La beauté et les horreurs sur la toile

Au hasard des pérégrinations sur la toile, l’on découvre une quantité d’images ou de textes complètement différents les uns des autres. Il y a de tout mais pas rien. Rien n’existe pas sur la toile. Le néant n’a pas droit de cité. Une information chasse celle d’avant. Une image élimine celle la précédant. Un sourire est éliminé par celui qui le suit.

L’on voit de belles images, de sublimes photos et des horreurs. L’on voit de beaux textes, de sublimes poésies et des horreurs. L’on voit de belles idées, de sublimes concepts et des horreurs. L’on voit de belles publications, de sublimes publicités et des horreurs.

Les belles choses dévoilent des femmes sublimes, des sourires enchanteurs, des hommes musclés, des chevaux superbes, des fleurs enchanteresses. Les belles choses révèlent de poésies sublimes, des textes intéressants, des répliques fortes, des points de vue contraires. Les horreurs restent des horreurs.

La vue se régale ou pleure. L’ouïe est enchantée ou scandalisée. Le cerveau peut y trouver son compte ou pas. Cependant, il manque l’odeur, le parfum, le fumet. Il manque aussi les phéromones, ces substances émises à dose infime qui font la différence dans les relations entre les hommes et les femmes. Il y manque aussi le toucher, le serrement d’une main, le ressenti physique de l’autre. Comment savoir s’il y a des horreurs ? Je reste optimiste, il n’y a forcément que de bonnes choses.

Au hasard du ressenti d’une photo, d’une phrase, d’un sourire, d’un galbe, d’une image, d’une musique, on aime spontanément ou pas. On essaie de communiquer. Parfois, cela marche. Souvent, cela se gâte car il y décalage entre le ressenti et la réalité. La beauté, porteuse d’espérance, suscite des émotions et des aspects perçus, variablement, identiques ou différents de la réalité qui, elle, est toujours brutale. Les transferts sont fréquents avec leur lot d’imaginations trompeuses. Ce sourire enjôleur promet tellement que, naturellement, il sera déçu car il manque la proximité, la spontanéité, la réception des substances subtiles émises par l’autre.

Quand la femme ou l’homme est sensible, ou hypersensible, difficile pour elle ou pour lui de résister à son appel du cœur ou de ses sens. Un film se crée et se tourne à l’insu de son plein gré. Ce qui fait monter le thermomètre le fait redescendre aussi vite, et, occasionnellement, plus bas qu’il n’était auparavant.

Instrument pratique, ludique et communicatif, la toile reste néanmoins incomplète dans la relation avec l’autre. Elle ne reste qu’un instrument. Le risque est que chacun peut échanger au bout du monde mais ne ressent pas à coup sûr le besoin, l’envie ou la volonté de s’intéresser à son voisin de palier. Si les échanges se font avec les êtres connus, il n’y a pas de soucis, l’échange est automatiquement productif. Mais s’ils se font uniquement à travers des images, la déconvenue peut être à l’arrivée.

Néanmoins, la toile reste un instrument merveilleux à ne pas mettre entre toutes les mains.

Le 12 mai 2012

Jean-Louis Riguet

Membre du Bottin International des Professionnels du Livre

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