Là où l’humain se planque, Angèle Casanova

Là Où L’HUMAIN SE PLANQUE

Angèle Casanova

Nouvelles

L’illustration de couverture est de Jacques Cauda

TARMAC éditions

28 pages – Mars 2017 – Prix 8 €

ISBN 979-10-96556-04-5

http://www.tarmaceditions.com/

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 Crédit photo Philippe Martin
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Quand j’ai reçu ce livret, j’ai tout d’abord été surpris par son look. S’agit-il d’un livre osé pour ne pas dire plus, me suis-je demandé ? D’une certaine manière, il l’est. Car il fallait les écrire ces deux nouvelles dans un style qui n’appartient qu’à Angèle Casanova. Il fallait oser écrire et oser publier. C’est fait.
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Une carte postale en guise de quatrième de couverture nous invite à la lecture :
Tarmac, le 1er mars 2017
Chers amis,
Un livre, c’est d’abord un texte.
Un lieu dit pour un rendez-vous entre un lecteur et un auteur.
On se cherche un peu, on se reconnaît.
On se raconte, on s’attache.
En vous souhaitant une belle rencontre,
A bientôt.
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Papier texturé. Je touche aussi, je sens, je renifle, il y a comme une odeur d’inconnu, un parfum d’imprévu, une senteur de découverte en devenir, un ressentiment de mystérieux. Puis, on s’apprivoise. J’ose ouvrir, j’ose feuilleter, j’ose tourner les pages en chipant un mot par-ci, un mot par là.
Puis, je me lance. Courage car la première ligne m’emmène dans un endroit connu : « Il habite dans un immeuble étudié pour l’ensoleillement maximal. » Qui il ? Plus loin, on parle de elle. Qui elle ?
L’intérieur est des plus sobres, le strict minimum. Pas de fioritures. Juste l’essentiel.
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Le texte de la première nouvelle commence à la page trois, direct en haut de la page. Pas de titre superflu. Ce premier texte « Là où l’humain se planque » se déroule sur quinze pages avec seulement cinq paragraphes. L’espace est utilisé au maximum.
Les phrases sont courtes, extrêmement courtes, certaines ne comportent qu’un mot. Presque à l’excès ! Au début, c’est troublant, puis on s’y fait. Ce n’est pas l’auteur qui s’adapte, c’est le lecteur. Il faut s’y faire, Angèle est comme cela.
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« C’est l’histoire d’un mec » aurait dit Coluche, qui tourne en rond. Il s’emmerde dans son appartement qu’il ressent comme une prison. Il étouffe jusqu’à la colère. Il voit des soleils rectangulaires. Une obsession l’habite, ce 80 – 20 pour cents. Elle a plus que lui. Il a le débarras et elle le salon. C’est réaliste.
Réaliste ce texte, oui il  l’est, comme le deuxième. Combien de fois n’ai-je pas entendu cette histoire de 80-20 ou 60-40 dans mon cabinet ? Des milliers sûrement. C’est le point de jonction entre l’amour sans condition et les conditions sans amour. Au début, l’amour domine tout avant de laisser la place à autre chose, de moins glamour, plus réaliste. Et tout ça dans des appartements sans âme où le soleil est rectangulaire.
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La deuxième nouvelle « A ouvrir dans trente ans » est encore plus courte : trois pages. On retrouve une écriture normale, moins hachée. Là aussi, une obsession l’habite. On y parle solitude à moins que ce soit isolement, absence de communication. On peut aimer la solitude, mais aime-ton l’isolement ?
La colère est présente également et elle nous insulte : « Je l’emmerde, le monde. Et tous ces connards avec.« 
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Crédit photo Philippe Martin
Dans ces deux nouvelles, les personnages finissent par s’évader vers autre chose que le réel.
C’est un cri de douleur, de colère, qui vient du plus profond de l’être. Peut-être un appel au secours ! un appel à la libération ! En tout cas, c’est un mal-être exprimé d’une manière rageuse, rugueuse, avec talent.
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C’est un recueil, un carnet plutôt, qui dérange, surtout que l’auteur insiste dans les trois dernières pages dans un troisième texte « L’auteur par l’auteur » en parlant d’elle-même. « Dire le monde tel qu’il est, même si ça fait mal« , c’est le principe de l’auteur. D’ailleurs, Angèle Casanova aime bien se flageller : « Se foutre des beignes pour ne pas oublier que le monde est tel qu’il est, que ce truc, ça se passe tout le temps, ailleurs, loin, et encore, peut-être, derrière une porte sur votre palier. » Elle conclut « ces choses-là se déroulent, alors que, peut-être, le linge sale est là, derrière une porte sur votre palier, ou même dans votre album de famille, dans le cœur de os morts. Dans le vôtre peut-être. »
Ces textes d’une force inouïe sont signés Angèle Casanova. On en reparlera !
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Crédit photo Philippe Martin

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Des extraits :

Là où l’humain se planque

Cet appartement. Cet immeuble. Le dégoûtent. Profondément. Il ne voulais pas. N’aurait jamais voulu habiter là. Elle lui a forcé la main. Rien à faire. Faut toujours qu’elle décide. Et lui, il doit suivre. A contrecœur. Ce qu’il en pense, rien à battre. Quand il a des velléités de rébellion, elle le remet à sa place. Celle de ses 20 pourcents. Pas grand-chose, 20 pourcents.

………….

Pas grand chose. 20 pourcents. De cette tranche de dalle bétonnée, à peine dissimulée sous un carrelage blanc. 20 pourcents. Qu’il possède. Le bénéfice de son salaire. Pas d’apport. Alors. Pourquoi aurait-il plus. Donc. 20 pourcents. Les gagne. Les sue. Les mérite. Ses 20 pourcents. Mais plus. Non. Elle. Oui. Elle a hérité. A de l’apport. Alors. Pourquoi aurait-elle moins. 80 pourcents. Le montant de sa part du gâteau. Il se demande. Parfois. Ce qu’il a vraiment. Ce qui est vraiment à lui. Ici. Qu’est-ce que c’est que 2 pourcents. Qu’est-ce que ça représente. Les toilettes. Le cagibi. Les penderies. Les pièces techniques. A coup sûr. Oui. Cela doit approcher ça.

…….

Un jour il craque. Ça s’est fait petit à petit. A coup de gueulantes. Interminables. Fais pas ci. Fais pas ça. Dors pas. Tu ronfles. T’as pas fait les courses. Vu le salaire que tu gagnes. Tu pourrais au moins te magner le cul. Laisse-moi la chambre. Va dormir dans ton clapier. Tu l’aimes tellement. Et puis. Vu ce que tu baises. Autant plus venir dormir avec moi. Mais qu’est-ce qui m’a foutu un raté pareil. Va te faire foutre. Je te remplace quand je veux.

A ouvrir dans trente ans

Elle regarde le plafond, compte les fissures, apprend par cœur les dessins hasardeux qu’elles forment, une biche, une chaise, constellations nouvelles sur ce ciel improvisé. Elle regarde le plafond, des heures, des jours, elle ne sait plus. Les persiennes font entrer le soleil et puis non, le temps disparaît. Seule compte l’attente, et encore, au début. Même cela finit par disparaître. Dès lors, elle se contente de fixer le plafond.

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Quelques mots sur l’auteur :

En dehors des trois pages du texte « L’auteur par l’auteur », il n’est pas dit grand chose d’Angèle Casanova, si ce n’est qu’elle a fait des publications de nouvelles et de poèmes dans les revues suivantes :

L’Ampoule, Le Cafard hérétique, Le Capital des Mots, Ce qui reste, Festival Permanent des Mots, Journal de mes paysages, lorem ipsum, Métèque, Paysages écrits, Remue.net, La Revue des Ressources, Traction-Brabant, Zinzoline.

Une de ses nouvelles poétiques figure dans le premier recueil des Editions Bancal, Illusion(s) : nouvelles et textes poétiques (2015).

Son site : gadins et bouts de ficelles (2006). http://gadinsetboutsdeficelles.net/

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Si vous voulez en savoir plus sur le parcours d’Angèle Casanova, suivez ce lien :

https://librebonimenteur.net/2017/05/02/jl-a-lecoute-de-angele-casanova/

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Tout sur mes livres :

https://sites.google.com/site/sitejeanlouisriguetauteur/home

https://lecriveurjeanlouisriguet.blogspot.fr/

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https://www.youtube.com/channel/UCcLyJcrYJkDfuM9zm6mfbCQ

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Jean-Louis RIGUET 05 mai 2017

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

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