète, nous a énormément aidés dans notre façon de raconter les poèmes et les dialogues. Ainsi, il nous a permis de trouver une note juste et forte pour chacune de nos personnalités. Et en même temps on doit regarder le travail des autres en silence.

le personnage Marina

Il faut s’imprégner des autres remarques, pour que le personnage Marina interprété par 9 comédiennes soit une même ligne dramaturgique, pour qu’il y ait une coalition, un travail d’ensemble. Il n’y a pas d’actrice principale, ou plutôt nous le sommes toutes, pour un seul personnage. Isabelle me donne une chance aussi incroyable, car je suis l’une des quelques actrices finalement en interaction avec les 8 autres comédiennes toutes étonnantes par leur performance sur les différents tableaux. Mais le travail m’a été particulièrement inquiétant.

je remercie Isabelle

Finalement nous avons eu chacune près de 20 h à peine pour trouver une ligne juste dans le jeu, nous imprégner de la mise en scène et créer cette vision d’ensemble tant désirée par la metteure en scène. J’avoue parfois avoir perdu pied dans cette vitesse et cette exigence à la russe, mais je ressors grandie et plus confiante de cette expérience et je remercie Isabelle pour cette étonnante confiance qu’elle m’a accordée.

Spectacle d'Ilham Bakal
Spectacle d’Ilham Bakal

(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

Si vous n’aviez pas choisi votre spécialité, qu’auriez-vous aimé faire ?

En fait, si je n’étais pas comédienne, je serai… chanteuse, j’aurais sincèrement aimé faire ce métier, mais cela reste un métier très difficile, dans la pratique au quotidien et professionnelle. Peu d’ateliers à l’école autour de la musique et du chant, je trouve que l’on ne développe vraiment pas assez cette matière artistique, à l’école, au collège, c’est pour moi trop peu.

tout se joue à l’adolescence

Ainsi, autoriser les filles à apprendre un instrument dès l’enfance, permettra aux filles et aux femmes de mieux faire ce métier artistique, car il y a 95 % d’hommes. Et je pense que tout se joue à l’adolescence, voire l’enfance. Or, les garçons on les laisse sortir ou faire de la musique tranquillement, tandis qu’on demande aux filles de participer aux tâches ménagères ou de s’occuper des petits frères et sœurs à l’adolescence notamment. Si l’on est dans une culture familiale de musiciens, les filles ont plus de chance de faire de la musique, mais dans le circuit scolaire et social classique, l’apprentissage de la musique est très limité, finalement. Enfin, le phénomène #metoo déjà relaté sur les réseaux sociaux, est une réalité dans le domaine musical. J’ai eu beaucoup de propositions de « promotions canapés » que j’ai refusées.

me tourner vers le théâtre et le conte

Et elles m’ont alors amené à me tourner vers le théâtre et le conte, pour une plus grande sécurité financière d’une part (il y a moins de « transaction du corps » dans ces deux domaines-là), mais aussi pour une plus grande sécurité psychologique (car les hommes dans la musique sont assez cruels, de sacrés ogres).

Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ?

Le conseil le plus important que j’ai reçu est de rêver et surtout de rêver avant mes 30 ans.

À l’époque, j’étais au CNRS en tant qu’informaticienne, pour l’aérospatiale. Alors, je me posais des questions sur mes choix professionnels : aller vers le théâtre en tant que pro, ou rester informaticienne et faire du théâtre en amateur. Et lors d’une fête d’anniversaire entre collègues, il m’a alors dit de suivre ce que font les plus grands génies, et ce même si nous n’en sommes pas. De fait, ils ont tous rêvé de ce qu’ils ont créé avant leurs trente ans. Il m’a alors renvoyée que l’informatique risquait de me prendre beaucoup d’énergie. Et c’est le cas, on fait du programme toute la journée, on mange programme, on discute programme, on rêve programme et on se lève en pensant au programme que l’on allait créer.

rêve, et regarde

Ce monsieur allait avoir trente ans, il était un peu amer de ne pas avoir assez rêvé. J’en avais 22. Il m’a alors dit « rêve, et regarde dans quoi tu influenceras le plus les gens, l’humanité, dans l’informatique, dans l’aérospatiale ou le théâtre. Et ce même, à une modeste mesure », je ne me souviens plus de son prénom, mais ce moment-là m’a marqué à vie. Et je l’en remercie.

Je me suis alors laissé du temps pour rêver, et j’ai rêvé théâtre, conte, et cinéma… Alors rêver est sans doute le meilleur conseil que l’on puisse donner, rêver et… « aimer » comme disait Édith Piaf. Le rêve sans amour est si pâle, si fade…

(suite de l’interview d’Ilham Bakal)

Que préférez-vous jouer comme personnage ?

Un personnage en particulier, ouh là, je n’en ai pas. Mais j’avoue que j’aime jouer une femme forte, par sa vie, par ses idées, par sa présence, l’influence qu’elle a pu avoir auprès de ses contemporains. Marina, le personnage que je joue actuellement, me ressemble par certains aspects et m’a enrichi sur d’autres aspects où je me sentais moins confiante, notamment dans l’écriture. Quelle audace il y a chez Marina, une audace incroyable qui me donne beaucoup d’inspiration ! Mais il y a d’autres aspects chez Marina, que je ne ressens pas. Elle s’est sacrifiée pour la poésie pour être du cercle des poètes qui marquent l’humanité, elle a renoncé à une vie plus facile financièrement afin d’écrire ses poèmes.

C’est un choix d’être poète

C’est un choix d’être poète, mais un choix qui aujourd’hui encore est dangereux, tant par les risques que l’on peut prendre pour faire éclore chaque poème qu’elle a pu porter en elle. Cette femme est étonnante aussi par le contemporain de ses écrits. Ainsi, elle a écrit dès ses 12 ans, en 1904, jusqu’en 1940. Elle raconte des choses sur la vie d’une femme, sa condition d’artiste et de femme dans sa société qu’enfin nous osons dire et parler aujourd’hui. C’est une visionnaire. Je suis sincèrement touchée par la proposition d’Isabelle Hurtin qu’elle m’a faite pour ce personnage et bien d’autres.

Deux femmes deux âges
Deux femmes deux âges

Comment vous organisez-vous ? Votre métier déborde-t-il sur votre vie personnelle ?

Oui, par moment, c’est difficile. J’essaie de respecter les conseils donnés par Julia Cameron, dans son livre Libérez votre créativité, que Niseema m’avait conseillé de lire et d’appliquer. Donc en dehors des tournées, spectacles, ateliers et conférences ou présence à des projections de films, j’essaie de ne plus travailler après 18 h et d’avoir deux jours de repos par semaine. De fait, c’est important pour la vie de couple, la famille, les enfants et l’artiste que je suis, qui est aussi une créatrice.

En général, je ne fais plus de réseaux sociaux le soir pour promouvoir et faire vivre mon actualité sur Facebook, ou Instagam. Ainsi, j’ai beaucoup calmé ce rapport aux réseaux, et de façon étonnante c’est plus efficace, comme quoi en faire moins peut créer du plus.

Vos journées sont très prises

Ce qui est dur, dans mon activité professionnelle, c’est pour avoir mon statut d’intermittent. En effet, je mène environ une quinzaine de projets par an, ce qui est chaud. C’est parfois un casse-tête, entre mes employeurs, programmateurs, metteurs en scène ou « clients » (je n’aime pas trop ce mot, ce sont les acheteurs de spectacle ou d’atelier en dehors des programmateurs classiques). Avant tout, ils aimeraient tous que leur projet soit ma priorité. Donc il m’arrive que je travaille de 8 h à 18 h avec à peine 20 min de pause pour un déjeuner, et parfois je dois expliquer à mes différents collaborateurs, que je ne peux pas tout faire en même temps. Globalement, j’ai une majorité de collaborateurs-trices très compréhensive, il arrive de tomber sur des personnes trop exigeantes, mais c’est plutôt rare.

La plus grosse difficulté

La plus grosse difficulté c’est finalement lorsque je joue. Je ne peux rien faire que jouer la représentation en cours, je dois beaucoup anticiper sur mes périodes de tournées, et de résidences vis-à-vis de mes autres collaborateurs. En ce moment, depuis 3 ans, j’ai eu peu de vacances, car quasi pas de temps mort au niveau du travail. Je ne vais pas m’en plaindre, bien au contraire, je cherche maintenant développer mon activité de sorte de pouvoir embaucher d’autres personnes, pour répondre à la demande.

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Et votre mari dans tout ça ?

Côté vie privée, mon mari est musicien, Toma Sidibé. Donc il comprend très bien les aléas des tournées, de la fatigue qui nous vide après un projet, parfois de la mauvaise humeur, car il y a parfois des os dans un projet. Mais en relativisant et avec beaucoup d’humour et de communication, nous réussissons à gérer nos emplois du temps familiaux et professionnels (et de couple). Il est très actif à la maison pour le quotidien, et la gestion des enfants, il me soutient beaucoup. Ouf, le succès a parfois quelques revers qu’il faut savoir gérer pour ne pas briser la sphère privée. 

 

De quelle école vous réclamez-vous ? Ou de quelle pensée ?

Pour ce qui est du théâtre, je me rapproche beaucoup de la pensée de Peter Brook. Ainsi, je suis une admiratrice de son travail, de sa mise en scène, de la direction d’acteur. J’aime aussi sa vision du contact à avoir avec le spectateur, le public, et notamment le public qui ne connait pas le théâtre. Venant d’un quartier populaire, en zone prioritaire, c’est d’abord grâce à l’école et à des professeurs passionné-e-s de théâtre, qui souhaitaient rendre le théâtre et l’art en général accessibles au quotidien, que j’ai découvert le théâtre notamment dans les ateliers dans lesquels j’ai pu participer. Alors, ensuite, quand j’ai découvert Peter Brook, au conservatoire, tout ce qu’il a écrit me parlait.

festival d’Hassane Kouyaté Yeleen

Ainsi, rendre accessible le théâtre, trouver la ligne juste du jeu de l’acteur, gérer l’espace vide que peut être une salle quelconque et la transformer en une salle de théâtre. J’ai lu tous les écrits de Peter Brook et vu un grand nombre de ses mises en scène. Avec le conte, j’ai ensuite notamment pu travailler dans le festival d’Hassane Kouyaté Yeleen au Burkina Faso. Cela s’est fait suite à une rencontre avec l’équipe du Costume de Peter Brook et par la suite être en contact avec de nombreux collaborateurs-trices de Peter Brook.

Quel conseil donneriez-vous aux amateurs de votre spécialité ?

Ne pas abandonner, continuer de rêver, vivre autre chose que l’artistique, car souvent on est (un peu) piégé par notre passion qui peut être (très) envahissante. Avant tout, lire, aimer, voyager, regarder d’autres spectacles, et pratiquer (stage, cours, projet non rémunéré, ou semi-rémunéré), écouter ce que font les autres et regarder comment les autres réussissent. Trouver pour chacun-e ce qui nous donne la force de continuer de créer et d’aimer notre métier.

Quels sont vos auteurs, comédiens ou directeurs d’acteurs préférés ?

Pour les acteurs, Lubna Azabal, Rachida Brakni, Marion Cotillard, Adèle Haenel, Halle Berry, Jennifer Laurence, Emma Stone, Viola Davis, Octavia Spencer, Julia Roberts, Frances Mc Dormand, Suzanne Sarandon. Les actrices au cinéma m’inspirent beaucoup dans mon jeu, ma création pour mes histoires, mes personnages et même pour ma vie personnelle. De surcroit, toutes ces actrices (et en fait il y en a une dizaine d’autres facile que je pourrai citer) me transmettent une force que j’ai du mal à nommer. Ainsi, elles m’influencent dans mon jeu, mais aussi dans ma manière d’être femme. Par contre, je n’ai pas vu beaucoup de films de la période 80-90, je regardais beaucoup d’humour enfant et adolescente, et les séries en trombe lol.

  Romy Schneider

Mais il y a forcément Romy Schneider, incroyable par sa beauté, son jeu, ce qu’elle évoquait, ses yeux magnifiques. Il y aussi la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum qui m’a profondément marquée adolescente, Maria Callas dont j’ai regardé beaucoup de documentaires sur elle, mais aussi Souad Massi, dont je suis fan.

Quels sont les directeurs d’acteur qui vous ont marquée ?

Je vous en parle en quatre côtés :

1- Côté directeur d’acteur, j’ai été marquée surtout par les directeurs américains forcément Steven Spielberg, Martin Scorsese, Kubrick, Francis Ford Coppala, Robert Zemeckis, Christopher Nolan, et David Fincher. Mais c’est mon côté grand spectacle et informaticienne par les effets spéciaux qui prennent le dessus, j’avoue.

2- Côté français, Jean-Pierre Jeunet, incroyable à tous les niveaux, au niveau de l’humour, Pierre Salvadori, Olivier Nakache et Éric Tolédano font fort et très fort.

Côté théâtre

3- Côté théâtre, les metteurs en scène, acteurs et actrices qui m’ont marquée, Peter Brook et ses comédiens (Yoshi Oîda, Sotigui Kouyaté, et bien d’autres), Jérôme Deschamps et Macha Makaïeff, avec la troupe des Deschiens, Joël Pommerat, Irina Brook, James Thierrée, Michel Raskine (avec Marief Guittier en comédienne bluffante), Valère Novarina, et tant d’autres…

Côté humour

4- Côté humour, Gad El Maleh et Florence Floresti, la Jamel Comedy Club Team en France, côté states Ali Wong déchire tout (je l’adore !!), Dave Chapelle un maitre incontestable de l’humour, et bien d’autres…

Ce serait trop long de citer toutes les personnes qui m’influencent au quotidien, et ce, depuis de nombreuses années…

Ilham Bakal sur scène
Ilham Bakal sur scène

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(suite de l’entretien avec Ilham Bakal)

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Que lisez-vous en ce moment ?

Je lis peu en ce moment, car j’enchaine les créations et les textes de d’autres ou les miens. Dès que j’ai une pause, je lis les livres dont j’entends parler à la radio et par mes ami-e-s « lecturophiles ». Mes derniers livres que j’ai relu Les Suprêmes d’Edward Kelsey Moore, Chanson Douce de Leila Slimani. Ainsi, j’aime lire des thrillers le dernier en date qui m’a scotché et que je n’ai pas pu lâcher (je suis resté en pyjama pendant 3 jours) « la vérité sur l’Affaire Harry Quebert » de Joël Dicker. Il y a aussi forcément les écrits sur et de Marina Tsvetaeva.

Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

Je vais après les dates du spectacle Les Lunes, enchainer sur l’écriture de sketchs dans le cadre du mois de la parentalité géré par le CAC de Poitiers. En fait, je suis sur une finition d’écriture suite à plusieurs échanges avec des habitants du quartier des Couronneries, sur leur rapport aux écrans et à la gestion des écrans pour les enfants. Ensuite, je prépare le tournage, comme réalisatrice, du clip de mon époux. Ce clip tourne autour d’une chanson de son dernier spectacle jeune public Yélé.

Nous avons déjà collaboré ensemble, lui, à la musique et moi, sur le clip A Hurtebise, un clip sur la Grande Guerre, et sur un texte écrit par un soldat anonyme mort au combat.

l’équipe des Fous de Bassan

Puis, je vais démarrer un projet avec l’équipe des Fous de Bassan sur le projet Métro Post Forum, sur une correspondance entre habitants sur l’agglomération orléanaise. Ce projet est en gestation, il germera, je l’espère cet été, je pourrai vous en dire plus à ce moment-là. 

Et nous rejouons Les Lunes au mois de septembre au Square à Issy-les-Moulineaux.

Parlez-nous de vos événements à venir ?

Les Lunes, de et mise en scène d’Isabelle Hurtin, au théâtre de l’épée de bois jusqu’au 24 Mars, puis 16, 17, 18 septembre au Square d’Issy Les Moulineaux.

Où peut-on suivre vos actualités ?

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Le 18 Mars 2019

Ilham BakalEntretie

Ilham Bakal artiste multicarte
Ilham Bakal comédienne

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© librebonimenteur.net – Jean-Louis RIGUET 25 mars 2019

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

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