5 auteurs 1 nouvelle

Sylvie Salzmann, Pascale Chevallier, Annette Lellouche,

Nicolaï Drassof et Jean-Louis Riguet

présentent

MO.V. ou Mots d’Auteurs en Vadrouille

Il était une fois … Des Auteurs en vadrouille.

 L’historique

Le temps du week-end de la Pentecôte 2013, Sylvie, une jolie traductrice, pétillante et guillerette lança une conversation : Les mots qu’on aime ou pas …

Annette, Nicolaï, Jean-Louis, Pascale et d’autres qu’il serait trop long d’énumérer décidèrent d’échanger des mots compliqués, oubliés, inventés, délurés, déjantés, parfois déstructurés. Ils avaient envie de redonner vie à tous ces mots délaissés qui se morfondaient dans un coin de leur mémoire. Que de mots perdus qui jaillirent tel un feu d’artifice un soir de quatorze juillet : Carabistouilles, mandragores, picaresque, embrouillaminis, amphigourique, adamantin et tant d’autres encore dont la plupart des auteurs ne se souvenaient même plus, quand d’autres n’en connaissaient même pas la signification. Qu’à cela ne tienne, tous se prirent au jeu et libérèrent dans une totale liberté tous ces mots malins, taquins, vilains ou sereins.  Au fil des heures, ils se retrouvèrent pris en otages par ces petits bidules, machins, chouettes … pas si machins que ça, pas si chouettes que ça. Et ils se lancèrent un défi : et si nous retrouvions le chemin de notre âme d’enfant en inventant une belle histoire avec tous ces bidules-machins-choses qui stimulent  nos plumes ?

L’aventure démarra sur les chapeaux de roue. Les esprits s’échauffaient. C’était à qui allait trouver la plus jolie phrase avec le mot le plus bizarre. Vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre ! Eh oui !

Voici donc « il était une fois … Des auteurs en vadrouille » co-écrit par : Sylvie Salzmann, Pascale Chevallier, Annette Lellouche, Jean-Louis Riguet et Nicolaï Drassof. Morceaux choisis et mis en texte avec l’approbation générale par Annette Lellouche.

La Nouvelle

Mine de rien, Sylvie la reine de la discussion, lança un mot à la volée qui surprit tout le monde : au détour d’une recherche pour mes traductions, je viens de découvrir « zinzolin« . Le connaissiez-vous?

Annette ne connaissait pas, non ! Elle fronce les sourcils, réfléchit, hoche négativement la tête. Mais elle est si curieuse ! Rapide comme l’éclair, elle se jeta sur l’incontournable Wikipédia : Le zinzolin, ou gingeolin, est une couleur rouge violacée, tirée de la semence du sésame. Le mot zinzolin viendrait de l’italien zuzzulino « d’une couleur violet rougeâtre et délicat » en parlant d’étoffes. Sa maman est couturière et elle lui offrirait bien zinzolin pour la fête des mamans. Tiens tiens se dit Annette en souriant à zinzolin, Hop dans son escarcelle où elle cache tous ses trésors !!! Il n’en fallut pas plus pour déchainer une bande de plumes aguerries à la poursuite de zinzolin. Ce qui est certain c’est qu’Annette ne s’y attendait pas ! Mais pas du tout ! Ce fut un déferlement de rires, de fous-rires qu’elle avait déclenché en toute innocence ! Annette, l’étourdie, ne remarqua pas qu’elle était en train de semer à tous vents Zinzolin.

Entre temps, certains auteurs étaient partis faire une promenade sans prendre garde à la pluie et à leur retour ils étaient trempés de regrets d’avoir loupé la fête.

Ils ne se génèrent pas pour envoyer leurs doléances :

Pascale: et voilà ! Je prends un peu de liberté, oh trois fois rien, le temps d’une escapade au pays des rêves, de la citronnelle et du zinzolin et que d’embrouillaminis rigolos !

Sylvie  arrive à son tour : Ò Quels jolis échanges!! Je suis partie quelques heures et quand je reviens voilà que je retrouve notre petit jardin planté de « mau-ves » et de bien d’autres variétés en pleine floraison ! Pas de motus pour les mots. J’apprends de plus qu’Annette avait pris la poudre d’escampette avec, dans son escarcelle, une pincée de zinzolin qui ne tarda pas à se répandre sur son chemin. Car l’escarcelle d’Annette présentait une minuscule issue par laquelle ladite poudre avait été invitée à jouer la fille de l’air ! Il eut fallu enfiler un minuscule opercule pour éviter de laisser glisser le zinzolin, précieux sésame qu’Annette entendait bien utiliser pour teinter l’arc-en-ciel vers lequel elle avait entrepris de marcher.

Sur ces entrefaites, Annette remarque que le ciel s’assombrit brusquement. Plus de zinzolin, plus de lueurs violacées pour illuminer son tracé ! Son escarcelle percée s’était vidée. Annette était désemparée ! Il y eut plus grave ! Saperlipopette ! Le zinzolin en s’évadant, emberlificota un grand vautour qui se trouva pieds et poings liés sans pouvoir voler. Ses ailes tintinnabulaient lugubrement. Son ombre plana sur le chemin des auteurs en vadrouille.

Sylvie, amusée, imagina aisément ce qu’allait  penser et faire Annette : «Ouille ! Qu’est-ce que c’est que cette embrouille ? J’aurais mieux fait de prendre du rouille ou du jus de citrouille. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Et ce vautour, qui me tourne autour… je m’en vais lui jouer un tour» et Annette, qui n’était pas bête, cueillit sur son chemin teinté de zinzolin, une touffe de bettes dont elle choisit la plus longue et la plus belle : Annette avait désormais une baguette ! Il ne lui manquait plus qu’une formule magique avec laquelle elle aurait voulu à la fois libérer le vautour et récupérer son zinzolin. MON Zinzolin râlait tout haut Sylvie ».

Jean-Louis se contenta d’une phrase laconique : « Je n’ose intervenir. C’est une belle partie de ping-pong. Bravo les filles » !

Annette ne tarda pas à réagir. Ouille ouille ouille ! Quenouille… Citrouille ! Annette dépourvue de son zinzolin, munie de sa baguette magique, s’en alla conter en catimini ses mésaventures à Jean-Louis. « Jean-Louis, toi seul es capable de viser le vautour, de l’estourbir et de l’achever ! Ainsi l’arc-en-ciel plus lumineux que jamais scintillera en nos habits zinzolins. Je t’en prie, fais-le ! Libère-moi de cette enclave ténébreuse dans laquelle je me suis fourvoyée…. Sois mon libérateur et je te proclamerai « Bayard, sans peur et sans reproche ».

Nicolaï qui jusque-là était resté discret, voulant sa part du gâteau, envoya une jolie poésie à Annette

Calembredaine

Je danse la calembredaine
Au clair de la lune, en vain

Sous un arc-en-ciel repeint
À la poudre de zinzolin

Je danse la calembredaine
Au clair de la lune. Tu viens ?

J’ai dit « sésame » et s’est ouvert
Ton cœur de perlimpinpin

Je danse la calembredaine
Au clair d’une lune de satin

Tu ne m’as dit que balivernes
Mais j’ai tout cru. Est ce que je t’aime ?

Et je danse la calembredaine
La lune a des reflets adamantins.

Annette très émue, ne tarda pas à réagir :

Pendant que bien sagement
Annette s’en est allée dormir
Un gentil chevalier vaillamment
Dans ses rêves roses voit surgir

Viens l’invite-t-il, viens danser
Perçois comme la lune s’emballe
Entends la musique s’élever
Sous le claquement des cymbales

La lune est d’or et d’argent
Dans ce ciel extravagant
Viens, entre dans mes comptines
Crois en mes promesses adamantines

Annette ne croit pas ces futiles mots
Qui ne sont qu’embrouillaminis
Es-tu Picaresque crie-elle tout haut
Qu’est-ce que tout ce charivari ?

De toi je ferais ma reine d’un bal
Le reflet de tes cheveux au zinzolin
Chassera le vautour du mal
Viens vite, donne-moi ta main

Je ne sais pas danser la calembredaine
Tes mots ne sont que carabistouilles
Poivre et sel pour fadasse ratatouille
Ton invitation, j’en ai peur, restera vaine

Devant l’air penaud et contrit
Du malchanceux chevalier éconduit
Annette se ravise et lui lance un défi
Je danse mais c’est moi qui conduis

Entre dans ma sarabande des mots
Qui chantent et glorifient la joie
Qui effacent et guérissent les maux
Ainsi je te nommerai mon roi !

Un effroyable froissement d’ailes
Libère soudain la noirceur du ciel
Une montgolfière timidement prend son envol
Dans sa nacelle, Annette et Nicolaï volent.

Sylvie avait fort à faire et l’énonça :

A la claire fontaine
digue dondaine
il faut que je bosse
même si j’ai la cosse
J’aurais préféré de bien loin
continuer à écrire sur le zinzolin!!

Jean-Louis qui avait bien reçu cinq sur cinq le message d’Annette, n’écouta que son cœur : « sur mon vieux destrier essoufflé, j’arrive les filles pour vous sauver. Où ai-je mis ma vieille rapière. Saperlipopette, mais où est-elle passée ? Ah, la voilà, toute rouillée par tout le sang qu’elle a fait couler. Viens ici Bayard que je monte sur la selle en m’aidant d’un vieux tabouret tarabiscoté. Une rêne dans la main me permet de passer la jambe droite au-dessus de ce cheval-d’arçons à roulettes pour aller sauver mes reines. Mes nobles fesses posées, je pique des deux fers de mes bottes usées jusqu’à la corde et en avant pour la délivrance. J’arrive mes reines, j’arrive. Carabistouille, me voilà jeté par terre sans ménagement. Que se passe-t-il ? Je m’éveille lentement, j’ai fait un beau rêve ».

Sylvie s’inquiète : « Diantre! Voici notre chevalier désarçonné? Qu’allons-nous faire? Qui va bien pouvoir nous sauver? Car entre temps, on nous a jetées dans la plus haute tour d’un manoir hanté » !!!

Mais Jean-Louis n’est pas homme à se laisser abattre : « Comme un phénix, je renais de mes cendres. Sapristi, que m’est-il arrivé ? Moi Bartaban j’ai chu de mon destrier fougueux, certes usé mais encore jeune à 35 ans. Bayard relève-toi et mène moi vers mes reines qui pourrissent au fond d’une vieille tour crasseuse dans un manoir sans nom, hanté par des fantômes sans visage. Houspillant ma vieille monture, ma rapière à la main, les rênes dans l’autre, vociférant sans cesse à faire réveiller les morts, j’avale les kilomètres. Bayard est tout en écume, il en bave de fatigue, mais il avance. Me voilà mes belles, tenez bon ! Le pont-levis est levé. Peu importe, je traverse à la nage, moi qui ne sais pas nager. J’escalade le mur jusqu’à une petite fenêtre barrée de deux barres de fer pointues. De mes petits bras musclés, j’écarte les intrus et me glisse dans vingt centimètres pour pénétrer dans une pièce vide de mobilier à l’exception d’un drap blanc qui repose là, par terre, sans ménagement. Peut-être l’habit du fantôme qui repose un peu plus loin. Diantre, vais-je devoir affronter cet habitant des ténèbres ? Je lance un « ouh ouh, es-tu là ? » Personne ne répond. J’avance, j’ouvre la porte et me retrouve dans un large couloir qui mène à une flopée de marches. Quelques minutes plus tard, j’en suis presque à expirer tant mes poumons sont mis à rude épreuve. Elle est vraiment haute cette tour, en verrai-je la fin ? Où sont mes reines ? Où êtes-vous Annette, Sylvie ? Je crie de plus en fort dans cet escalier sans fin. ANNETTE, SYLVIE ! Pas de réponse. Mais deux hommes encapuchonnés viennent vers moi avec une mine patibulaire, avec force armes. J’entends crier « Jean-Louis » !. Deux voix de femmes aboutissent à mes oreilles qui ne sont plus chastes du tout. Elles sont là, mes reines. En un rien de temps, les deux hommes sinistres m’entourent, me désarment, avec des mots qui n’évoquent pas le pathos. Me voilà jeté au fond d’une pièce, ayant encore raté ma mission de délivrance de mes reines. Je les entends qui se lamentent dans la pièce à côté. J’en suis tout marri. Qui va sauver qui » ?

Sylvie ne perd pas le nord. Elle veut sauver sa peau. Aussi prend-elle les devants :

Alors, en théorie,
Chevalier Jean-Louis,
puisque nous fûmes avant vous
jetées dans ce minable trou
nous avons la priorité
avant vous d’être sauvées.
Si vous n’y voyez pas d’inconvénient,
qu’on sauve les reines un peu avant!

Jean-Louis, en grand seigneur lui rétorque : « Reine Sylvie, il va de soi. Mais, si vous n’y voyez point d’inconvénient, je préférerais être délivré en premier pour avoir l’honneur de vous rendre à la liberté moi-même. Sinon, je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il faut laisser passer les femmes (surtout les reines) et les enfants en premier … surtout … quand il y a du danger.

Annette qui grâce à sa baguette magique pouvait voir tout ce qui se passait dans la tour où étaient enfermés ses amis, et se faire entendre d’eux, leur cria : Ne vous battez pas mes amis. Et foin de politesse ! Vous vous trompez, je ne suis pas dans la tour avec vous enfermée, mais dans ma montgolfière avec Nicolaï. Nous survolons les mers tout feu tout flamme. Nous récoltons les mots en contant fredaine, nous batifolons au-dessus des plaines, en tout bien tout honneur, vous l’avez compris, votre honneur ! Et nous venons d’entendre le signal désespéré de la pie bavarde, l’agassa la locataire de mon jardin. Elle jacasse, jacasse et son cri emporté par le vent du Sud, crapahuté par-delà l’Estérel, nous est parvenu. Mais qui est celle qui se fait passer pour Annette dans la tour, puisque je vous le répète je n’y suis pas ? Peut-être est-ce le vilain vautour qui de couleur zinzolin s’est transformé en une belle blonde ? La pie cajole, bien en vain ! Il attend que vous soyez putréfiés ou changés en statut de sel tant vos larmes auront coulé, pour faire un banquet. Que nenni ! Nous allons poser notre vaisseau-volant sur le donjon pour vous porter secours. Nous ferons sonner les cloches à en assourdir les catcheurs patibulaires n’ayant point de cerveau, il sera aisé de les basculer par-dessus bord. Ils rebondiront en Bibendum jusqu’aux douves remplies de requins. Pour vous identifier, accrochez à l’arbalétrière un foulard de couleur zinzolin, si possible. Courage, Tarzan et Jeanne seront bientôt là ! Oh ouoh ouoh ! Que diable ! Nicolaï n’est pas d’accord. –« Mon bon roi Nicolaï, nos amis sont en peine, il nous faut les secourir. Ils ont fait des efforts pour discourir, à présent renvoyons l’ascenseur ». Hélas d’ascenseur il n’y en avait point dans ce château, juste un pont-levis. Ah, j’oubliais ! J’ai ma baguette magique faite d’une tige de la plus belle bette de mon jardin. Un grand rire secoue l’air du temps, et comme nous ne sommes pas au temps des cerises, l’arbre à palabres se fend (le coeur) en deux et avale la montgolfière… Annette saura-t-elle attendrir l’arbre à palabres, calmer les sentiments jaloux de Nicolaï ou ira-t-elle rejoindre ses amis pour une partie de jeu de l’oie ?

Pendant ce temps Jean-Louis se morfondait : « Encore quelques heures à attendre la délivrance ! Je survivrai. Bon courage ».

Sylvie le rabroua : « Fi ! Chevalier Jean-Louis, un peu de patience ! Vous avez beau dire, vous êtes enfermé dans ce château hanté depuis bien moins longtemps que moi! Si Annette avait été assidue à sa leçon de couture, nous n’en serions pas là ! Car c’est bel et bien ce petit trou dans son escarcelle qui a provoqué la fuite de zinzolin qui nous a conduits où nous sommes. Je suis donc bien aise que ce soit elle qui vienne nous délivrer avec sa montgolfière qu’elle aura, j’espère, cousue un peu mieux que le fond de son escarcelle, sans quoi nous risquons une très malencontreuse précipitation … au sol. Et tandis qu’Annette s’en va dîner avec Nicolaï, je vous propose, Chevalier Jean-Louis de tromper le temps en regardant avec moi, « Pimprenelle et Nicolas». Pompopompompom. Bonsoir les enfants ! Regardez ! C’est Nounours ! Peut-être voleront-ils à notre secours ?

Annette, estourbie par sa chute dans l’arbre à palabres, ouvre un œil puis l’autre et découvre ravie une belle forêt plantée de colchiques dans les prés, de jolis coquelicots mesdames, de muguet il est revenu le temps, et de roses blanches que les mamans aiment tant ! Le Boléro de Ravel emplit son cœur de sonorités nouvelles. Où suis-je s’interroge-t-elle tout haut ? Alice, bienvenue au pays des merveilles lui annonce une voix suave. Mais je ne suis pas Alice, s’insurge-t-elle ! Mais si Alice, Annette que des A d’amour. Non se rebiffe Annette ! A de amitié et mes Amis m’attendent. Je dois les libérer. Où est passé Nicolaï ? Il m’a conté fleurette, m’a fait danser sa calembredaine et trois petits tours et puis s’en va, m’a laissée tomber. Il reviendra j’en suis sûr ! Hein Nicolaï, tu reviendras s’écrie-t-elle en soupirant ! Elle se baissa pour cueillir un joli bouquet de fleurs parfumées, se cogna la tête sur une pierre qui se transforma en carrosse conduit par son bel ami Nicolaï ! Alleluia !

Sylvie regardait désespérément la scène qui se déroulait au pied du château : Quelle ne fut pas sa stupéfaction quand elle s’aperçut que le carrosse d’Annette était tiré par les trois petits cochons qui tiraillaient chacun de leur côté, prétendant chacun d’aller en direction de sa propre maison. Annette se trouva donc projetée à vive allure dans une tour du château dont les fantômes, épouvantés, commencèrent à s’échapper. Sylvie derrière ses barreaux, de sa tour tout là-haut là-haut, regardait, divertie, le spectacle infini, tandis que le Chevalier Jean-Louis n’avait pour en profiter, que l’ouïe, car étant arrivé le dernier, il s’était vu attribué une cellule sans baie vitrée. Après trente tours de la tour, Annette avait un peu mal au coeur et les petits cochons, essoufflés, décidèrent de s’arrêter. S’arrêter net? demanda Annette. Pas question! Foi de cochon, où je vous transforme en andouillette avec ma baguette de bette!! Annette avait perdu la tête, pensa si fort Sylvie qu’elle alerta Jean-Louis.

Jean-Louis : « Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Je ne vois rien, pas de fenêtres, juste une porte fermée à double barre. Une petite faim se fait sentir, je mangerais bien une andouillette. J’entends des groins groins, on dirait des petits cochons. Il y a aussi des roulements de roues sur le gravier de la cour du château. Peut-être un carrosse. Quel est le beau prince qui vient sauver ma reine ? J’espère qu’il ne m’oubliera pas. J’entends des pas sur les marches de l’escalier. J’entends tourner une clé dans la serrure. La lourde porte s’ouvre enfin. Un homme à la mine « pas tibulaire » du tout entre et me fait signe de le suivre. Je descends les marches et je vois à l’étage en dessous Annette avec ses petits cochons venus me délivrer. Je lui demande où se trouve ma reine Sylvie. Elle me répond : « en lieu sûr. Je viens de la délivrer avant toi. » En descendant l’escalier, je me confie à Annette : « cela fait longtemps que j’attends cet instant et plus longtemps encore pour Sylvie. Mais toi, que t’est-il arrivé ? » Annette me conte son histoire qui me met en appétit : « je mangerais bien une andouillette … » « Toujours aussi terre à terre Jean-Louis » me répond Annette. Après les aventures que vous m’avez fait courir les filles, je peux bien me restaurer un peu. Foi de chevalier ! Je me tais soudain pensant qu’il serait inconvenant de proposer à mes reines le repos du guerrier. J’en deviens tout attendri.

Annette le sait qu’elle a perdu la tête et les pédales ! Elle pédale dans la choucroute de bettes car sa baguette magique a fait des petits et d’un coup d’un seul se jette dans le vide. Elle avait aperçu Nicolaï qui lui faisait signe, « saute » l’enjoint-il ! Elle avait entendu le chevalier Jean-Louis qui lui criait « vas-y si le coeur t’en dit » et Sylvie l’aida un peu d’une tapette sur les fesses « et hop, sans chichis ni falbalas »! Atterrir sur la tête de Nicolaï n’était pas prévu mais la vie est compliquée parfois ! Nicolaï fatigué par cette aventure sans queue ni tête où il faillit bien perdre la sienne, remonta dans son nuage en emportant avec lui Annette et d’une volée magistrale jeta une poignée de Zinzolin conservée dans sa poche bien cousue. L’univers prit les couleurs de l’arc en ciel pour permettre à Nicolaï et Annette d’aller porter leur cargaison de mots sans ambages, Pimprenelle et Nicolas, emportés par Nounours qui décida que le marchande sable ou de zinzolin était passé … rebroussèrent chemin. Sylvie et Jean-Louis, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, décidèrent de mener une vie de château sans payer la moindre dime. Pirouette, cacahuète.

Pascale marmonna « quelle histoire !  Ai-je tout compris ? Un chevalier sans peur vole au secours de reines perchées, reines un tantinet emberlificotées dans leurs baguettes magiques. Une montgolfière superbe et fière, redondante et colorée survole le champ de coloquintes à peine écloses. Que de carabistouilles cocasses ! Un château dans les nuages tintinnabule au son des rires d’enfants. Des milliers de petites graines caracolent dans un champ de mots joyeux et farfelus. Les farfadets sautillent de joie et attente potron-minet pour s’endormir dans ses bras. Que de calembredaines loufoques ! Les mots se fardent de couleurs, se prennent à voler, s’engouffrent dans le carrosse des petits cochons et vivent une extraordinaire épopée. Au pays des caramboles et de la farigoule, tout prend racine !

Nicolaï qui avait raté quelques événements de cette folle journée déchargea sa cargaison de bons vieux mots en faisant des commentaires à la belle Annette pour l’impressionner : « les deux pies jumelles Agasse et Jacasse m’ont tout raconté, les Reines prisonnières, le château hanté déserté par ses fantômes morts de peur, et le Chevalier Bartaban ceint de sa chère vieille rapière, sur et parfois sous son cheval Bayard… la baguette magique toute en bette, la montgolfière et tout ça et tout ça ! Qu’ai-je donc fait de déserter en une pareille journée ? Mais la reine des pies, la Grande Jorasse, a plutôt vu elle, des enfants. Huit ou dix ans au plus, déchaînés à la récré, rouges, essoufflés, décoiffés, jouant avec ardeur « à la princesse ». Il y a là un mystère : des enfants, Fanfan ? Ou des adultes Dudule ? Tandis qu’un ou deux revenants du château se demandent s’ils ont fumé de la feuille de bette, le grand Perlimpinpin, expert en poudres s’il en fut, rappelle que le mélange zinzolin-andouillette peut produire des effets magiques incontrôlables !

–  « Qu’allez vous chercher là ? Mon bon roi. Mais vous n’y comprenez rien ! Enfants (Fanfan) adultes (Dudule), c’est la même chose !

– Mais si mais si ! Avec une ribambelle de mots, un stylo ou un ordi, et de la sympathie, surtout de la sympathie, vous abattez le plus redoutable des ennemis : le temps. »

– Vous croyez ? dit Annette. C’est ça, la machine à remonter le temps ?

Sylvie ne put s’empêcher d’ajouter : « c’est joli comme un berlingot tout ça ! Mais le zinzolin a des effets secondaires, j’avais oublié de vous prévenir. Il donne une certaine accoutumance. Et comme nous en avons tous respiré, à cause des leçons de couture qu’Annette a « buissonné », que sa besace était percée … »

Annette se rebiffa. Était-ce sa faute si à force de remplir son escarcelle de mots merveilleux elle avait fini par la faire déborder ? Zinzolin passa par dessus bord et arriva ce qui arriva. Elle  ignorait tout de la dangerosité de Zinzolin sinon elle y aurait pris garde. Elle ne manqua pas de lui dire :

Zinzolin est redoutable !
Est-ce bien raisonnable ?
Et la faute à qui ? `
À la belle Sylvie !
et v’là-ti pas que Pascale nous rejoint,
et aussi Nicolaï nous revient !!!!
Quant au Roi Jean-Louis
il en est encore tout attendri !

« Partons Nicolaï, s’écria Annette, de mots je n’en peux plus, la montgolfière nous attend pour notre voyage de noces ».

Nicolaï s’affole : « Qu’apprends-je? Les bans sont publiés? Alors, Zinzolin et Garance?
Mais de quelle montgolfière décousue est-elle tombée, la belle Garance? éclairez-moi, Qui seront les invités? Les demoiselles d’honneur seront vêtues mi- garance mi zinzolin? Ceci sera quelque chose d’éblouissant, alors ! Confirmez, seulement, et je préviens les lutins malins, les trolls de l’école, et Karikou, qui connait tout le monde et dira tout !

Annette était bien triste. Nicolaï n’avait rien compris. Elle parlait de leur voyage de noces et lui l’embrouillait avec le mariage de Garance et zinzolin. D’où sort-il cette Garance ? Est-elle celle qui se faisait passer pour Annette dans la tour ? Quel embrouillamini ! En soupirant à pierre fendre, elle leva les yeux au ciel. Il était redevenu sinistre. Le vautour de retour qui avait juré de se venger se mit à tournoyer autour d’eux. Il s’approcha de plus en plus. Il piqua de son bec recourbé le crâne de Nicolaï, lui arracha une touffe de cheveux. Annette regretta d’avoir jeter sa baguette de bette magique. Elle n’est pas rancunière et voulait secourir Nicolaï qui ne méritait pas un tel traitement ! Mais il lui restait son regard gris vert. Elle le planta dans celui du rapace et le transforma aussitôt en Albatros, la machine volante de Robur le Conquérant. Puisque Nicolaï préférait marier Garance à zinzolin, puisqu’il ne l’aimait plus, Annette sauta dans la machine volante pour de nouvelles aventures mirobolantes.

Sylvie Salzmann, Pascale Chevallier, Annette Lellouche, Nicolaï Drassof et Jean-Louis Riguet

Mai 2013

 Jean-Louis Riguet remercie les co-auteurs de leur participation à cet ouvrage commun

et particulièrement Annette Lellouche de l’avoir mis en forme.

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Liens :

http://dedicaces.org/2012/08/05/augustin-ma-bataille-de-loigny-chez-dedicaces/

http://dedicaces.org/2013/02/24/actualites-daugustin/

http://librebonimenteur.wordpress.com/

http://nouvelles-masquedor.e-monsite.com/

http://www.scribomasquedor.com/

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Jean-Louis RIGUET

Membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin International des Professionnels du Livre

Sociétaire de la Maison des Ecrivains et de la Littérature

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3 réflexions sur “5 auteurs 1 nouvelle

  1. ninannet dit :

    Encore merci de raviver ce joli souvenir. Quel bonheur ! J’en parle encore à mes lecteurs les renvoyant sur mon blog où j’ai ajouté une rubrique Zinzolin ! Un jour peut-être recommencerons-nous ? Bises. Annette

  2. ninannet dit :

    Jean-Louis, hier dans le film « dans l’ombre de Mary », à un moment j’entends le mot « calembredaine ». J’ai sursauté et j’ai souri… quelle belle amitié ce zinzolin !

  3. ninannet dit :

    Bravo Jean-Louis, je n’avais pas encore eu le temps de le faire sur mon blog. J’ai des échos très éloquents sur notre nouvelle et je te dirai même que nous avons fait des émules … Franchement nous avons vécu un moment exceptionnel. Merci encore car ta participation était le maillon drôle et solide de cette jolie aventure. Amitiés. Annette