JL à l’écoute de… Aujourd’hui Emmanuelle Grün

Emmanuelle Grün, une auteure qui répond directement, sur sa vie très riche et remplie de plein de facettes.
Je suis née en 66, à Paris. Ça, c’est le début du parcours de ma vie. Mais il y en a eu d’autres. J’ai cheminé avec des ânes à travers France (avec notamment une traversée de la France d’Est en Ouest). J’ai aussi vadrouillé en voiture pour aller d’un Salon du livre à un autre ; puis il y a eu les parcours en train, en avion ou en bateau pour découvrir l’Europe et le monde (avec notamment un tour du monde de quatre mois en paquebot). J’ai beaucoup aimé me déplacer, trouvant une liberté particulière dans l’itinérance. Mon premier parcours a été celui des lignes écrites, déployées uniquement dans l’univers de mes pensées intimes. Un voyage intérieur, en somme. Pour le reste, il m’a fallu du temps pour comprendre que vivre, c’est bouger. Mon impression est d’avoir passé une bonne partie de mon enfance à être une potiche : je me trouvais bien là où l’on me posait. Après, j’ai fini par comprendre : c’est à moi d’avancer.

Que faisiez-vous avant d’écrire ou parallèlement à l’écriture ?
De 15 à 20 ans, je ne pensais qu’aux garçons. De 20 à 25 ans, je voulais changer le monde. Après, j’ai déprimé et eu ma crise mystique. À l’approche de la quarantaine, la découverte des ânes, des promenades asiniennes et mes premières publications m’ont permis de rebondir. Ce sont les ânes qui m’ont amenée dans le Perche pour ainsi dire.
Y a-t-il eu, pour moi, une vie avant et en dehors de l’écriture ? Oui, quand même. J’ai essayé de construire un semblant de vie de famille, un tissu relationnel. J’ai fait des études de Lettres, suivi des stages de formation de Français Langue Étrangère, dont un m’accordant pour quelques années, l’habilitation à la naturalisation. J’ai fait des piges à la rubrique culture dans les feuilles de chou du 93, distribuées dans toutes les boîtes aux lettres du département. J’ai eu de nombreuses expériences associatives dans des associations reconnues d’utilité publique, certaines bénévoles, d’autres où j’étais rémunérée. Je me suis occupée d’enfants en difficulté.
J’ai travaillé dans une association d’aide aux victimes de sectes, avec les fondateurs, laquelle association est devenue gouvernementale. J’ai fait un stage à Urgence psychiatrie où je devais seconder un psychiatre et des infirmiers chargés d’interner des psychotiques ou des alcooliques. J’ai travaillé dans un orphelinat en Roumanie, me suis aussi occupée d’animaux : les chiens abandonnés, les ours maltraités…
Ma principale orientation a néanmoins été le FLE : pendant dix ans j’ai enseigné le français à des étrangers d’une trentaine de nationalités différentes : m’occupant d’enfants, en me rendant dans les écoles de ma région, et d’adultes, dont des migrants avec des parcours incroyables pour certains, arrivés dans des coffres de voiture, ayant fui la guerre, ayant été séquestrés… J’ai envie de dire que c’est surtout eux qui m’ont appris. Actuellement, de manière épisodique, j’enseigne le français à des étudiants ingénieurs étrangers de l’université de Troyes, durant les intersemestres, ce qui m’oblige à rester à Troyes un mois environ. J’y retourne bientôt (le mois prochain).

Quelle est votre passion ?
Si je devais n’en citer qu’une, ce serait l’écriture. Je suis de nature passionnée. Mais pendant longtemps, j’ai eu une particularité, c’est de ne pas m’attacher à ce qui est matériel. Je ne ressentais pas l’envie de posséder ou de m’enrichir. Je m’attachais uniquement à des valeurs immatérielles : l’amitié, l’amour, la justice, les réalités sociales et psychologiques, l’histoire antique, l’architecture, l’art… et aussi la nature et les animaux. Mais en vieillissant, j’ai fini par devenir un tantinet matérialiste. Du coup, je passe moins pour une extraterrestre.

Qu’attendez-vous de vos lecteurs, admirateurs ?
Admirateurs ? Cela me fait sourire parce que quand j’ai commencé à dédicacer mes livres – c’était, il y a longtemps, j’étais encore jeune – dans des Carrefour de banlieue, j’ai eu deux propositions de voyages de deux inconnus, presque coup sur coup. La première fois, un type s’est approché de ma table. Je ne l’avais jamais vu avant cet instant-là. D’emblée, il m’a sorti : « Dans quinze jours, je prends un avion pour le Chili. Si ça vous tente, je vous emmène. » Un mois après, nouvel inconnu et nouvelle proposition : « Dans trois mois, je pars en voiture jusqu’en Chine (4L ou 2chevaux, je ne me souviens plus). Si ça vous dit… » J’ai eu le choix entre l’Ouest et l’Est. J’ai décliné pour les deux, bien sûr. Pourtant les voyages étaient tentants et j’ai aimé leur spontanéité. Je n’ai pas forcément eu peur d’une agression ou de quelque chose de ce genre. Je reste assez aventurière sur ce point-là. J’ai simplement pensé que partager de longs moments avec une personne inconnue risque fort de compromettre le voyage, autant pour celui qui m’invitait que pour moi. Sitôt j’ai refusé, ils sont repartis aussi vite qu’ils étaient apparus. J’ai longtemps repensé à ces propositions, en me demandant si je pouvais le regretter ou non, d’autant plus qu’après, je n’ai jamais eu d’autres offres de ce genre !
Mais revenons à la question du départ. Des admirateurs ? Non, je ne cherche pas. Ce que je souhaite surtout, c’est que ce soient les lecteurs qui attendent de moi. C’est là où le métier d’écrire devient gratifiant. J’aimerais que le livre soit autre chose qu’une distraction, qu’il apprenne, aide à réfléchir, éveille les consciences. Je suis moi-même très admirative des auteurs qui comme Voltaire, Descartes, Victor Hugo ou Zola, sont parvenus à créer des électrochocs dans la population.

Comment vous faites-vous connaître ? Comment allez-vous à leur rencontre ?
Maintenant par le distributeur Hachette, le diffuseur et distributeur Daudin, Internet, les réseaux sociaux, NetGalley, le site « Simplement » qui propose des services de presse, des articles d’une presse locale par-ci, par-là, les salons du livre bien sûr, ainsi que les dédicaces en librairies, le bouche-à-oreille sans doute. Mais préalablement, par les ânes, j’ai envie de dire. Les ânes savent ouvrir les portes, au sens propre comme au figuré, d’ailleurs.
Au cours de mes randonnées asiniennes, j’ai eu de très nombreuses interviews pour la radio ou la presse, parfois la télé régionale. Une de mes randonnées, en Normandie a été médiatisée, mais je n’ai pas reproduit cette condition, car si vous trouvez de l’aide à tout moment, en toutes circonstances sur votre chemin où est l’aventure après ça ? J’ai fait deux émissions télé sur Direct 8, à l’époque où c’était encore vraiment du Direct. Gros stress avant de passer. Sinon, un animateur de Chéri FM m’a contactée, au cours d’une de mes randonnées, parce que mon âne Chéri a le même nom que la radio. Précision : j’ai appelé mon âne Chéri, parce qu’il vient du Cher, et non par rapport à la radio. Autre grosse surprise : j’ai reçu un mail de la fondation Bardot et un week-end, Brigitte Bardot m’a contactée personnellement parce qu’elle avait été touchée par mon livre sur ma traversée de la France avec un âne. Aussi, au final, je ne sais pas toujours comment on réussit à me connaître.

Faites-vous des rencontres, des lectures ou des conférences sur vos ouvrages ?
C’est essentiel, les rencontres, pour vendre. J’ai fait la plupart des grandes enseignes commerciales : Carrefour, Leclerc, Cultura, Auchan, Cora ; d’innombrables librairies et salons du livre. J’ai fait deux fois le Salon du livre de Paris, une fois le Salon du livre d’Île-de-France à Mennecy et sept ou huit fois La 25e heure du Livre.
Quant aux conférences, il y en a eu pas mal sur les ânes (au moins une dizaine) et deux sur l’histoire antique : une dans un café historique à Châteauroux et l’autre dans l’ambassade de Grèce de Paris. Je suis allée présenter mes livres à deux reprises dans un lycée agricole. La première fois, le directeur a acheté 35 exemplaires de mon livre pour en donner un à chaque élève ! Récemment, je suis allée présenter mes livres pour des petits de deux classes de maternelle. J’ai aussi dédicacé dans des endroits improbables : au salon de l’agriculture de Paris, au salon du tourisme de Paris, dans un comice agricole, un office du tourisme, les locaux d’une SPA, des maisons de retraite… J’ai aussi fait pas mal de marchés de Noël, certains dans le froid d’une nuit d’hiver, mais ça, plus jamais !

Depuis quand écrivez-vous ?
Il y a eu trois commencements.
J’ai réalisé mon premier scénario à cinq ans (si, si !) avec une série de dessins racontant l’histoire d’un renard qui avait fabriqué un piège pour un lapin. J’ai enregistré l’histoire sur un magnétophone. Bon ok, il n’y avait que moi pour la comprendre. En fait, j’étais tellement impatiente d’écrire que j’ai voulu apprendre par moi-même et le résultat se voit encore quand je tiens un stylo : je ne sais pas bien le tenir.

Le deuxième commencement, j’avais seize ans et je voulais retrouver un garçon à Toulouse. J’ai essuyé un « non » catégorique des parents. Normal : je n’avais que 16 ans. Alors j’ai monté un plan. Je me suis mise à raconter ma vie de lycéenne, puis à taper le texte sur une machine à écrire. J’ai envoyé le texte aux Éditions Privat, situées à Toulouse, bien sûr. On peut croire que cette initiative était aussi naïve que ridicule, mais ça a quand même marché. Du moins pour aller à Toulouse. J’ai été accompagnée par ma tante et j’ai rencontré Dominique Authié, le directeur littéraire lequel, évidemment, n’a jamais connu ma motivation véritable pour venir au rendez-vous. Mais je n’ai pas pu revoir le petit copain. Il faut dire que mes parents n’ont pas été complètement dupes.

Enfin le troisième commencement. Un peu avant la quarantaine, publication de mon premier livre chez Yvelinédition. Je pense que ce fut en fait là, le vrai départ.

Qu’avez-vous déjà écrit ?
Des livres avec des thématiques différentes, mais beaucoup d’autobiographies. D’ailleurs, on dirait que je continue ici.

Mon premier livre : « Du soleil dans les yeux et le pas de l’âne comme un cœur qui bat » est le journal de ma traversée de la France avec un âne.
Le deuxième : « Silences et non-dits de l’histoire antique », est un livre d’histoire.
Le troisième : « Europe, Mon amour », est un roman.

J’ai aussi écrit des livres pour enfants, sous forme de jeux de cartes, avec à chaque fois mon âne pour « héros ».

On m’a plusieurs fois demandé combien de livres j’ai écrits. Je n’en sais rien. Je n’ai jamais eu le courage de compter. Plus de quinze en tout cas. Mais je ne les réédite pas tous et je n’en présente qu’une partie sur une table. Je me suis rendue compte que lorsque je présente beaucoup de livres, en dehors des salons du livre, ceux qui passent devant ma table ne pensent pas que je suis l’auteur. De plus, trop de livres différents sur une table, ça fait un peu fouillis. En fait, pour vraiment jouer le jeu, il ne faudrait avoir que le dernier livre à présenter. Déjà du fait que je me fais concurrence à moi-même. Mais je n’ai plus le courage. Quand j’ai commencé, j’étais toujours sûre de vendre avec un seul livre. Maintenant, ce n’est plus toujours le cas.

Quel est votre dernier livre ? Pouvez-vous nous en parler ?
Mon dernier livre FILS DE est un roman psychologique, social, contemporain avec un aspect thriller. J’ai tenu aussi à ce que ça soit un livre engagé en ce sens qu’il dénonce certains travers de notre époque et anticipe sur les évolutions à venir de notre société.
Le héros de cette fable moderne est un enfant de la Jet-Set, enfermé dans une propriété de Sologne. On suit d’un bout à l’autre de l’histoire de ce garçon et on le voit grandir au fil des chapitres. À la fin, c’est un adolescent. L’histoire commence lentement et évolue crescendo, avec un suspense qui rend l’évolution impossible à deviner. C’est aussi pour ça que je n’en dirai pas plus.

Où peut-on se procurer vos ouvrages ?
Dans les librairies, sur internet, etc.

Quelle est votre position par rapport aux publications à compte d’éditeur, à compte d’auteur ou à compte participatif ? À l’e-book ?
Très vaste sujet que je traite sur mon blog : ÉCRIREUNLIVRE.vefblog.net. Chaque système a ses avantages et inconvénients.
À titre anecdotique, j’ai contribué à l’écriture d’un livre publié chez Albin Michel, mais c’était au nom de l’association dans laquelle je travaillais. Ma principale expérience avec le compte d’éditeur a été avec Patrick Pasin des Éditions Carnot, une maison d’édition dite de taille moyenne. Les livres étaient ensuite présentés dans une émission de Thierry Ardisson. J’avais rendez-vous chaque semaine avec l’éditeur, pour la correction de mon livre. Une correction qui, au passage, me laminait mon texte initial. Peu à peu, je me suis rendue compte que la maison d’édition faisait surtout son beurre avec des récits et témoignages plus ou moins complotistes. J’ai commencé à moins aimé mes rendez-vous avec l’éditeur. Puis un jour, j’ai vu Monsieur Pasin totalement fébrile. On venait de lui adresser un livre expliquant que lors des attentats du World Trade Center, aucun avion n’avait percuté les tours jumelles. Il y croyait lui-même, semblant confondre la bonne affaire avec la véracité de l’enquête. Notre collaboration s’est arrêtée là. J’ai décidé, suite à cette expérience, de ne plus rien attendre des maisons à compte d’éditeur.

Certes, il existe des maisons à compte d’auteur qui arnaquent, mais pas toutes et certaines disposent de systèmes de diffusion et d’édition que n’ont pas toujours des maisons à compte d’éditeur. Mon avis est surtout que si l’on croit vraiment à ce qu’on écrit, alors on n’a pas besoin de supposer que l’on dépend du bon vouloir d’un éditeur, pour exister. D’autant plus que l’on trouve maintenant des possibilités pour se faire éditer et connaître avec des petits prix.

Homère, de nos jours, reste une célébrité. Pourtant, à son époque, il n’y avait ni imprimerie, ni maisons d’édition, ni télé, ni réseaux sociaux. De quoi laisser songeur, quand même…

Quel est le conseil le plus important que vous ayez reçu ? Pas forcément pour les livres ?
J’ai longtemps eu du mal à écouter les conseils. Ça commence par mon aversion envers les modes d’emploi : cette écriture en petits caractères tassés sur un minuscule bout de papier qu’on nous oblige à lire, quelle corvée ! Les conseils, ce sont des modes d’emploi, mais version orale. Bien sûr, ça m’a parfois joué des mauvais tours. Mais à l’occasion de mes études, j’ai découvert des philosophes gréco-romains, avec plein d’a priori : Platon, Aristote, Plutarque, Sénèque. Là, pour la première fois, je suis tombée sur des réflexions vraiment très pertinentes. J’ai eu l’impression qu’ils savaient mieux parler de notre époque qu’une brochette de dix pseudo-spécialistes sur un plateau télé. C’est peut-être le fait d’avoir entendu trop de niaiseries, qui m’a dégoûté des conseils.

Il y en a peut-être quand même un qui m’a plu, qui m’a donné le goût des mots et des lettres. C’est : « Relis bien la dictée ! »

Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?
Relis-toi !

Que préférez-vous écrire ou lire : des romans, des poésies, des essais, des nouvelles, des biographies ?
J’ai eu mes périodes, celle des essais, celle des romans. Mais pourquoi sélectionner ? Il y a parfois de la poésie dans certains essais et des réflexions d’essayistes dans certains romans. J’adore les romans, pourtant j’ai souvent beaucoup de mal à accepter les codes de la fiction. Ça, c’est peut-être aussi parce que j’écris. J’aime en particulier les romans qui sont des miroirs subtils de notre époque, les romans qui savent créer des atmosphères et aussi ceux qui savent me devancer. Mais pour ces derniers, les auteurs doivent savoir courir vite.

Comment écrivez-vous ?
Le premier jet est rapide. Mais je mets autant de temps pour rectifier et corriger mon texte. J’ai écrit FILS DE en trois mois et le livre faisait initialement 500 pages. J’ai mis autant de temps pour le réduire et corriger le texte.

Où puisez-vous votre inspiration ? Avez-vous eu, en vue d’écriture, des commandes d’ouvrages ?
Question très personnelle. Généralement, je pars d’une réflexion profonde au sujet d’une situation réelle et après ça dérape…

Comment construisez-vous vos intrigues, vos personnages ? Vos personnages sont-ils toujours imaginaires ?
Je n’ai pas l’impression d’inventer mes personnages. J’ai l’impression que ce sont mes personnages qui viennent s’imposer dans mon récit. Ils me hantent, me séduisent. Ce sont des fantômes… Vous ne croyez pas aux fantômes, vous ?

Quels sont vos auteurs préférés ?
Je suis de la vieille école. J’ai tendance à préférer des auteurs classiques. Un roman que j’ai beaucoup apprécié pour ses atmosphères : Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier. Sinon, dans mes préférences : Saint-Naïf de Paul Guth, Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, Moll Flanders de Defoe, ou encore Voyage au bout de la Nuit de Céline, sans oublier Le Petit Prince de Saint-Exupéry. J’ai plus tendance à définir mes préférences à partir des œuvres qu’à partir des auteurs.

Que lisez-vous en ce moment ?
Ma dernière lecture est un livre numérique : il s’agissait d’un roman présélectionné dans un concours.

Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?
Il y a tellement de livres dans les tuyaux… Qu’il va falloir appeler le plombier ! Je pense que le prochain sera un essai. Son titre : « Le fou de ta rue regarde la fusée s’envoler ». De quoi ça parle ? Mystère…

Avez-vous des dates d’événements à venir ?
Toujours. Je les indique sur mon site.

Où peut-on suivre vos actualités ? Vos parutions ?
Mon site : https://emmanuellegrunlivres-11.webselfsite.net

Le 15 décembre 2022
Emmanuelle Grün

Je remercie sincèrement Emmanuelle Grün d’avoir eu l’amitié de se livrer à ce jeu des questions-réponses.
© Jean-Louis RIGUET le 6 janvier 2023, Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

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